LA FRANCE PITTORESQUE
3 avril 1711 : découverte de
l’île Clipperton par le
navigateur Michel Dubocage
(D’après « À travers le monde » paru en 1908,
« Marins français à la découverte du monde » paru en 1999
« Journal de la Société des Océanistes » paru en 2005
et « La Terre et la Vie. Revue d’Écologie » paru en 2006)
Publié le vendredi 3 avril 2026, par Redaction
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C’est le 23 mars 1708 qu’une formation de quatre navires, la Princesse, l’Aurore, la Diligente et la Découverte, armés au Havre et à Dunkerque, quittait Brest et filait vers les côtes du Pérou pour s’y livrer à un long cabotage.

Le 8 mars 1711, Mathieu Martin de Chassiron (1674-1722) et Michel Dubocage (1676-1727), commandant respectivement les frégates la Princesse et la Découverte, partaient pour la Chine et, le vendredi saint 3 avril 1711, trouvèrent sur leur route l’île inhabitée qu’ils ne purent aborder en raison de l’état de la mer et que Dubocage baptisa du nom d’île de la Passion, donnant la description de celle-ci dans son journal de bord et signalant l’existence du lac central.

Michel Dubocage vers 1700. Peinture anonyme
Michel Dubocage vers 1700. Peinture anonyme

Le nom de Clipperton, qu’on lui connaît aujourd’hui, le doit à la légende du trésor de John Clipperton, flibustier qui aurait croisé au large de cette île, voire y aurait débarqué quelques années plus tôt, en 1704, abandonné ici lors de l’expédition — qu’il quitta peut-être délibérément — du navigateur anglais William Dampier, aucun écrit ne consignant cependant cette épopée.

L’île Clipperton est isolée dans le nord-est de l’océan Pacifique, à mi-chemin entre la pointe sud de la Basse Californie et l’équateur. Les îles Revillagigedo, à environ 950 km au nord, et la côte mexicaine, à un peu plus de 1000 km au nord-est (Manzanillo), en sont les terres les plus proches. Cet atoll présente un diamètre d’environ 4 km dans l’axe nord-ouest/sud-est et 3 km dans l’axe sud-ouest/nord-est.

Île de la Passion - Clipperton
Île de la Passion - Clipperton

L’altitude de la couronne récifale ne dépasse pas 4 m mais le « Rocher », affleurement de roche volcanique isolé au sud-est, culmine à 29 m. C’est cette particularité qui vaut à l’île d’être souvent qualifiée de « presqu’atoll ». La couronne, d’une largeur de 40 à 360 m, couvre une superficie d’environ 170 ha, celle du lagon représentant 720 ha. Fermée, elle isole les eaux du lagon de l’océan.

Le capitaine Dubocage et un passager de la Princesse, Prudhomme, ont laissé des relations écrites de leur découverte de cette île. Il a été avancé que le Rocher avait été aperçu auparavant par Magellan en 1521, puis par des Espagnols et enfin par le pirate anglais Clipperton.

Frégate La Découverte à bord de laquelle voyagea Michel Dubocage
Frégate La Découverte à bord de laquelle voyagea Michel Dubocage

Quoi qu’il en soit, le premier témoignage d’un débarquement est celui de l’Américain Benjamin Morrell en 1825, et ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que l’atoll fut soumis à des épisodes de forte anthropisation. Celle-ci débuta avec l’extraction de phosphates par une compagnie américaine entre 1893 et 1914. Elle se poursuivit avec la présence d’une garnison mexicaine entre 1906 environ et 1917, et celles de militaires américains en 1945 puis français entre 1966 et 1969. Depuis les observations et collections de John Arundel en 1897, diverses expéditions étudièrent sa flore et sa faune à l’occasion ou en dehors des implantations de longue durée.

