LA FRANCE PITTORESQUE
Sabotage et déformation de l’Histoire
de France pour en présenter
une vision falsifiée
(D’après « Le sabotage officiel de l’Histoire de france », paru en 1930)
Publié le dimanche 10 février 2019, par LA RÉDACTION
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Est-il vrai que l’histoire de France soit déformée ? Indiscutablement. Il y a non seulement déformation mais suppression pure et simple, affirme en 1930 l’essayiste et journaliste Léon de Poncins — qui collabora notamment au Figaro et à L’Ami du Peuple —, invité à brièvement s’exprimer sur les artifices mis en oeuvre pour véhiculer une vision frelatée de notre passé. Et de déplorer que plus de 9 Français sur 10 ne connaissent l’Histoire d’avant 1789 que par le biais d’oeuvres cinématographiques malhonnêtes...
 

« 1800 ans de l’histoire la plus glorieuse de l’Europe ont été supprimés par un décret, explique Léon de Poncins. C’est une époque d’obscurantisme et de tyrannie dont il vaut mieux ne pas parler en un siècle aussi éclairé que le nôtre. C’est d’autant plus prudent que certaines comparaisons ne seraient pas toujours flatteuses pour l’époque actuelle.

« En 1914 la Cathédrale de Reims a été bombardée et détruite. Comment cela aurait-il remué l’opinion publique, personne en France ne sait que ces pierres ont vu passer tous les plus grands noms de notre histoire ; ces noms même, on ignore jusqu’à leur existence. On ne peut supprimer les vestiges du passé, on ne peut démolir le mont Saint-Michel, le Louvre ou Versailles, mais on a rendu odieux ceux qui ont produit ces merveilles.

« Un de mes amis visitait un jour un château du Moyen Age en compagnie de plusieurs personnes dont une Anglaise. Celle-ci reconnaissait sans peine que c’était fort beau, mais elle ne pouvait admirer en toute tranquillité d’esprit parce qu’elle savait que les seigneurs d’alors égorgeaient l’un de leurs rabatteurs au retour de la chasse pour se laver les pieds dans son sang. C’est, paraît-il, un fait connu. À quoi bon lui expliquer que déjà au Moyen Age on savait que l’eau lave mieux, plus vite et plus facilement que le sang ? Mon ami n’essaya même pas.

« Actuellement 39 millions de Français sur 40 ne savent de l’histoire de France avant 1789 que ce qu’ils en voient au cinéma. Récemment j’ai été voir un film dont la presse a fait grand cas : La vie merveilleuse de Jeanne d’Arc, avec Simone Génevois. Production Natan. On peut se demander si M. Natan est très qualifié pour reconstituer l’histoire de France, et la suite du film justifie nos craintes. Au point de vue photographique, le film est excellent et se déroule en majeure partie dans un cadre splendide, celui du mont Saint-Michel et d’Aigues-Mortes, mais c’est le côté historique qui nous occupe ici :

Affiche du film La Vie merveilleuse de Jeanne d'Arc, de Marco de Gastyne (1929)
Affiche du film La Vie merveilleuse de Jeanne d’Arc, de Marco de Gastyne (1929)

« Nous y voyons Charles VII occupé à de futiles intrigues au milieu d’une cour corrompue (au cinéma les cours sont toujours corrompues). On nous laisse clairement comprendre que s’il ne lui reste plus que Chinon et Bourges, c’est qu’il préfère s’amuser avec les belles filles qui l’entourent plutôt que de défendre son royaume. À côté de lui La Trémoille, « méchant fourbe cynique et usurier » (Natan dixit). Plus loin un écuyer harnache La Hire. Celui-ci se laisse faire en mangeant à même un morceau de viande ; les cochons mangent moins salement que lui. Dès que c’est terminé il envoie rouler son écuyer d’un grand coup de pied dans l’estomac.

« Un cousin du roi, sire Gilles de Rais, profite du tumulte pour faire enlever une jeune fiancée, il va la violenter dans son château. Une sorcière rit sardoniquement, un hibou s’envole, cuivres tragiques à l’orchestre ; au dernier moment Jeanne d’Arc paraît et empêche le viol. À ce moment un fou-rire général secoua notre groupe au grand scandale de nos voisins immédiats. Cela dure ainsi pendant deux heures. Jeanne d’Arc est une sainte, ce qui est bien mauvais, mais elle rachète ce grave défaut par son origine paysanne qui met en valeur la turpitude des Seigneurs et du clergé.

« Quelle impression doit avoir le public illettré à la sortie d’un tel spectacle ! poursuit de Poncins. Quel ne serait pas son étonnement d’apprendre que beaucoup des plus grands esprits considèrent le Moyen Age comme une des plus belles époques de l’humanité. Ceci nous amène à la deuxième question : cause du mal.

« Dans un but politique et démagogique, il faut à tout prix rendre le passé odieux et attiser la haine de classe, car le mouvement révolutionnaire actuel est l’antithèse de ce qu’a été la civilisation française pendant 1800 ans. Pour éviter des comparaisons fâcheuses, on supprime ce passé ou on le déforme systématiquement. On s’est particulièrement attaqué à l’idée de monarchie, car la haine de cette dernière est le lien qui unit tous les partis révolutionnaires dans un sentiment commun. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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