LA FRANCE PITTORESQUE
Vélocipède à vapeur de Perreaux :
ancêtre de la moto
(D’après « La Mosaïque », paru en 1878)
Publié le vendredi 4 juillet 2014, par LA RÉDACTION
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L’Exposition universelle de 1878 fut l’objet d’un petit volume des chroniqueurs scientifiques A. Desprez et M.-H. Gautier, intitulé Les Curiosités de l’Exposition de 1878, ayant pour but d’aider le visiteur à trouver les plus curieux et les plus intéressants objets exposés alors au Champ-de-Mars. Nous y trouvons, entre autres surprenantes inventions, le prometteur vélocipède à vapeur, ancêtre de la moto...
 

« Oui, monsieur, un vélocipède à vapeur ! peut-on lire dans cette brochure, et qui marche admirablement, qui plus est, comme il est facile de s’en convaincre en visitant le manège de M. Perreaux, installé dans les bâtiments du génie civil : derrière la selle sur laquelle se place le cavalier, se trouve une petite chaudière, à peu près de la forme et de la longueur d’un chapeau d’homme ; cette chaudière est posée sur quelques tiges de fer arrondies en forme de gril.

« A ce gril est joint un petit réservoir rempli d’alcool ; vous allumez l’alcool, absolument comme si vous vouliez faire une tasse de café dans une lampe à esprit de vin ; au bout de quelques minutes les vapeurs de l’alcool se dégagent, elles vont remplir les tiges de fer qui forment le gril, et tout enflammées, sortent par de petites ouvertures, contre la chaudière, ce qui met au bout de sept à huit minutes l’eau en ébullition.

« Dès que la vapeur d’eau est produite, à son tour elle donne libre jeu au piston, et voilà votre vélocipède parti, et qui marchera vingt-quatre heures de suite si vous le voulez, à raison de 6 à 7 kilomètres à l’heure.

Vélocipède à vapeur de Louis-Guillaume Perreaux
Vélocipède à vapeur de Louis-Guillaume Perreaux

« Quand vous vous embarquez pour un grand voyage, ne redoutez pas la famine ; vous n’avez qu’à mettre un bifteck ou un œuf dans le pan de votre habit, et la chaleur de la vapeur les cuira. C’est un peu de cette façon que les Huns préparaient leur repas : le matin ils mettaient sous leur selle un énorme morceau de viande, et le soir ils la trouvaient cuite ; il est vrai qu’ils n’avaient pas de machine à vapeur, tandis que là il y en a une complète, y compris même le sifflet qui se trouve aussi singulièrement placé que dans les chevaux à deux sous. Le vélocipède à vapeur use pour deux francs d’alcool par heure.

« C’est fort cher, dira-t- on ; un cheval ne coûte que trois francs cinquante de nourriture par jour. D’accord ! mais il ne peut marcher qu’un certain nombre d’heures, puis il lui faut une écurie, un garçon pour le soigner et l’entretenir ; tandis que le vélocipède à vapeur est de la plus facile composition ; on le laisse derrière la porte en arrivant, et il ne s’en formalise point. C’est sans doute pour ce motif que l’inventeur le fait payer trois mille francs.

« Mais l’utilisation de la vapeur au vélocipède n’est que l’accessoire dans l’idée de M. Perreaux : sa découverte scientifique consiste dans les tubes qui entourent la chaudière, tubes par lesquels passe la vapeur qui arrive ainsi à se sécher et à acquérir un degré plus élevé ; or, dans les locomobiles de n’importe quelle nature la vapeur sèche est bien préférable à la vapeur humide. Lors même que M. Perreaux ne trouverait pas beaucoup d’amateurs pour son vélocipède, il n’en a pas moins fait une découverte qui sera utilisée dans l’industrie. »

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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