LA FRANCE PITTORESQUE
Muséum d’Histoire naturelle de Paris :
un joyau patrimonial en péril
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Publié le jeudi 23 avril 2026, par Redaction
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À l’heure où le Muséum national d’Histoire naturelle célèbre quatre siècles d’existence, ce haut lieu du patrimoine scientifique français révèle un délabrement alarmant : galeries fermées, collections menacées, bâtiments fissurés, personnels éprouvés. Faute d’investissements à la hauteur de sa valeur historique et savante, c’est un trésor national qui vacille silencieusement.
 

Vénérable institution parisienne, le Muséum national d’Histoire naturelle célèbre cette année son quatrième centenaire ; mais sous l’éclat du souvenir et la noblesse de son nom, la réalité présente offre un spectacle des plus affligeants.

Ainsi que l’a révélé une enquête récente, l’établissement, déployé autour du Jardin des plantes, souffre d’une dégradation profonde, où se lisent à la fois l’usure du temps et l’insuffisance des secours apportés. Des moisissures gagnent les herbiers, l’eau s’infiltre dans les bibliothèques, les murailles se lézardent, les toitures cèdent en plusieurs endroits. Le président du Muséum, Gilles Bloch, ne dissimule point son inquiétude.

Le pavillon des reptiles demeure fermé depuis 2018, des travaux un temps envisagés pour 2025 ayant été suspendus
Le pavillon des reptiles demeure fermé depuis 2018,
des travaux un temps envisagés pour 2025 ayant été suspendus

Le pavillon des reptiles, inauguré en 1874, demeure fermé depuis 2018. Là, des poutres ont dû être dressées pour soutenir les plafonds, tandis que le sol lui-même s’affaisse. Des travaux, un temps envisagés pour 2025, ont été suspendus, faute de ressources.

« Tout était prêt, nous allions lancer les appels d’offres, mais on m’a demandé de suspendre le projet », a confié au Monde Emmanuelle Illanes, directrice du patrimoine immobilier. La galerie de géologie, quant à elle, n’a point rouvert ses portes depuis 2004 ; et la galerie de paléontologie, naguère fréquentée par quelque 400 000 visiteurs chaque année, a dû fermer à la suite d’un avis défavorable.

Ce triste état n’est pas d’hier. Depuis vingt ans, la situation n’a cessé d’empirer. Entre 2018 et 2025, la proportion des bâtiments considérés comme dégradés est passée de 53 % à 74 %. Pour rendre à l’ensemble ses conditions convenables d’ici à 2040, le Muséum estime qu’il faudrait engager plus d’un milliard d’euros. Or, sur un budget général de 200 millions, 10 millions seulement sont aujourd’hui destinés chaque année à l’entretien immobilier.

Les collections elles-mêmes, qui constituent l’un des plus précieux trésors scientifiques du pays, ne sont point épargnées. Le Muséum conserve en effet 68 millions de spécimens, ce qui en fait la troisième collection naturaliste du monde. Mais la zoothèque qui en abrite une partie n’est plus conforme aux normes requises.

Des herbiers se couvrent de moisissures ; au commencement de l’année, des radiateurs défectueux ont laissé fuir l’eau dans une bibliothèque, endommageant des centaines de volumes. Quant aux ossements de la galerie de paléontologie, ils périssent peu à peu sous l’effet de conditions climatiques néfastes. « Quand il fait chaud et qu’il y a trop d’humidité, ils se dégradent puis ils explosent littéralement », a expliqué Gilles Bloch.

La galerie de paléontologie a dû fermer après un avis défavorable. Elle accueillait pourtant 400 000 visiteurs par an
La galerie de paléontologie a dû fermer après un avis défavorable.
Elle accueillait pourtant 400 000 visiteurs par an

Le personnel n’est pas moins éprouvé que les collections. Certains chercheurs travaillent dans des constructions préfabriquées où la chaleur atteint jusqu’à 48 °C durant l’été. « Nos conditions de travail sont... pittoresques », a résumé avec une sobriété éloquente Grégoire Loïs, chercheur au Centre d’écologie et des sciences de la conservation.

Le président du Muséum l’affirme sans détour : si l’on néglige davantage cette maison illustre, elle ne célébrera ni son 500e anniversaire, ni même ses 410 ans dans l’état où nous la voyons aujourd’hui. Mais pour son ministère de tutelle, celui de l’Enseignement supérieur, l’établissement ne figure point parmi les grandes priorités. Et tandis que 60 % des bâtiments universitaires français sont réputés en bon état, ceux du Muséum ne sont plus que 26 % à pouvoir prétendre à semblable qualification.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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