Jean Talbot, comte de Shrewsbury et de Waterford, fut gouverneur de l’Irlande, qu’il avait beaucoup contribué à réduire sous l’obéissance de Henri V. Il passa en France, en 1417, pour partager les avantages que l’Angleterre y remportait alors, et bientôt son nom égala, puis surpassa ceux des capitaines anglais les plus illustres ; les Salisbury, les Arondel, les Warwick, les Willoughby, etc. En 1428, il prit Alençon, Pontoise, Laval. Au siège d’Orléans, il commandait les assiégeants avec Salisbury et Suffolk. Prisonnier au combat de Patay, le brave Talbot fut présenté au roi Charles VII, par le brave Xaintrailles, qui, en même temps, lui demanda la permission de le renvoyer libre à l’instant sans rançon.
Talbot eut le bonheur de prendre sa revanche dans la suite, à l’égard de Xaintrailles ; il montra qu’il était libre, en remportant d’assaut Beaumont-sur-Oise. Le roi d’Angleterre le fit maréchal de France en 1441, puisque enfin il était roi de France.
Le principal objet des Français, lorsque, après les exploits de la Pucelle d’Orléans, la fortune leur fut devenue constamment favorable, fut de recouvrer la Normandie ; tous leurs efforts furent heureux ; la bataille de Fourmigny, où Thomas Kirle ou Tyrrel fut pris par le connétable de Richemont, ôta aux Anglais toute espérance de conserver cette province : Talbot même ne put qu’en retarder quelque temps la perte. Ce fut en vain que ce grand homme, à qui sa nation devait les seuls succès qu’elle eût eus depuis la mort du duc de Bedford, épuisa toutes les ressources de son génie pour la défendre ; il eut encore des succès de détail ; il perça plus d’une fois les armées françaises pour introduire des convois dans les places assiégées ; il acquit beaucoup de gloire, mais une gloire stérile pour sa nation, qui acheva de perdre courage lorsque Talbot eût été tué avec son fils à la bataille de Castillon en Guyenne, le 17 juillet 1453.
Il était allé dans cette province après la réduction de la Normandie, pour défendre ce qui restait aux Anglais en France. Ce Talbot était l’Hector des Anglais. Vertueux, vaillant et malheureux, il s’ensevelit sous les ruines de sa nation qui, sans lui, aurait beaucoup plus tôt succombé. Il servit avec autant d’éclat dans les négociations que dans les armées. C’était Talbot qui disait que, si Dieu était homme d’armes, il serait pillard. Il parlait de ce qu’il voyait et non de ce qu’il faisait.
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