LA FRANCE PITTORESQUE
16 janvier 1783 : l’Académie française
décerne pour la première fois
le prix d’utilité
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Publié le vendredi 16 janvier 2026, par LA RÉDACTION
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Dès l’année 1780, de Montyon avait fondé, sous le voile de l’anonymat, un prix de douze cents francs, pour être décerné tous les ans à l’ouvrage le plus utile au bien temporel de l’humanité
 

Par une juste interprétation des volontés du fondateur, les académiciens statuèrent que les ouvrages sur les sciences et les arts seraient exclus du concours, et que le mérite du style entrerait dans la balance avec la pureté de la morale et la solidité des principes : les académiciens se privèrent eux-mêmes du droit de concourir.

Madame d'Épinay et Jean-Jacques Rousseau à L'Ermitage. Gravure d'Ambroise Tardieu (vers 1830). Louise d'Épinay fut l'amie et protectrice de Rousseau, pour lequel elle fit construire L'Ermitage (qu'il quitta en 1757) à Montmorency, où il commencera l'écriture de la Nouvelle Héloïse
Madame d’Épinay et Jean-Jacques Rousseau à « L’Ermitage ».
Gravure d’Ambroise Tardieu (vers 1830). Louise d’Épinay fut l’amie et protectrice
de Rousseau, pour lequel elle fit construire « L’Ermitage » (qu’il quitta en 1757) à Montmorency,
où il commencera l’écriture de la Nouvelle Héloïse

Une femme, que ses liaisons avec Grimm, avec Duclos, avec Rousseau, que les Confessions de ce dernier, et que ses propres confidences, divulguées dans des Mémoires posthumes, ont rendue diversement célèbre, madame d’Épinay fut le premier lauréat couronné par l’Académie. Les Conversations d’Émilie, publiées en 1781 et écrites par l’auteur pour sa petite-fille, obtinrent le prix réservé à l’ouvrage le plus utile. À la vérité, le cercle de cette utilité ne s’étendait pas au-delà des premières années de l’enfance ; mais dans ce livre simple, clair et même élégant, on trouve, ainsi que le dit La Harpe, des mots fins et naïfs, et des choses attendrissantes.

Louise d'Epinay, par Jean-Etienne Liotard
Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles, connue sous le nom
de Madame d’Épinay. Peinture de Jean-Étienne Liotard (1759)

Dans ce concours madame d’Épinay avait pour émule une autre femme, dont les talents littéraires étaient dès lors bien plus célèbres que les siens, et dont la malignité n’avait pas moins effleuré la renommée, l’auteur d’Adèle et Théodore. Les contemporains durent légèrement sourire en voyant cet assaut de morale entre deux athlètes qui ne passaient pas pour l’avoir toujours rigoureusement pratiquée.

Madame de Genlis fut vaincue, et la colère que lui inspira sa défaite perce même avec aigreur dans le conte intitulé les Deux Réputations. Nous pensons que madame de Genlis avait raison au fond, mais qu’elle eut tort dans la forme.

Édition de 1776 des Conversations d’Émilie, par Madame d’Épinay

Ainsi le premier jugement que prononça l’Académie dans ce nouveau concours ne fut exempt ni d’erreur, ni de faveur, et ce n’est pas la seule fois que l’une et l’autre aient corrompu le verdict littéraire. En général on a cru remarquer que l’Académie, en excluant ses membres du droit de disputer la palme, semblait s’être réservé un moyen de galanterie envers les femmes-auteurs, qu’elle a couronnées souvent, plutôt qu’un moyen de justice envers les hommes de lettres étrangers à son corps.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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