LA FRANCE PITTORESQUE
Magellan, un voyage qui changea le monde
(Source : France Télévisions)
Publié le jeudi 12 février 2026, par Redaction
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À la croisée du théâtre, de la cartographie renaissante et de l’enquête maritime, l’exposition consacrée au premier tour du monde de Fernand de Magellan immerge le visiteur dans l’épopée de 1519-1522. Guidé par le regard d’Antonio Pigafetta, il traverse mutineries, naufrages et horizons inconnus, jusqu’au retour de la Victoria, unique rescapée d’une circumnavigation fondatrice.
 

Accessible dès l’âge de 8 ans, l’exposition est si riche que mieux vaut prévoir une heure et demie de visite pour en explorer tous les recoins. L’idée originale vient de l’artiste québécoise Brigitte Poupart. Actrice, metteuse en scène, scénariste et réalisatrice, cette touche-à-tout a imaginé une scénographie immersive mariant les talents et les disciplines. Elle a écrit le scénario avec François de Riberolles, auteur de la série animée L’Incroyable périple de Magellan. Ugo Bienvenu signe les dessins vibrants et Michel Chandeigne, l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire maritime, assure le conseil scientifique de l’exposition.

« Je suis littéralement tombée en amour avec cette histoire, raconte avec enthousiasme Brigitte Poupart. Ensuite, j’ai rencontré Michel Chandeigne et quand il la raconte, on voit les images, on les imagine. Cela m’a beaucoup inspirée. Je me suis dit : il faut qu’il y ait une dramaturgie, comme au théâtre. Il faut qu’on embarque dans une histoire. »

Salle introductive, premier pas dans l'exposition et départ de Séville
Salle introductive, premier pas dans l’exposition et départ de Séville.
© Crédit photo : Musée national de la Marine

Pour ce faire, elle a choisi un guide : Antonio Pigafetta, un gentilhomme italien embauché comme chroniqueur du voyage par Magellan. « Il est comme nous, il n’a jamais embarqué sur un bateau de sa vie, il ne connaît rien à la marine, explique Brigitte Poupart. Il ne sait rien, mais il sent qu’il y a des tensions, des intrigues, il note tout. Pour moi, il est la porte d’entrée pour le spectateur qui va voir à travers ses yeux. »

Quand les cloches de la cathédrale de Séville résonnent, il est temps d’embarquer pour la première étape d’un parcours qui en compte six : les prémices du voyage, la descente de l’Atlantique (du 20 septembre 1519 au 31 mars 1520), l’hivernage à San Julian (du 31 mars au 18 octobre 1520), le passage du détroit (du 18 octobre au 28 novembre 1520), la traversée du Pacifique (du 28 novembre au 6 mars 1521) et les archipels de l’Extrême-Orient (du 6 mars au 8 novembre 1521).

Rappelons que l’expédition est partie le 10 août 1519 avec un équipage de 237 hommes répartis sur cinq voiliers. À sa tête, le capitaine portugais Fernand de Magellan qui avait fait le pari de trouver un passage à travers le continent américain pour rejoindre l’autre côté du globe et atteindre les Indes. Le but était de gagner les îles Moluques, en Indonésie, et ses précieux girofliers, objet de convoitise pour deux royaumes rivaux : l’Espagne et le Portugal.

Six vaches coupées en morceaux
Le parcours est enrichi de nombreux chemins de traverse, avec sur les murs de chaque salle, des documents éclairants et parfois étonnants. Il y a par exemple des extraits d’inventaire avec la liste des denrées embarquées pour une durée de voyage de deux ans : 100 tonnes de biscuits, 1 850 hectolitres de vin, 984 fromages trempés dans l’huile, 250 chapelets d’ail, 3 cochons et 6 vaches coupées en morceaux, mais aussi 100 armures, 4 000 flèches, 35 boussoles, etc. On trouve aussi sur le parcours des rapports d’étape avec le nombre de bateaux et de membres d’équipage qui se réduit comme peau de chagrin à chaque escale.

Dans chaque salle, la voix de d’Antonio Pigafetti retentit, accompagnée sur de multiples écrans par des images illustrant son récit : les magnifiques dessins en noir et blanc d’Ugo Bienvenu et des images aériennes de terres paraissant complètement vierges. La scénographe explique qu’elle a eu accès à de précieux rushes mis à sa disposition par le producteur, Camera Lucida. Elle a utilisé des images, des dessins, des interviews inexploitées dans la série de François de Riberolles. « J’ai voulu des moments de contemplation où l’on ne sait ni où on va, ni ce qui va arriver. Je me suis amusée à aller chercher des images pour qu’on soit vraiment comme sur le pont d’un bateau. » Les visiteurs du musée pourront, s’ils le souhaitent, s’allonger sur de grands poufs et se laisser dériver. « Je voulais qu’ils aient l’impression de voir à tribord et à bâbord et d’avancer », éclaire Brigitte Poupart.

