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Un musicien de la chapelle de Louis XIV devenu médecin

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Brèves d’Histoire
Brèves d’Histoire de France : bribes et miettes historiques utiles à une meilleure connaissance de notre passé
Musicien (Un) de la chapelle du roi
Louis XIV devenu médecin
(D’après « Le Moliériste », paru en 1885)
Publié / Mis à jour le jeudi 27 septembre 2018, par LA RÉDACTION
 
 
 
En parcourant le Mercure Galant, on trouve une anecdote assez piquante au sujet d’une requête formulée par un musicien de la chapelle du roi Louis XIV : ayant lu Galien et Hippocrate, il prend sur ses heures de service pour devenir médecin

Voici la traduction du texte en ancien français paru dans le Mercure, à la page 128 du volume d’août 1680 :

« Le sieur Des Prez, musicien ordinaire de la Chapelle de Sa Majesté, a su toujours si bien ménager son temps, que celui qu’il donnait à la musique ne l’empêchait point d’en réserver pour lire Galien et Hippocrate. Après qu’il y eût pris goût, et qu’il se fût senti du talent pour profiter de cette lecture, il alla trouver le roi et lui dit que c’était un de ses musiciens qui venait se plaindre d’un fort grand désordre auquel il s’offrait de remédier ;

« Que depuis douze ans qu’il avait l’honneur d’être de sa musique, il avait remarqué que tous ses confrères avaient encore plus besoin d’un médecin pour les régler quand ils allaient boire, que d’un maître pour bien conduire leurs voix ; et que si Sa Majesté voulait lui permettre de s’absenter quelque temps de son service touchant l’emploi qu’il avait dans sa Chapelle, il espérait se mettre en état de lui en rendre de plus considérables quand il aurait pris le bonnet de Docteur en Médecine.

Le médecin et le clystère (détail d'une gravure d'Abraham Bosse, XVIIe siècle)
Le médecin et le clystère (détail d’une gravure d’Abraham Bosse, XVIIe siècle)

« Le roi trouva la chose plaisante et dit à ceux qui l’accompagnaient ; Que dirait Molière, s’il était encore au monde, de ce qu’un musicien demande à se faire médecin ? Le fait étant extraordinaire, on crut d’abord que le sieur Des Prez n’avait parlé que pour divertir le roi ; mais il poursuivit en termes si sérieux, qu’on connut bientôt que le cœur lui en disait de ce côté-là. Sa Majesté en étant persuadée, lui permit de s’absenter autant qu’il voudrait pour s’appliquer à l’étude ; et il y a si bien réussi, que depuis deux mois il a en effet reçu le bonnet de médecin avec l’approbation de toute la Faculté. Voilà, Madame, ce que vous auriez eu de la peine à croire, si cette réception n’avait pas été publique. »

Comme tout le monde, Louis XIV se souvenait donc de Molière ! Mais s’agit-il ici d’un conte inventé à plaisir ou d’un fait réellement arrivé ? Et pourquoi pas ? Ce qui est certain, c’est que sur une liste des chanteurs de la Chapelle du Roi de 1678, nous voyons un nommé Pierre Dupré. Ce n’est pas Des Prez, il est vrai, mais la ressemblance est si grande et on tenait alors si peu à la bonne orthographe et à l’exacte prononciation des noms propres qu’il n’y a rien d’impossible à ce que Pierre Dupré soit le même individu que celui dont parle le Mercure.

Si Molière ne nous a pas induit en erreur sur le cérémonial adopté aux réceptions de médecins, le chantre du roi, Dupré ou Des Prez, entendit donc chanter après son examen :

Bene, bene, bene, bene respondere.
Dignus, dignus est entrare
In nostro docto Corpore.

Quant à la promesse que le futur Esculape fit à Louis XIV, nous pouvons assurer que, s’il essaya de la tenir, il n’y réussit guère : les musiciens, particulièrement les Chantres de la Chapelle royale, continuèrent à très mal « se régler quand ils allaient boire. »

Un souvenir bien autrement significatif fut donné à Molière par le grand roi, qui, ayant vu jouer dans sa jeunesse les pièces de Molière par l’auteur et son incomparable troupe, ne pouvait, dans sa vieillesse, supporter le jeu de leurs successeurs. Dangeau rapporte que Louis XIV prit lui-même le soin de styler les musiciens de la Chambre à représenter les comédies de Molière. C’est ainsi que le Bourgeois gentilhomme, les Fâcheux, Georges Dandin, l’Avare, le Médecin malgré lui, le Mariage forcé, l’École des Maris, l’Etourdi, Escarbagnas et Pourceaugnac furent donnés de 1712 à 1715 chez Madame de Maintenon, à Versailles, à Marly ou à Fontainebleau.

 
 
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