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6 mai 1527 : prise de Rome et mort du connétable de Bourbon - Histoire de France et Patrimoine


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6 mai 1527 : prise de Rome
et mort du connétable de Bourbon
Publié / Mis à jour le dimanche 5 mai 2013, par LA RÉDACTION

 

Rome avait été prise et saccagée plusieurs fois depuis sa fondation ; mais les hordes sauvages, qui s’en emparèrent avant et depuis Jésus-Christ, ne l’avaient jamais traitée si mal que ne le firent dans le seizième siècle les soldats d’un empereur catholique, conduits par un général français.

Charles III, duc de Bourbon, fils de Gilbert, comte de Montpensier, et de Claire de Gonzague, était né en 1489 et à vingt-six ans il avait reçu de François Ier l’épée de connétable. Sa brillante valeur l’avait signalé dans un siècle fécond en vaillants capitaines. Dans la vice-royauté du Milanais, il gagna tons les cœurs par ses manières affables et par sa franchise. Une injustice royale priva tout-à-coup la France des services d’un sujet si précieux.

Charles III de Bourbon
Charles III de Bourbon

Soit ressentiment d’un amour dédaigné, soit cupidité sordide, la mère de François Ier, Louise de Savoie, duchesse d’Angoulême, intenta au connétable un procès injuste, tendant à le priver des domaines de la branche de Bourbon, et à rendre nulle une donation formelle de Louis XII. Ce procès, comme le dit Voltaire, « il n’y avait que la mère toute puissante d’un roi qui pût le gagner. Les juges, trop sollicités, donnèrent un arrêt qui, mettant ces biens en séquestre, dépouillait le connétable.

« Ce prince envoie l’évêque d’Autun, son ami, demander au roi au moins une surséance : le roi ne veut pas seulement voir l’évêque. Le connétable au désespoir était déjà sollicité secrètement par Charles-Quint. Il eût été héroïque de bien servir et de souffrir. Il y a une autre sorte de grandeur, celle de se venger. Charles de Bourbon prit ce funeste parti ; il quitta la France, et se donna à l’empereur. Peu d’hommes ont goûté plus pleinement ce triste plaisir de la vengeance. »

« Tous les historiens, continue l’auteur de l’Essai sur les mœurs, flétrissent le connétable du nom de traître. On pouvait, il est vrai, l’appeler rebelle et transfuge : il faut donner à chaque chose son nom véritable. Le traître est celui qui livre le trésor, ou le secret, ou les places de son maître, ou son maître lui-même à l’ennemi. Le terme latin tradere, dont traître dérive, n’a pas d’autre signification. C’est un persécuté fugitif qui se dérobait aux vexations d’une cour injuste et corrompue, et qui s’allait mettre sous la protection d’un défenseur puissant pour se venger les armes à la main.

« Le connétable de Bourbon, loin de livrer à Charles-Quint rien de ce qui appartenait au roi de France, se livra seul à lui dans la Franche-Comté, où il s’enfuit sans aucun secours (...) Il est vrai que la cour de France, soumise à la duchesse d’Angoulême, ennemie du connétable, persécuta les amis du fugitif. Le chancelier Duprat surtout, homme dur autant que servile, le fit condamner lui et ses amis, comme traîtres ; mais la trahison et la rébellion sont deux choses très différentes. »

Nommé généralissime des troupes de l’empereur, le connétable alla dans le Milanais combattre l’amiral Bonnivet, qui n’essuya que des défaites ; il vit mourir Bayard, et entendit sans fruit ses dernières paroles. Ensuite il mit le siège devant Marseille, et fut obligé de le lever ; mais il s’en vengea en contribuant au gain de la bataille de Pavie (1525). Après cette victoire, il se rendit à Madrid, non pour être utile au roi captif, mais avec l’espoir d’être compris dans le traité qu’il croyait devoir s’y conclure. Déçu dans son attente, et voyant qu’il ne pouvait plus compter sur la parole que l’empereur lui avait donnée de lui faire épouser sa sœur, il dissimula son dépit, revint dans le Milanais, et ne songea plus qu’à maintenir son crédit par la terreur de ses armes.

