Des halles improvisées de la rue Quincampoix aux abris précaires des Filles-Saint-Thomas, le commerce parisien erra longtemps sans sanctuaire fixe. Le décret du 16 mars 1808, voulu par Napoléon Ier, mit fin à cette attente séculaire : Alexandre-Théodore Brongniart posa la première pierre d’un palais néoclassique, péristyles corinthiens et coupole magistrale, scellant l’avènement monumental de la Bourse.
Le Pont-au-Change, la cour du Palais de Justice et l’hôtel de Soissons étaient, à l’origine, les premiers lieux de réunion des marchands de Paris, mais ils ne furent pas les seuls, puisque nous les trouverons, en 1719, rue Quincampoix ; le 22 mars 1720, à la place Vendôme ; le 24 septembre 1724, rue Vivienne, à l’hôtel de Nevers, aujourd’hui Bibliothèque nationale ; le 27 juin 1793, dans l’église des Petits-Pères ; le 9 mars 1809, au Palais-Royal ; le 23 mars 1818, sous le hangar d’un charpentier, dans l’ancien enclos des Filles-Saint-Thomas.
Malgré l’ordonnance de 1563 et l’arrêt du conseil du 24 septembre 1724, Paris n’avait point encore, d’une manière définitive et au début du XIXe siècle, sa Bourse, sa loge de la Marchandise, comme en possédaient alors déjà Amsterdam, Venise, Londres, Saint-Pétersbourg, Vicence, Padoue, Brescia et les principales villes commerçantes de l’Europe, un monument somptueux étant en leur sein consacré aux réunions journalières des négociants.
Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813), architecte du palais de la Bourse des valeurs de Paris
dit palais Brongniart. Gravure du XIXe siècle
C’est à l’empereur Napoléon Ier que l’on doit la création de la Bourse. Les négociants attendaient depuis deux cent quarante-deux ans une localité affectée à leurs assemblées commerciales. En exécution du décret du 16 mars 1808, Alexandre-Théodore Brongniart, architecte distingué, archéologue et esprit cultivé, posa la première pierre de l’édifice, le 24 mars 1808, dans un âge très avancé.
Entièrement élevé sur ses dessins, ce monument ne fut achevé qu’au bout de vingt et un ans ; mais Brongniart ne put voir que les grosses constructions de son œuvre ; il mourut le 8 juin 1813, à 84 ans. Les gros œuvres étaient élevés : les fondations massives étaient réalisées, le soubassement était en place, l’élévation des façades et de la colonnade corinthienne était engagée, la structure générale du rectangle monumental (71 x 49 m) était définie. En revanche, l’édifice n’était pas terminé : les aménagements intérieurs, la coupole de la grande salle, les décors sculptés et statuaire, ainsi que de nombreuses finitions architecturales restaient à exécuter.
Par un juste hommage rendu à la mémoire de Brongniart, ses restes mortels traversèrent le futur palais dont il était l’auteur. Son successeur, Éloi Labarre, architecte, continuateur habile et fidèle, termina cette architecture splendide, qui rappelle les plus beaux monuments d’Athènes et de Rome. Le 24 novembre 1825 la Bourse fut achevée. L’inauguration en fut célébrée le 4 novembre 1826.
Le 24 mars 1808, dans un âge très avancé, Brongniart
pose la première pierre de l’édifice. © Crédit illustration : Araghorn
Dans la construction de la Bourse, Brongniart n’a voulu adopter ni le style gothique, ni le style mauresque, saxon ou Renaissance des Bourses étrangères ; il jugea avec raison que ces styles s’accorderaient mal, à Paris, avec la destination de l’édifice ; prenant ses inspirations dans les pays classiques de l’architecture ancienne, il choisit le style grec avec des détails empruntés au style roman. Sur le vaste enclos de l’ancien couvent des Filles-Saint-Thomas, il forma un vaste rectangle de 71 mètres de long sur 49 mètres de large, et établit de solides fondations qui devaient porter, sur le soubassement, les belles façades d’une hauteur de 19 mètres.
Le monument est entouré de soixante-six colonnes d’ordre corinthien, dont chacune mesure 10 mètres de haut sur 1 mètre de diamètre ; à l’entour règnent un attique, des galeries et une terrasse, et sur les façades deux péristyles sont ornés de quatre statues allégoriques. Au rez-de-chaussée le palais se compose d’un vestibule et d’une grande salle, longue de 38 mètres et large de 25 mètres. Cette salle, terminée par une coupole et recevant le jour d’en haut, se divise en parquet, corbeille, grille et bas-côtés.
Ensuite viennent les appropriations nécessaires au service, telles que les salles des agents de change, des courtiers, des greffes, des syndicats, de l’imprimerie et du crieur, et un grand escalier aux deux côtés duquel on remarque de belles statues de la Justice et de la Force. Au premier étage une vaste galerie règne autour de la grande salle.
Le palais de la Bourse (palais Brongniart) au début du XIXe siècle
Celui qu’on appelle aujourd’hui le palais Brongniart accueillit la Bourse de Paris jusqu’à la fin du XXe siècle, l’informatisation des transactions le rendant inutile. Il est depuis le lieu de conférences, congrès, séminaires et expositions.
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