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22 avril 1794 : exécution du botaniste et homme d’Etat Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes - Histoire de France et Patrimoine


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22 avril 1794 : exécution du
botaniste et homme d’Etat
Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes
Publié / Mis à jour le dimanche 21 avril 2013, par LA RÉDACTION

 

Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes était fils du chancelier de Lamoignon, petit-fils du président de Lamoignon, l’ami de Boileau et de Racine, arrière petit-fils premier président de Lamoignon, l’Ariste du Lutrin, et dont Fléchier a fait l’oraison funèbre.

Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes
Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes

Malesberbes naquit le 6 décembre 1721. Après un cours d’humanités fait avec distinction, après s’être exercé dans l’éloquence et dans la poésie, toujours sévère pour lui-même, et pour lui seul pénétré de la maxime d’Horace :

... Mediocribus esse poetis,
Non Di, non homines, non concessere columnae.

Il renonça de bonne heure à la poésie. Issu d’une famille de magistrats illustres, et destiné comme eux à la magistrature, il ne pouvait dégénérer de leur gloire et de leur capacité, dans la science qui les a surtout distingués : il étudia donc la jurisprudence ; mais cette science, dans laquelle il devint très instruit, eut toujours pour lui peu d’attraits.

Parent du procureur-général, Malesherbes fut d’abord un de ses substituts ; il entra dans cette charge en 1741 : le 3 juillet 1744, il fut reçu conseiller au parlement ; et son père ayant été nommé chancelier le 9 décembre 1750, il lui succéda dans la place de premier président de la Cour des Aides. Il eut aussi, sous son père, le département de la librairie et de la littérature.

« Ce fut véritablement, dit Gaillard, l’âge d’or des lettres. Jamais magistrat n’a su comme lui traiter d’égal à égal avec les gens de lettres, et ne se montrer supérieur à eux que par l’étendue et la multitude de ses connaissances. Nul n’a mieux su mesurer sur leur mérite ou leur réputation, les égards qui pouvaient leur être dus. » La société du Journal des Savants, que d’Aguesseau aimait tant, dont il ne manquait jamais qu’à regret une séance, et qu’il recommanda particulièrement à son successeur, eut Malesherbes pour président, et ne s’aperçut qu’elle eût changé de chef qu’à un plus grand rapprochement entre le chef et les membres, qu’à une plus grande simplicité dans les manières, qu’à une cordialité pour ainsi dire fraternelle.

On a accusé Malesherbes d’avoir été trop favorable aux philosophes : rien de plus injuste que ce reproche ; jamais homme ne fut plus impartial. Aussi tous les partis se plaignaient-ils de lui tour à tour. On peut voir dans la Correspondance de Voltaire, des plaintes assez fréquentes et assez amères de ce que Malesherbes ne lui permettait pas tout, et refusait d’être un philosophe de secte. Quand les jésuites furent opprimés, il les plaignit ; il les avait condamnés quand ils avaient été intrigants et oppresseurs. Toujours prendre le parti du faible, de l’innocent, de l’opprimé, était sa loi suprême. Il ne pouvait supporter l’injustice et l’abus du pouvoir.

Quoiqu’il eût été quelquefois en butte aux entreprises des parlements, il fut leur plus zélé défenseur, lorsqu’un homme élevé dans leur sein, et qui n’avait d’existence que par eux, entreprit de les détruire. Ses remontrances sur ce sujet sont célèbres ; elles partagèrent la cour, et furent également applaudies par les gens du monde et par les gens de lettres : il expia ce succès par trois ans d’exil et de disgrâce ; mais à la fin la victoire fut pour lui : il revint et ramena en triomphe la compagnie que la tempête avait dispersée, et dont plusieurs membres n’avaient trouvé d’asile qu’à Malesherhes.

Les discours qu’il prononça dans cette occasion, sont du vainqueur le plus généreux : ils ne respirent que la paix et l’humanité ; que la reconnaissance envers le souverain qui leur avait rendu justice ; que pour l’oubli des fautes, le pardon des injures, l’indulgence pour les faiblesses, la bienfaisance et l’amour du bien public. Tous les cœurs honnêtes en furent attendris jusqu’aux larmes.

Pour complément de la victoire, Malesherbes se vit comme forcé d’entrer dans le ministère ; il ne l’accepta qu’à condition de le quitter promptement ; il ne le garda que neuf mois, et il y fit des choses utiles : il vida les prisons d’Etat ; il établit et composa d’hommes vertueux, un tribunal de famille, pour juger, parties ouïes, des cas où les lettres de cachet pouvaient être utiles, soit aux familles, soit à l’Etat : car détruire brusquement, même les abus, est le plus grand des abus. On voulut que Malesherbes servît à faire, dans la maison du roi, des réformes peut-être nécessaires mais rigoureuses ; les voies de rigueur n’étaient pas à son usage : il aima mieux quitter le ministère, et laissa faire à d’autres ces réformes.

Devenu libre, il se livra entièrement aux lettres, qu’il avait toujours cultivées au milieu de ses plus importantes occupations. Il cultiva ses jardins, y rassembla les plantes éparses dans les divers climats :

Voyez dans ces jardins, fiers de se voir soumis
A la main qui porta le sceptre de Thémis,
Le sang des Lamoignon, l’éloquent Malesherbes,
Enrichir notre sol de cent tiges superbes.

Il médita sur les lois ; il proposa d’utiles réformes, qui, ne coûtant rien à personne, n’affligeaient point sa sensibilité. Il voyagea pour ajouter encore à ses immenses connaissances, et c’est dans ces voyages que, gardant toujours l’incognito, il lui arriva plusieurs fois de jouir de sa renommée, et d’entendre son éloge dans des bouches non suspectes.

Rappelé une seconde fois au Conseil, il y rentra, mais sans département, et n’eut plus de bien à faire que par ses avis ; il quitta encore le Conseil ; et du moins l’autorité royale n’a pas péri entre ses mains ; il n’a vu, que comme particulier, ces jours où il n’y avait ni bien à faire, ni mal à empêcher ou à retarder ; il a vu les malheurs d’un roi qu’il aimait, non en ministre qui n’aime de son maître que l’autorité qu‘il exerce, mais en ami tendre et sincère, charmé de ses vertus, et prêt à lui sacrifier sa vie. Tous les cœurs ont applaudi à l’empressement généreux qu’il a témoigné pour sa défense. « Je peux dire au moins, ajoute Gaillard, pour la consolation des amis de M. de Malesherbes, qu’il a avait désiré de finir ainsi, et de ne pas survivre au maître, à l’ami qu’il n’avait pu sauver. Mais les tyrans qui lui procuraient cette gloire, surent lui en empoisonner la joie, en l’égorgeant au milieu de sa famille. »

L’affreux tribunal condamna à mort, en même temps que Malesherbes, la présidente de Rosambo, sa fille, la marquise de Chateaubriand sa petite-fille, le marquis de Chateaubriand son gendre, et frère aîné dé l’illustre auteur du Génie du Christianisme ; la princesse polonaise Lubormiska, la duchesse de Grammont, sœur du duc de Choiseul, la duchesse du Châtelet, et la vicomtesse de Pontville ; MM. Duval-d’Eprémesnil, Thouret, Chapelier, tous trois membres de l’assembée constituante, périrent aussi le même jour.


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