LA FRANCE PITTORESQUE
Passer sous les fourches caudines
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Publié le vendredi 27 janvier 2017, par LA RÉDACTION
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Etre contraint d’accepter des conditions humiliantes ou ruineuses
 

Cette expression tire son origine d’une célèbre bataille qui vit la défaite des Romains en 321 avant J.-C., sous les consuls Veturius Calvinus et Postumius Albinus. Rome avait vaincu la plupart des nations voisines ; mais dès qu’elle voulut étendre sa domination dans la partie méridionale de l’Italie, elle rencontra les Samnites, peuple aux mœurs rudes et belliqueuses. C’étaient, de part et d’autre, les mêmes armes, la même discipline, la même habitude des combats. D’un côté, l’ambition et la valeur romaines ; de l’autre, le patriotisme et l’infatigable énergie des Samnites allaient donner à cette lutte un caractère d’acharnement incroyable.

Voici l’épisode le plus célèbre de cette guerre, qui devait se terminer par la conquête du Samnium (région montagneuse d’Italie centrale). Les hostilités venaient de commencer ; les Samnites étaient campés près de Caudium (à l’emplacement actuel de Montesarchio, en Campanie), au milieu des montagnes. Pontius, leur général, résolut d’attirer, par un faux avis, l’armée romaine dans un défilé d’où il lui serait impossible de s’échapper. Aussitôt dix soldats samnites, déguisés en bergers, s’approchent des avant-postes ennemis et répandent le bruit que les Samnites assiègent Luceria, ville alliée des Romains. Les consuls s’empressent de voler à sa défense, en choisissant la route la plus dangereuse, mais la plus courte ; défilé profond, étroit et couvert de forêts.

L'armée romaine passant sous les fourches caudines
L’armée romaine passant sous les fourches caudines

C’était ce qu’avait prévu le général des Samnites. A peine les Romains se sont-ils engagés dans ce chemin périlleux, qu’ils aperçoivent les hauteurs couvertes d’ennemis. Il fallait mourir ou se rendre, car les issues étaient fermées. Le père de Pontius, Herennius, vieillard rempli d’expérience, conseillait à son fils de renvoyer tous les Romains sans rançon pour s’en faire des amis, ou de les exterminer jusqu’au dernier pour porter un coup mortel à la république.

Le général samnite, n’écoutant que son désir d’humilier l’orgueil romain, les obligea à se rendre à discrétion, et fit passer toute l’armée sous un joug formé de deux fourches piquées en terre et surmontées d’une troisième. Tous les soldats, les consuls en tête, passèrent en frémissant sous cet instrument d’opprobre, après avoir déposé leurs armes.

Le sénat refusa de ratifier des engagements imposés dans des conditions si humiliantes ; il fallut combattre de nouveau, et de sanglantes défaites punirent les Samnites de leur imprudente confiance dans la foi romaine.

Depuis cette bataille dite des Fourches Caudines, l’expression passer sous les fourches caudines est entrée dans la langue, pour caractériser toute concession onéreuse ou humiliante arrachée aux vaincus.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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