L’une des pièces les plus spectaculaires et les plus réussies de l’exposition est la reproduction de la cale d’un bateau, peut-être la Victoria dont la maquette est présentée à l’entrée. La nef de Magellan est le premier navire de l’histoire à avoir accompli le tour du monde. Dans ce décor en bois clair aux allures d’immense maquette, huit grands écrans reviennent sur le célèbre épisode de l’hivernage dans la baie de San Julian. Les dessins animés d’Ugo Bienvenu sont entrecoupés d’entretiens avec des experts en chair et en os racontant cette étape cruciale du tour du monde.

Dispositif scénique reproduisant la cale d'un navire dans l'exposition
Dispositif scénique reproduisant la cale d’un navire dans l’exposition.
© Crédit photo : Musée national de la Marine

Ces mois d’hiver ont marqué un tournant dans l’histoire de l’expédition. L’enthousiasme et l’espoir des débuts font place à la peur et à la violence. La rébellion qui couvait depuis des semaines éclate, menée par trois capitaines espagnols : Juan de Cartagena, Luis de Mendoza et Gaspar de Quesada. Elle sera rapidement matée par Magellan. Le capitaine portugais n’a plus droit à l’échec et relance sa recherche d’un passage vers le Pacifique. Hélas, le navire qu’il envoie en exploration fait naufrage et son armada est réduite à quatre vaisseaux.

La mise en scène très hybride de Magellan, un voyage qui changea le monde oscille entre théâtre, expérience sensorielle et exposé scientifique. La formule permettra de séduire des visiteurs de tous âges. Les plus connaisseurs pourront s’asseoir dans les petites capsules situées en fin de parcours pour écouter des scientifiques du monde entier partager leurs dernières découvertes au sujet de l’expédition.

« J’ai écrit un livre qui fait référence sur le voyage de Magellan, alors mon rôle a été de vérifier que tous les textes dits et écrits dans l’exposition étaient exacts scientifiquement », explique Michel Chandeigne. « Sur un équipage de 237 hommes au départ, on découvre que 35 ont fait le tour du monde. Dix-huit reviennent à Séville à bord de la Victoria, le seul navire rescapé, plus de trois ans après son appareillage. Douze autres restés prisonniers au Cap-Vert les rejoignent peu après et les cinq derniers quatre ans plus tard ». Il précise qu’au total, en comptant les déserteurs et un marin débarqué aux Canaries, il y a eu 91 survivants.

« Ces bateaux, rappelle l’expert, faisaient 24 mètres de long, l’équivalent de deux autobus et il y avait au départ une cinquantaine d’hommes par voilier. Ils étaient serrés comme des sardines. Avec les vivres, les tonneaux, ils ne pouvaient quasiment pas bouger et dormaient recroquevillés ».

Un perdant magnifique
Dans l’un des entretiens qui concluent le parcours, Michel Chandeigne qualifie Magellan de perdant magnifique. « C’est un homme qui a complètement échoué. Il pensait que les îles Moluques étaient dans le domaine espagnol, elles n’y sont pas. Il voulait s’y rendre et en prendre possession, il n’y est pas arrivé. » Et de poursuivre : « Magellan a découvert le détroit qui porte son nom au sud du Chili, il a traversé le Pacifique, oui, mais arrivé aux Philippines, il ne sait pas quoi faire. Il ne va pas aux Moluques, semble indécis et va se battre à un contre cent, comme s’il voulait mourir en soldat et non pas revenir en Espagne en paria. C’est l’hypothèse que les historiens développent. »

Vue de l'exposition Magellan, un voyage qui changea le monde au Musée national de la Marine, à Paris
Vue de l’exposition Magellan, un voyage qui changea le monde
au Musée national de la Marine, à Paris. © Crédit illustration : Musée national de la Marine

La mort de Magellan reste en effet une énigme. Le 7 avril 1521, le marin décide de provoquer Lapulapu, le chef de l’île de Mactan qui lui serait hostile. L’affrontement éclate le 27 avril. Le capitaine à la dérive et sept de ses compagnons sont tués. « Il a réussi l’un des plus grands exploits maritimes de tous les temps, une aventure complètement romanesque et il échoue. L’histoire va le mépriser. Il y aura très peu de livres sur lui alors qu’on va glorifier pendant des siècles les figures positives et patriotiques comme Vasco de Gama et Christophe Colomb », analyse un peu tristement Michel Chandeigne. « Il n’a pas de sépulture, son corps n’ayant jamais été restitué. »

L’un des grands mérites de l’exposition est de rendre à Magellan ses lettres de noblesse en proposant une réflexion sur l’héritage qu’il a laissé. Son expédition a notamment prouvé que notre planète bleue était circumnavigable et qu’il n’y a en réalité qu’un seul océan. Elle a aussi permis de fixer l’emplacement des mers et des continents dans des dimensions assez proches de celles connues aujourd’hui. La dernière projection de l’exposition impressionne : un fil rouge retrace sur un globe animé le périple de 86 000 kilomètres accomplis par ces premiers globe-trotters.

Renseignements pratiques
Exposition Magellan, un voyage qui changea le monde
Musée national de la Marine — Palais de Chaillot — 17 place du Trocadéro — 75016 Paris
Jusqu’au 1er mars 2026
Sites Internet : https://www.musee-marine.fr/
Page Facebook : https://www.facebook.com/museemarineparis/

Valérie Gaget
France Télévisions

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