Le Chronographe, musée d’archéologie de Nantes Métropole situé à Rezé, présente en partenariat avec l’Inrap « Maternités, archéologie de la figure maternelle », un parcours de la maternité à la lumière des données scientifiques récentes, alors que le sujet est resté longtemps peu exploré par l’histoire et l’archéologie
Ancrée au plus lointain par la figure de la « vénus » paléolithique et ses différentes lectures, l’exposition invite à questionner l’omniprésence de la figure maternelle dans les mythes fondateurs. Elle explore, en s’appuyant sur les indices matériels de l’archéologie, la notion de maternité dans ses différentes composantes : biologique, affective, sociale et politique !
Sans chercher à être exhaustive, l’exposition développe plusieurs grandes thématiques, abordant la pluralité du rôle de la mère : le corps maternel, sa compréhension et les tentatives de contrôle de sa fertilité, la puissance de donner la vie. Elle se penche également sur le lien très étroit entre la femme enceinte et la sage-femme ainsi que sur la périnatalité, qu’il s’agisse de la joie des soins au nouveau-né comme du deuil d’un décès prématuré.
Affiche de l’exposition Maternités, archéologie de la figure maternelle
L’exposition se conclut par une galerie de portraits de femmes, mères ou non, qui interroge la fonction maternelle, entre importance vitale et subordination sociale, ainsi que la place des femmes dans la société.
« L’histoire des mères et de la maternité est celle d’une transmission, de moins en moins passive, de plus en plus lucide, de plus en plus responsable », nous rappelle Yvonne Knibiehler (1922-2025), historienne et pionnière de l’histoire de la maternité en Occident.
Au commencement était la mère
Que ce soit dans la mythologie grecque ou dans les religions (Déméter, Eve et Marie, Lilith, Cybèle mère des dieux...), la figure maternelle demeure centrale. Toutes les croyances ont cet ancrage identique, dans toutes les civilisations. La mère se trouve au cœur des mythes fondateurs. Elle incarne le symbole même de fécondité et de la fertilité au sens large.
Vénus de Laussel ou Vénus à la corne, Abri de Laussel, Paléolithique supérieur, 27000 - 22000 ans,
musée d’Aquitaine, Ville de Bordeaux. © Crédit photo : Le Chronographe
À l’invitation des commissaires de l’exposition, trois personnalités se sont prêtées à une libre expression autour de La Dame d’Amiens, statuette féminine du Paléolithique (27 000 avant notre ère, Gravettien), découverte en 2019 sur le site d’Amiens-Renancourt, dans la Somme : Prune Nourry, artiste plasticienne, en écho à l’exposition Vénus et au projet de la Gare St Denis Les Vénus dionysiennes (place des femmes dans la société, symbolique de la matière terre) ; Claudine Cohen, paléontologue, philosophe, historienne des sciences, directrice d’études à l’EHESS et membre du Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL) et Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et éthologue.
Si la signification et la fonction des statuettes pré-historiques restent encore énigmatiques, chacune de ces personnalités nous livre ici son récit et sa perception, par le prisme de sa discipline et de sa sensibilité et contribue à un dialogue entre les arts et les sciences.
Le corps maternel : un féminin convoité ?
Si le corps maternel a toujours été l’objet de tentatives de contrôle par la société et la religion, ce sont, au final, les femmes elles-mêmes qui en ont exercé la maîtrise originelle. Gérer la fécondité suppose des rituels, des prières ou des incantations, mais aussi des potions, des élixirs, des onguents.
La grossesse et l’accouchement : une affaire de femmes ?
La grossesse et l’accouchement ont longtemps été une affaire exclusivement féminine, dans laquelle la sage-femme, improvisée ou professionnelle, a joué un rôle central. Cette intimité et ces premiers instants de la nouvelle relation mère-enfant sont largement invisibilisés dans les représentations et les récits.
Collier d’amulettes déposé près de la tête d’un nourrisson inhumé (0-1 an), composé d’une canine
d’ours en position centrale, encadrée d’une rondelle sciée dans un bois de cervidé d’un côté
et d’une rondelle en alliage cuivreux de l’autre, et de grains de collier en verre de différentes teintes
qui devaient en partie séparer ces éléments. Ier s., nécropole des Berges de la Robine,
Narbonne (SF17956). © Crédit photo : Christophe Coeuret, Inrap
Autour de la naissance : pour la vie ou dans la mort ?
Les données archéologiques documentant la toute petite enfance sont souvent issues des seuls sites funéraires tant la mortalité des nouveau-nés, avant la diffusion du vaccin au XIXee siècle, a été importante. Les jouets d’éveil, les accessoires de protection ou de soin sont autant de témoins des rituels qui révèlent l’intimité des premiers instants de vie et les marques du deuil familial.
La transmission
La fonction maternelle, si essentielle pour chaque société confère-t-elle une puissance naturelle aux femmes ? Bien sûr, s’agissant d’assurer la survie du groupe et le renouvellement des générations. Mais la maternité place aussi la femme dans une double position, de pouvoir et d’asservissement, tant son ventre a, de ce fait, été l’objet d’instrumentalisation.
Renseignements pratiques
Exposition Maternités, archéologie de la figure maternelle
Le Chronographe — 21 rue Saint-Lupien — 44400 Rezé
Jusqu’au 10 janvier 2027
Sites Internet : https://lechronographe.nantesmetropole.fr
Page Facebook : https://www.facebook.com/Chronographe
Inrap
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