LA FRANCE PITTORESQUE
Je l’ai connu poirier
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Publié le vendredi 9 juillet 2021, par LA RÉDACTION
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En parlant d’un parvenu orgueilleux
 

Cette expression est venu d’une ancienne historiette que le fabuliste, poète et académicien Antoine-Vincent Arnault raconte ainsi : « Il y avait, dans une chapelle de village aux environs de Bruxelles, un saint Jean fait en bois, auquel les paysans portaient une grande dévotion. Ils y venaient en pèlerinage de dix lieues à la ronde. Le tronc qui lui servait de piédestal, quoique vide souvent, se remplissait toujours.

« Cette statue vermoulue étant tombée, le curé, qui l’avait fait restaurer plusieurs fois, prit le parti de la remplacer par une statue nouvelle, à la confection de laquelle il sacrifia son plus beau poirier. Maluit esse Deum (il préférait être Dieu). Le nouveau saint, peint et repeint, est remis à la place du vieux. En rajeunissant l’effigie, le curé crut raviver la piété des fidèles. Il en fut tout autrement : plus de pèlerinages. Les habitants du lieu même semblaient avoir oublié la route de la chapelle de Saint-Jean.

« Le pasteur, ne pouvant concevoir la cause de ce refroidissement, y rêvait, quand il rencontra un vacher qui, très dévot au vieux saint, n’était pas moins indifférent que les autres pour le nouveau. — Est-ce que tu n’as plus de dévotion à saint Jean ? lui dit-il. — Si, monsieur le curé. — Pourquoi donc ne te revoit-on plus à la chapelle ? — C’est qu’il n’y a plus là de saint Jean, monsieur le curé. — Comment ? il n’y a plus de saint Jean ! Ne sais-tu pas qu’il y en a là un tout neuf ? — Si fait, monsieur le curé ; mais celui-là n’est pas le vrai comme l’autre. — Et pourquoi ça ? — C’est que je l’avons vu poirier. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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