LA FRANCE PITTORESQUE
Paris décrétée capitale
de la saleté au début du XXe siècle !
(D’après « La Gazette vosgienne », paru en 1909)
Publié le samedi 14 mars 2020, par LA RÉDACTION
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Paris est sale, c’est le cri général. Ceux qui sont surtout chargés de le faire nettoyer, les élus du conseil municipal, commencent seulement à s’en apercevoir : c’est heureux. Existe-t-il au monde, il est vrai, une ville plus ignoblement dégoûtante que la capitale de notre belle France ? Ce Paris, cette Ville-Lumière n’est plus actuellement que le pire des cloaques, fulmine en 1909 un chroniqueur de La Gazette vosgienne qui déplore un laxisme des élus municipaux.
 

Le paisible promeneur, le Parisien affairé qui vaque à ses occupations, l’élégante et gracieuse Parisienne, ne savent plus où mettre le pied. Les crottes de chien, les papiers, les ordures, les crachats, l’huile des autos, macèrent dans la boue pour former le plus innommable bourbier qui se puisse imaginer. Au sein de ce multiple mélange vivent paisiblement tous les microbes connus et inconnus, pour former la plus nombreuse et la plus complète flore bactérienne qui se puisse concevoir.

On accuse tout et personne ne préconise un remède. Ce sont les travaux du métro, les prospectus mercantiles, les chiens, etc. moi je crois, comme M. de La Palisse, d’ailleurs, que toutes ces choses sales ont deux causes : ceux qui les font et ceux qui ne les enlèvent pas...

Lendemain d'une fête. Chromolithographie du XXe siècle
Lendemain d’une fête. Chromolithographie du XXe siècle

Ceux qui les font, ce sont les Parisiens. Oui, avouons-le, le Parisien est sale, il est sale chez lui, il est sale sur lui, il sale hors de chez lui. Pour l’extérieur, pour ce qui se voit, il est très méticuleux. C’est de la coquetterie mal placée. Le chapeau, la robe ou le veston sont propres, mais la chemise... on ne la voit pas... Pourtant, si vous entrez dans un wagon du métropolitain, le samedi à sept heures du soir, quand les trains sont bondés, on la sent, la chemise douteuse. Le bain, on semble l’ignorer totalement dans un certain monde.

Dans la rue, on crache, on jette des papiers, des ordures ; il n’est pas rare, dans certains quartiers excentriques où l’on passe par une belle après-midi de dimanche de recevoir un os, un noyau de fruit, un papier gras, et plus fréquemment un crachat sur la tête. Toute cette théorie de jolies choses sont impunément projetées des nombreuses fenêtres ouvertes. Cela gêne dans l’appartement trop étroit, on le lance dehors et les règlements de police sont impuissants à modifier quoi que ce soit à cet état de choses.

Du reste, comment savoir d’où provient le corps du délit ? Dans beaucoup de cas, c’est impossible. Puis, les règlements, on ne les applique pas. Je me suis laissé dire qu’il existait une ordonnance qui interdit d’étendre du linge aux fenêtres. L’été, dans les rues très fréquentées des XIe, XIXe et XXe arrondissements, des draps de lit maculés sèchent toute la journée aux fenêtres. La rue, personne ne la respecte, on s’y croit chez soi, libre de tout y faire, libre de tout y dire.

Balayeurs de rue. Chromolithographie du XXe siècle
Balayeurs de rue. Chromolithographie du XXe siècle

La police ne la fera jamais respecter, car c’est une question de tempérament, d’éducation. C’est à l’école qu’on pourrait peut-être modifier la façon d’être des Parisiens et on ne le fait pas ; on a bien d’autres choses à y enseigner, les programmes sont surchargés et l’éducation, la morale et l’hygiène y comptent trop peu. On parle de décorer l’école, d’y mettre des fleurs et des peintures, c’est très bien, mais avant il faudrait la laver, y lessiver les murailles plus souvent. Surveiller la propreté de l’école et de ceux qui la fréquentent, voilà un point important.

Enfin, puisqu’on salit Paris, pourquoi ne le nettoie-t-on pas ? La municipalité trouve bien de l’argent pour donner des fêtes, pour acheter des œuvres d’art, pour subventionner des spectacles ; elle devrait en réserver un peu pour rendre Paris plus propre.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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