C’est alors que, maître d’une armée triomphante, mais mal payée, voyant ses soldats prêts à se débander faute d’argent, il imagina, pour les retenir sous les drapeaux, de leur offrir le butin d’une immense capitale. Peut-être aussi pensait-il que la prise de Rome le mettrait en état de fonder un pouvoir indépendant Quoi qu’il en soit, il marcha droit vers la cité pontificale, où Clément VII, irrésolu, consterné, prenait à la hâte quelques mesures de défense, excommuniant Bourbon et ses soldats, flétrissant les Allemands du nom de luthériens, et les Espagnols de celui de Maures.

Le 5 mai, vers le soir, le connétable arrive dans les plaines de Rome. Le lendemain, dès le point du jour, il est à la tête de ses troupes, armé de toutes pièces, et portant par-dessus son armure un vêtement blanc pour être mieux vu de toutes paris. Des trois nations qui composaient son armée, il avait tiré trois corps distincts, l’un d’Allemands, l’autre d’Espagnols, et le troisième d’Italiens. Il les mena sur-le-champ à l’escalade. Un épais brouillard déroba leur approche ; les échelles furent plantées en. un moment, et chaque détachement monta à l’assaut avec une impétuosité qu’animait encore l’émulation nationale.

La résistance fut d’abord aussi vigoureuse que l’attaque ; les assaillants ne faisaient aucun progrès, et commençaient même à plier. Aussitôt Bourbon se précipite de son cheval, et arrachant une échelle des mains d’un soldat, l’applique contre le mur, et y monte en excitant ses soldats à le suivre. Mais, au même instant, un coup de mousquet, tiré des remparts, lui perce les reins d’une balle. Sentant que sa blessure était mortelle, il conserve assez de présence d’esprit pour recommander à ceux qui étaient près de lui de couvrir son corps d’un manteau, et il expire avec un courage digne d’une meilleure cause.

Au bruit de cette mort, qu’on ne put longtemps cacher, des cris de sang et de vengeance partirent de tous les rangs. Les défenseurs de Rome désertèrent leur poste ; le pape se renferma dans le château Saint-Ange, et la ville fut livrée sans réserve aux excès d’une soldatesque barbare, avide et licencieuse. Eglises, palais, maisons particulières, tout subit le même destin ; ni l’âge, ni le rang, ni le sexe n’imposèrent de respect aux vainqueurs. Ces violences ne cessèrent pas, comme il arrive d’ordinaire, par fatigue ou par satiété. Les Impériaux restèrent plusieurs mois dans Rome, et pendant tout ce temps leur brutalité ne connut pas de trêve. On évalue à un million de ducats seulement le butin qu’ils firent en espèces monnayées, et ce qu’ils tirèrent des rançons et de leurs exactions fut encore plus considérable.

Le commandement de l’armée impériale passa entre les mains de Philibert de Châlons, prince d’Orange. Clément VII, privé de toute ressource, et réduit à la dernière extrémité par la famine, capitula le 6 juin ; il se soumit à payer quatre cent mille ducats à l’armée, à rendre à l’empereur toutes les places fortes que possédait l’Eglise, et quoiqu’il donnât des otages, à rester prisonnier lui-même jusqu’à ce qu’il eût exécuté les principales clauses du traité.

Quant à Charles-Quint, la nouvelle de ces événements lui causa autant de surprise que de joie ; mais il sut dissimuler ses sentiments, et déclara qu’il n’avait aucune part au pillage de Rome. Il désavoua hautement l’expédition du connétable, prit le deuil, et le fit prendre à toute sa cour ; enfin, par un luxe d’hypocrisie dont personne ne fut dupe, il ordonna des prières et des processions dans toute l’Espagne, pour obtenir la liberté du pape, tandis qu’il pouvait la lui rendre à l’instant même, par un ordre expédié à ses généraux.


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