LA FRANCE PITTORESQUE
Dame maudite du château
de Greifenstein (Bas-Rhin)
(D’après « Revue des traditions populaires », paru en 1902)
Publié le jeudi 21 mai 2015, par LA RÉDACTION
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Au début du XXe siècle vivait encore à Saverne (Bas-Rhin) un vitrier qui, chaque dimanche, depuis de longues années, avait l’habitude d’aller se promener à l’ouest de la ville pour y accomplir un singulier rituel
 

Il se rendait à l’entrée de la belle vallée de la Zorn, là où se trouve le château de Greifenstein, en face du Haut-Barr et des deux Geroldseck. Il s’asseyait sur un rocher, prenait son flageolet et commençait à jouer une mélodie. Il vit plusieurs fois apparaître sur les ruines de la tour, en face de l’endroit où il se tenait, une dame vêtue de blanc qui l’accompagnait sur la flûte.

Au commencement, cette apparition l’impressionna, mais il s’y habitua peu à peu. Une fois même, il prit son courage à deux mains et s’écria :

— Prenez garde de ne pas tomber.

— Plût à Dieu que je pusse me précipiter dans la vallée pour mettre fin à mes maux.

La Dame Blanche du Château du Greifenstein
La Dame Blanche du Château du Greifenstein

— Êtes-vous donc si malheureuse, demanda le vitrier compatissant.

— Plus que vous ne pouvez vous l’imaginer, répondit l’apparition ; je n’ai aucun repos dans ma tombe. Quand j’étais au monde, j’étais orgueilleuse et avide ; j’entassais trésors sur trésors, que je cachais dans ce château ; puis je m’emparai injustement des prairies que l’on appelle encore maintenant Helematt, d’après mon nom d’Hélène. Mais mes épreuves peuvent prendre fin. Par punition du ciel, je prends chaque vendredi, la forme d’un affreux crapaud. Celui qui, me trouvant sous cette forme, aurait le courage de m’embrasser et de prendre la clef d’or que j’ai alors dans la bouche, me délivrerait. Il deviendrait propriétaire d’un tiers des trésors contenus dans les creux de ces rochers, les deux autres tiers devant être consacrés à de bonnes œuvres.

Ces paroles et le regard suppliant que la dame lui lança, déterminèrent le vitrier à lui promettre de tenter la délivrance le vendredi suivant. Il vint dans la vallée à l’heure dite, mais quand il vit sur le rocher l’énorme crapaud, hideux avec ses yeux étincelants, il perdit tout courage et se sauva en courant.

Depuis ce jour, il ne retourna plus au château de Greifenstein et ne joua jamais de son instrument favori.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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