LA FRANCE PITTORESQUE
Opinion de George Sand
sur les tâches ménagères
(D’après « L’Express des modes », paru en 1866)
Publié le samedi 29 novembre 2014, par LA RÉDACTION
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Si George Sand est aujourd’hui considérée comme une féministe avant l’heure, il n’est pas sans intérêt de connaître la vision des tâches ménagères de celle qui fit scandale par sa vie amoureuse agitée, sa tenue vestimentaire peu en accord avec celle de la gent féminine d’alors, et le pseudonyme masculin qu’elle adopta en 1829, à l’âge de 25 ans...
 

Voici comment Georges Sand parte des travaux du ménage, nous apprend L’Express des modes en 1866 :

« J’ai souvent entendu dire à des femmes de talent que les travaux du ménage, et ceux de l’aiguille particulièrement, étaient abrutissants, insipides, et faisaient partie de l’esclavage auquel on a condamné notre sexe. Je n’ai pas de goût pour la théorie de l’esclavage, mais je nie que ces travaux en soient une conséquence.

« Il m’a toujours semblé qu’ils avaient pour nous un attrait naturel, invincible, puisque je l’ai ressenti à toutes les époques de ma vie, et qu’ils ont calmé parfois en moi de grandes agitations d’esprit. Leur influence n’est abrutissante que pour celle qui les dédaignent et qui ne savent pas chercher ce qui se trouve dans tout : le bien faire.

Portrait de George Sand en 1830, par Candide Blaize
Portrait de George Sand en 1830, par Candide Blaize

« L’homme qui bêche ne fait-il pas une tâche plus rude et plus monotone que la femme qui coud ? Pourtant le bon ouvrier qui bêche vite et bien, ne s’ennuie pas de bêcher, et il vous dit souriant qu’il aime la peine.

« Aimer la peine, c’est un mot simple et profond du paysan, que tout homme et toute femme peuvent commenter, sans risque de trouver au fond de la loi du servage. C’est par là, au contraire, que notre destinée échappe à cette loi rigoureuse de l’homme exploité par l’homme.

« La peine est une loi naturelle à laquelle nul de nous ne peut se soustraire sans tomber dans le mal. Dans les conjectures et les aspirations socialistes de ces derniers temps, certains esprits ont trop cru résoudre le problème du travail en rêvant un système de machines qui supprimerait entièrement l’effort et la lassitude physiques.

« Si cela se réalisait, l’abus de la vie intellectuelle serait aussi déplorable que l’est aujourd’hui le défaut d’équilibre entre ces deux modes d’existence. Chercher cet équilibre, voilà le problème à résoudre ; faire que l’homme de peine ait la somme suffisante de loisir, et que l’homme de loisir ait la somme suffisante de peine, la vie physique et morale de tous les homme l’exige absolument.

« Jamais les machines ne remplaceront l’homme d’une manière absolue, grâce au ciel, car ce serait la fin du monde. L’homme n’est pas fait pour penser toujours. Quand il pense trop, il devient fou, de même qu’il devient stupide quand il ne pense pas assez. Pascal l’a dit : Nous ne sommes ni bêtes ni anges.

« Et quant aux femmes, qui, ni plus ni moins que les hommes, ont besoin de la vie intellectuelle, elles ont également besoin de travaux manuels appropriés à leurs forces. Tant pis pour celles qui ne savent y porter ni goût, ni persévérance, ni adresse, ni le courage, qui est le plaisir dans la peine : celles-là ne sont ni hommes ni femmes. »

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