Après avoir fait escale en Chine durant 8 mois, les deux navires de Martin de Chassiron et Michel Dubocage prirent le chemin du retour le 13 juillet 1712 et regagnèrent Le Havre le 23 août 1716, au terme d’un voyage ayant duré plus de 8 ans.

Le rocher de Clipperton
Le rocher de Clipperton. © Crédit photo : Yann Chavance

C’est en 1858 que l’île, située à 6000 kilomètres de Tahiti et à 1300 kilomètres au sud-ouest du Mexique, fut déclarée française, Napoléon III souhaitant y faire exploiter les gisements de guano. Un décret du 16 avril 1858 avait approuvé une convention passée entre Eugène Rouher, alors secrétaire d’État au département de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, et un négociant du Havre, l’armateur Lockart, aux termes de laquelle, sur les indications fournies par ce négociant, une prise de possession de certaines îles océaniennes pourrait être faite, au nom de la France, par un commissaire spécialement désigné à cet effet.

C’est investi de cette qualité que le 17 novembre 1858, le lieutenant de vaisseau Victor Le Coat de Kervéguen (1816-1871), qui avait embarqué à bord de l’Amiral, l’un des navires de Lockhart — l’armateur ayant signalé Clipperton —, prit possession de l’île d’une superficie totale de 8,9 km2 et dont la surface des terres émergées s’élevait à 1,7 km2, et déposa copie de l’acte auprès du gouverneur des îles Hawaï et du Consul de France.

Relevé de l'île de La Passion effectué par Michel Dubocage et Martin de Chassiron
Relevé de l’île de La Passion effectué par Michel Dubocage et Martin de Chassiron

Il n’était alors pas un dictionnaire, une géographie, un atlas, qui ne portait cette mention accolé au nom Clipperton : « île française ». Cependant, en 1898, le croiseur le Catinat, naviguant dans les parages de l’île, vit avec étonnement le pavillon mexicain y flotter, et en référa au ministère de la Marine, qui n’attacha pas une extrême importance à cette nouvelle.

Mais bientôt, le géographe Henri Mager, membre du Conseil supérieur des Colonies depuis 1892, écrivit au ministre des Colonies pour lui signaler les inconvénients de cette mainmise des Mexicains sur cette possession française.

Henri Mager
Henri Mager

« N’abandonnez pas Clipperton, lui disait-il, sous cette excuse que l’île est petite, sans habitants et sans cultures ; elle est petite, mais son importance est grande : c’est une des clefs du Pacifique ; c’est un relais obligatoire entre Panama et les îles Hawaï, entre Panama et l’Asie ; qui tient Clipperton tient la route de l’Asie. Nous possédons avec Tahiti la clef de l’Australie, avec Clipperton, la clef de l’Asie ; n’abandonnons ni l’un, ni l’autre. »

Quelques semaines après la publication de cette lettre, une Commission interministérielle était constituée pour décider sur la question de Clipperton : elle comprenait un représentant des Affaires étrangères, un représentant de la Marine, un représentant des Colonies. Le délégué des Affaires étrangères opina pour l’abandon ; les deux autres s’élevèrent avec énergie contre cette solution, qui ne pourrait que révolter le sentiment français ; ils demandèrent que la question de Clipperton fût soumise à un arbitrage international.

Timbre émis en 2011 pour le 300e anniversaire de l'île Clipperton ou île de la Passion
Timbre émis en 2011 pour le 300e anniversaire de l’île Clipperton ou île de la Passion

En 1931, et sur la base des preuves écrites que constituaient les journaux de bord de Mathieu Martin de Chassiron et de Michel Dubocage, cet arbitrage fut rendu en 1931 par le roi d’Italie au nom de la Cour internationale de la Haye, la souveraineté de la France sur l’île étant dès lors officiellement reconnue. Sa modeste superficie de 3,6 km2 génère une zone géographique de pêche de 436 000 km2, plus grande que celle de la France hexagonale (Corse comprise), qui est de 345 000 km2.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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