LA FRANCE PITTORESQUE
Il n’y a point de héros
pour son valet de chambre
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Publié le lundi 26 septembre 2016, par LA RÉDACTION
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Ceux qui vivent très près d’un homme connaissent les faiblesses, les défauts, les vices qui échappent à la vue du public
 

On croit que ce proverbe a été inventé par le maréchal de France Nicolas de Catinat (1637-1712), qui disait : « Il faut être bien héros pour l’être aux yeux de son valet de chambre. »

La pensée qu’il exprime se trouve dans le passage suivant de Montaigne : « Tel a été miraculeux au monde à qui sa femme et son valet n’ont rien vu seulement de remarquable. Peu d’hommes ont été admirés par leurs domestiques. Nul n’a été prophète non seulement en sa maison, mais en son pays, dit l’expérience des histoires. » (Essais, livre III, chapitre 2)

Dans son Petit Carême, l’orateur et évêque de Clermont Jean-Baptiste Massillon (1663-1742) écrit : « Écoutez ceux qui ont approché autrefois de ces hommes que la gloire des succès avait rendus célèbres ; souvent ils ne leur trouvaient de grand que le nom : l’homme désavouait le héros. Leur réputation rougissait de la bassesse de leurs mœurs et de leurs autres penchants ; la familiarité trahissait la gloire de leurs succès. Il fallait rappeler l’époque de leurs grandes actions pour se rappeler que c’était eux qui les avaient faites. Ainsi ces décorations si magnifiques qui nous éblouissent, et qui embellissent nos histoires, cachent souvent les personnages les plus vils et les plus vulgaires. »

La Rochefoucauld résume d’une phrase l’esprit de notre adage : « La plupart des héros sont comme de certains tableaux, pour les estimer il ne faut pas les regarder de trop près. »

Citons encore Lamartine, selon lequel « pour son siècle incrédule un héros n’est qu’un homme. » La Bruyère n’épargnait pas les héros en affirmant que « le héros et le grand homme mis ensemble ne pèsent pas un homme de bien ».

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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