LA FRANCE PITTORESQUE
Narbonne : le site archéologique
Saint-Hippolyte bientôt détruit
(Source : L’Indépendant)
Publié le samedi 26 juillet 2014, par LA RÉDACTION
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C’est une révélation fracassante pour Narbonne : une partie de la Coupe, au lieu-dit Saint-Hippolyte, était habitée à l’époque gallo-romaine et carolingienne. Le chantier de fouille doit s’arrêter vendredi avant de laisser place aux pelles mécaniques.
 

C’est exceptionnel, et pourtant, à Narbonne, l’extraordinaire se banalise, tant les découvertes sont nombreuses. Mais au-delà de l’aspect superbe de ce site, l’intérêt scientifique est majeur, car il renseigne sur un fait nouveau : le lien entre Narbonne et sa campagne.

On sait, aujourd’hui, que Saint-Hippolyte, à la Coupe, a vécu de riches heures. Deux périodes se sont mises à parler sous les mains expertes des archéologues d’Eveha : une partie gallo-romaine, et une partie médiévale. Une fois le site antique abandonné, il fut occupé des siècles plus tard entre le VIIIe et le XIe siècle. Au nord, une bâtisse en ruine et un puits, toujours visibles montrent que Saint-Hippolyte était habité au siècle dernier. Quant à la tour médiévale, elle pourrait dater du XIIe ou du XIIIe. Le puzzle est incomplet... Ces découvertes sont trop récentes pour qu’elles puissent nous guider sur les traces de ces ancêtres narbonnais.

Mais ces fouilles méritent d’être étendues, de manière à finaliser le superbe travail réalisé par ces archéologues spécialisés, antiquisants, médiévistes, anthropologues et céramistes. Après deux mois de fouilles très riches, ce chantier, lancé par le Service Régional de l’Archéologie et confié à la société Eveha, se termine vendredi 25 juillet. Date à laquelle l’aménageur, la société de promotion Hectare pourra envoyer les pelles mécaniques et broyer les vestiges.

La tour, qui, on le voit ici, domine La Coupe, sera-t-elle broyée par les machines ?
La tour, qui, on le voit ici, domine La Coupe, sera-t-elle broyée par les machines ?
© Crédit photo : Philippe Leblanc

Rien ne permettra de montrer aux Narbonnais la coexistence exceptionnelle, au Sud de la France, de cet habitat et de sa nécropole carolingienne, jouxtant une villa romaine. Reste à découvrir, éventuellement, l’Église Saint-Hippolyte, les chais romains, et une partie importante de cette villa, dont une partie seulement a été découverte. Le chantier, limité au périmètre du futur lotissement, soit 4 500 m2, n’a pas permis de révéler les dispositifs antiques ingénieux d’amenée des eaux. L’éternelle question se pose à Narbonne : quand cesserons-nous de sacrifier nos vestiges sur l’autel de la promotion immobilière ?

Une villa romaine, trente tombes et une tour médiévale
Le site comprend également une villa romaine, vraisemblablement étendue sur 900 m2 dont une partie seulement est dans l’emprise de la fouille prescrite par le SRA. Des dolia ont été retrouvés, signe d’une activité viticole mais pas les chais.

Deux bassins (dans un état exceptionnel), étaient destinés à la conservation des eaux. Les murs sont enduits de béton antique étanche et les tomettes de terre cuite disposées en opus spicantum (en épi), composée de 7 variantes de couleur. Au vu des vestiges, le diagnostic de cette fouille a été sous-évalué.

Des céramiques antiques et médiévales, de la vaisselle de table, du culinaire et des fragments d’amphores ont été prélevés. Il manque encore la nécropole antique, et le reste de cet édifice gallo-romain qui était colossal.

Dans la partie médiévale, des squelettes inhumés depuis le VIIIe siècle sont apparus sous les yeux des archéologues. Des adultes et des nouveau-nés, enterrés côte à côte… Deux nécropoles carolingiennes composées de trente tombes, datées de VIIIe au XIe siècle, soit l’époque carolingienne, viennent d’être révélées à la lumière du ciel narbonnais.

Les tombes courtes et étroites, témoignent de la taille des humains à cette époque. Elles sont disposées au sud et au nord du chantier archéologique, non loin des vestiges de la maison. « L’habitat est simple, décrit Franck Martin, responsable du chantier. Les murs sont liés à la terre sans mortier de chaux, et les niveaux de sol sont visibles en gravier et terre battue. Nous sommes ici en bordure de l’agglomération, on sait qu’à proximité de la ville étaient édifiées des maisons formant des hameaux. Le fait que ce quartier porte le nom de Saint-Hippolyte nous indique la présence hypothétique d’une église ».

Jusqu’à quand le hameau a-t-il été fréquenté ? Était-il gardé par une tour défensive ? On ne connaît pas encore la date exacte, (vraisemblablement XIIe, XIIIe), mais ses murs d’une épaisseur inhabituelle (1m40 attestent du caractère militaire de l’édifice qui était ceinturé de douves). On reste sur notre faim...

V. D.
L’Indépendant

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