Depuis sa redécouverte au XXe siècle, Georges de La Tour (1593-1651) est reconnu comme l’un des plus grands peintres français. À travers une sélection de peintures autographes, d’œuvres de l’atelier et d’autres artistes d’Europe du Nord, l’exposition retrace la carrière de ce peintre lorrain aussi rare que fascinant.
Cette rétrospective est la première consacrée à l’artiste en France depuis l’exposition historique du Grand Palais en 1997. Elle propose une relecture de la carrière de Georges de La Tour en tentant d’éclairer les interrogations qui entourent encore son œuvre et son parcours.
Malgré la rareté des originaux parvenus jusqu’à nous, l’art de Georges de La Tour a laissé une empreinte profonde dans l’histoire de l’art. Par son naturalisme subtil, l’épure formelle de ses compositions et leur intensité spirituelle, il a su créer un langage pictural d’une grande puissance émotionnelle, capable de traverser les siècles. Cette exposition offre ainsi l’occasion de redécouvrir l’un des artistes les plus fascinants du Grand Siècle, dans toute la richesse et la complexité de son œuvre.
Le souffleur à la pipe. Peinture de Georges de La Tour (1646)
Né à Vic-sur-Seille, dans le duché indépendant de Lorraine, Georges de La Tour mena une brillante carrière, travaillant pour de prestigieux mécènes et collectionneurs, comme les ducs de Lorraine, le cardinal Richelieu et en tant que peintre ordinaire du roi Louis XIII. Dans le contexte violent de la guerre de Trente Ans, sa maison et son atelier à Lunéville furent détruits en 1638, et Georges de La Tour choisit de se rapprocher de Paris et du pouvoir : il offrit notamment au roi Louis XIII un tableau nocturne représentant Saint Sébastien (aujourd’hui perdu), que le souverain aurait tant apprécié qu’il fit retirer tous les autres tableaux de sa chambre pour ne conserver que celui-ci.
Malgré la gloire et le succès connus de son vivant, Georges de La Tour tomba dans l’oubli après son décès en 1652. Il faut attendre les années 1910 et l’entre-deux-guerres pour que son œuvre soit redécouverte par les historiens de l’art, lui permettant près de trois siècles après sa mort de retrouver la place qui lui revient parmi les plus grands peintres français du XVIIe siècle.
En effet, bien que seulement une quarantaine d’œuvres authentiques du peintre soient connues aujourd’hui, de nombreuses copies attestent de la célébrité de ses tableaux et de l’importance de son atelier.
Rassemblant une trentaine de toiles et d’œuvres graphiques prêtées par des collections publiques et privées françaises et étrangères, l’exposition adopte une approche thématique destinée à cerner l’originalité de Georges de La Tour. Le parcours explore ses sujets de prédilection — scènes de genre, figures de saints pénitents, effets de lumière artificielle — tout en replaçant sa vie et son œuvre dans le contexte plus large du caravagisme européen, notamment celui de l’influence des caravagesques français, lorrains et hollandais.
Plutôt qu’une imitation directe des leçons de Caravage, la singularité de l’œuvre de Georges de La Tour tient à son interprétation personnelle du clair-obscur, nourrie par un réalisme radical et une intense spiritualité qui donnent à ses compositions une modernité intemporelle.
Parmi les temps forts de l’exposition, les scènes de jeux illustrent son attrait pour des sujets caravagesques. Les Joueurs de dés du Preston Park Museum et le Reniement de saint Pierre du musée d’art de Nantes témoignent de son talent pour orchestrer gestes et regards dans une dramaturgie
silencieuse.
Autre thème cher au peintre, le personnage du musicien aveugle est décliné dans plusieurs versions (dont celles conservées à Remiremont et Bergues). Ce sujet s’inscrit dans une tradition lorraine illustrée aussi par Jacques Callot et Jacques Bellange. Georges de La Tour humanise les figures marginales auxquelles il confère une grande dignité en les monumentalisant. Parmi ces personnages populaires figurent aussi le Vieil homme et la Vieille femme du Museum of Fine Arts de San Francisco.
Le Nouveau-Né. Peinture de Georges de La Tour (vers 1645)
L’exposition réunit en outre plusieurs bustes de saints, issus notamment d’un ensemble représentant le Christ et les apôtres provenant de la cathédrale d’Albi. Dispersées à travers le monde, ces œuvres révèlent la capacité unique de Georges de La Tour à insuffler vie et spiritualité à ses modèles.
Enfin, sont exposées de célèbres œuvres de scènes nocturnes éclairées à la chandelle — parmi lesquelles Le Nouveau-Né (musée des Beaux-Arts de Rennes), Job raillé par sa femme (musée départemental d’Épinal), la Femme à la puce (Nancy, Musée Lorrain), Saint Pierre repentant (The Cleveland Museum of Art) et La Madeleine pénitente (Washington, National Gallery of Art). Ces compositions dépouillées où la lumière se fait vecteur de transcendance comptent parmi les plus puissantes de l’œuvre de Georges de La Tour.
Renseignements pratiques
Exposition Georges de La Tour, entre ombre et lumière
Musée Jacquemart-André — 158 boulevard Haussmann — 75008 Paris
Jusqu’au 25 janvier 2026
Site Internet : https://www.musee-jacquemart-andre.com
Page Facebook : https://www.facebook.com/MuseeJacquemartAndre
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