LA FRANCE PITTORESQUE
Fête de l’Ascension
(Extrait de « Les fêtes chrétiennes en Occident »
(par Philippe Rouillard), paru en 2003)
Publié le mercredi 20 mai 2020, par LA RÉDACTION
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Célébrée quarante jours après Pâques la fête de l’Ascension marque l’élévation du Christ au ciel après sa résurrection. C’est dans les Actes des Apôtres que nous trouvons un récit circonstancié : Jésus est enlevé au ciel « sous l’action de l’Esprit-Saint » ; cette ascension a lieu non pas le soir de Pâques, mais quarante jours plus tard ; deux anges interviennent et disent aux Apôtres de ne pas rester à regarder le ciel.
 

Avec un certain optimisme, saint Augustin (mort en 430) imaginait que la fête de l’Ascension, de même que Pâques et la Pentecôte, avait été instituée par les Apôtres eux-mêmes, et qu’on la célébrait dans le monde entier. En réalité, c’est seulement entre 375 et 400 que la fête se répand, en Occident comme en Orient. Saint Léon le Grand, pape de 440 à 461, lui a consacré deux sermons, qui attestent qu’à Rome on célèbre l’Ascension quarante jours après Pâques.

Cependant, à peu près à la même époque, l’évêque Maxime de Turin célèbre simultanément, cinquante jours après Pâques, les deux fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte. Pour lui, et quoi qu’en disent les Actes des Apôtres, un événement tel que l’Ascension ne peut avoir lieu qu’un dimanche, et d’autre part le Christ monté au ciel n’attend pas dix jours pour envoyer l’Esprit-Saint sur ses Apôtres. Il semble que l’Église de Turin ait suivi une tradition orientale représentée notamment par un texte très curieux de la Doctrine des Apôtres.

En beaucoup d’églises d’ailleurs, l’Ascension est fêtée au cinquantième jour, le départ du Christ marquant la fin de ce temps festif qu’est le temps pascal. On n’hésite pas à relativiser l’indication chronologique donnée par les Actes, en se rappelant le caractère symbolique du chiffre quarante : quarante jours du déluge, quarante jours du jeûne du Christ au désert. Aussi bien, la liturgie ne célèbre pas des anniversaires, mais des mystères, et elle n’a pas les préoccupations chronologiques qui pourraient être les nôtres : si l’Ascension est un mystère plus qu’un événement, cela a-t-il un sens de vouloir la fixer à un jour près ?

L'Ascension du Christ, par David Teniers le Jeune
L’Ascension du Christ, par David Teniers le Jeune (1610-1690)

À Rome, au Moyen Âge, la fête de l’Ascension s’accompagnait de deux processions : le matin, le pape se rendait solennellement de Saint-Pierre à la basilique du Latran, où il célébrait la messe. En fin de matinée, une seconde procession partait du Latran pour se rendre à un sanctuaire situé hors des murs de la ville, où on lisait le récit des Actes, suivi de psaumes et de prières. Cette procession devint un rite quasi universel en Occident, au cours des VIIIe et IXe siècles : voulait-elle évoquer le départ du Christ, quittant ce monde pour le sanctuaire céleste ?

Aujourd’hui, l’Ascension continue d’être fêtée, dans la plupart des pays d’Europe occidentale, et notamment en France, au quarantième jour après Pâques, donc un jeudi, et le « pont de l’Ascension », qui va de ce jeudi au dimanche suivant, est intouchable. En Italie, en Espagne, au Portugal, ainsi qu’en Grande-Bretagne, elle est reportée au dimanche, pour des raisons économiques, auxquelles il conviendrait d’ajouter le motif théologique avancé par Maxime de Turin : au temps pascal, les mystères ne peuvent être célébrés que le dimanche.

Beaucoup de peintres ont représenté l’ascension du Christ sous les regards émerveillés ou attristés des Apôtres, et les poètes eux aussi ont essayé de dire ce mystère ineffable. Le fait qu’en ce jour le Christ s’élève aux cieux a fait penser aux oiseaux, qui ont le pouvoir envié par l’homme de s’envoler dans les airs.

Assez prosaïquement, au Moyen Âge, il était fréquent de mettre une volaille, et une volaille capable de voler, au menu de la fête : pigeons, faisans, perdrix. En Allemagne, les boulangers faisaient cuire des pains ayant la forme d’oiseaux. Dans les pays de montagne, c’était un jour favorable pour grimper à quelque sommet.

Les fêtes chrétiennes en Occident
(par Philippe Rouillard)

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