LA FRANCE PITTORESQUE
Pompe à incendie : l’adaptation
d’une machine allemande par un acteur
et laquais de Molière nommé Du Périer
(D’après « La Joie de la maison », paru en 1901)
Publié le dimanche 21 juin 2015, par LA RÉDACTION
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La pompe à incendie fut inventée, ou plutôt importée en France par un acteur nommé du Périer-Dumouriez, descendant de François du Périer, auquel Malherbe adressa les stances célèbres : « Ta douleur, du Périer... », et ascendant du général Dumouriez « vainqueur »(*) de Valmy
 

Du Périer avait exercé tous les métiers, ayant été restaurateur, agent d’affaires, factotum d’un gentilhomme ruiné, croupier de « bassette ». Il avait voyagé un peu partout et ne s’était fixé nulle part, craignant peut-être de lier une connaissance trop durable avec la police. Il avait vu, à Augsbourg, à Landau, à Strasbourg des pompes portatives qui étaient comme de grosses seringues, dont on se servait pour lessiver la devanture des maisons.

Entré au service de Molière, vers 1670, en qualité de laquais, il avait même joué dans la troupe du grand comédien quelques vagues rôles de « La Flèche » ou de « Lubin » ou de « Colin ». Il avait remarqué que les théâtres flambaient avec une facilité extraordinaire, et résolut de remédier au mal : d’où l’idée d’utiliser les pompes allemandes, destinées au nettoiement des maisons, pour l’extinction des incendies.

Ordonnance de 1716 pour le renouvellement et entretien des pompes
Ordonnance de 1716 pour le renouvellement et entretien des pompes

La pompe à incendie est, en somme, un engin allemand qu’un Français eut le bon sens de perfectionner et d’adapter à un service nouveau. En 1699, du Périer demanda au roi Louis XIV « le privilège de faire construire et fabriquer une pompe propre à éteindre le feu, pour par luy ou par ceulx qui auront droit de luy, vendre, débiter ou louer ladite machine dans toutes les villes, bourgs et autres lieux du royaulme que bon luy semblera, à l’exclusion de tous aultres, pendant le temps et espace de trente années entières et consécutives. » ’

Les lettres patentes en question furent accordées par le roi au comédien, au laquais de Molière, qui arriva rapidement à la fortune. La première fois que du Périer utilisa ses pompes, ce fut pour un incendie de théâtre : quand brûla la « salle des Machines » du palais des Tuileries, ses pompes firent merveille, et lui valurent les félicitations du lieutenant de police Robert. Mieux que cela : il fut officiellement chargé de la garde et de l’entretien des pompes de Paris avec un traitement annuel de six mille livres.

En 1705, il eut l’autorisation d’organiser une loterie de quatre cent mille livres pour acquérir douze pompes et organiser le premier corps des pompiers, alors composé de trente-deux hommes (en 1718, ce nombre fut porté à soixante, celui des pompes était porté à trente). En 1716, Louis XV le nomma directeur général des pompes à incendie de la ville de Paris. Du Périer, qui était devenu la prudence même, ne voulut pas pas qu’un privilège pareil échappât à sa famille : il fit nommer, en 1719, son fils, qui n’avait que quatorze, ans, en survivance à sa charge, au traitement de vingt mille livres par an.

(*) Au sujet de la bataille de Valmy, nous vous conseillons la lecture de notre article : 20 septembre 1792 : bataille de Valmy ou chronique d’une victoire achetée sur fond de mensonge d’Etat

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