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10 mars 1760 : Lefranc de Pompignan est reçu à l'Académie française et fustige les philosophes des Lumières

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10 mars 1760 : Lefranc de Pompignan
est reçu à l’Académie française
et fustige les philosophes des Lumières
Publié / Mis à jour le samedi 9 mars 2013, par Redaction
 
 
Temps de lecture estimé : 2 mn
 

Cette réception appartient non seulement à l’histoire littéraire, mais encore à l’histoire politique du dix-huitième siècle. Déjà Voltaire entassait les brochures anonymes pour décrier ou pour ridiculiser la religion. Le livre de l’Esprit venait de faire de l’éclat ; la hardiesse de quelques passages de l’Encyclopédie alarmait les personnes attachées à l’ancien culte de l’Empire français.

Jean-Jacques Lefranc de Pompignan

Jean-Jacques Lefranc de Pompignan

Dans ces circonstances, Lefranc de Pompignan choisit pour sujet de son discours de réception, cette proposition que le sage vertueux et chrétien mentait seul le nom de philosophe. Cette définition ne fut pas goûtée d’une grande partie de ses auditeurs. Le déchaînement fut universel contre lui et contre tous ceux dont il paraissait défendre la cause. C’est alors que parurent les Quand, les Si, les Pourquoi, et une foule d’autres satires que Voltaire ne cessa de lancer durant près de deux ans.

Voici quelques fragments du discours de Pompignan que l’Année Littéraire nous a conservés :

« Vous avez perdu un homme de lettres et un philosophe — de Pompignan succédait à de Maupertuis — ; cette double perte est difficile à réparer. Les hommes vraiment lettrés, les vrais philosophes sont plus rares que jamais. Des prétentions ne sont pas des titres. On n’est pas précisément homme de lettres, parce qu’on a beaucoup lu et beaucoup écrit, qu’on possède les langues, qu’on a fouillé les ruines de l’antiquité, parce qu’enfin on est orateur, poète, historien. On n’est pas toujours philosophe pour avoir fait des traités de morale, sondé les profondeurs de la métaphysique, atteint les hauteurs de la plus sublime géométrie, révélé les secrets de l’histoire naturelle, deviné le système de l’univers. Le savant instruit et rendu meilleur par les livres, voilà l’homme de lettres. Le sage, vertueux et chrétien, voilà le philosophe.

« S’il était vrai que dans le siècle où nous vivons, dans ce siècle enivré de l’esprit philosophique, l’abus des talents, le mépris de la religion et la haine de l’autorité fussent le caractère dominant de nos productions, n’en doutons pas, messieurs, la postérité, ce juge impartial de tous les siècles, prononcerait souverainement que nous n’avons eu qu’une fausse littérature et qu’une vaine philosophie.

« Et quel exemple, en effet, quelles instructions donneraient au genre humain des gens de lettres présomptueux qui nous enseigneraient à mépriser les plus grands modèles ; de prétendus philosophes qui voudraient nous ôter jusqu’aux premières notions de la vertu : les uns et les autres se déchirant sans cesse entre eux, s’élevant avec une liberté cynique contre ce que la naissance et les dignités ont de plus éminent, et forçant le public à regarder comme un problème : si les lettres, les sciences et les arts ont plus contribué à épurer les mœurs qu’à les corrompre !

« Je suis bien éloigné, messieurs, de vouloir applaudir à ce nouveau paradoxe : ce n’est point dans le sanctuaire des lettres que j’afficherai l’anathème qui les proscrit. Mais pourquoi le dissimuler ? Ce sentiment faux dans le principe, se trouve vrai néanmoins dans l’exception, et malheur au siècle qui serait désigné par cette humiliante exception ! En vain se vanterait-il lui-même d’être un siècle de lumières et de raison, ses propres monuments serviraient bientôt à le confondre, en portant la malheureuse empreinte d’une littérature dépravée, d’une morale corrompue qui sape également le trône et l’autel. »

L’assemblée écouta avec un grand déplaisir l’endroit où le philosophe chrétien anathématisait cette philosophie purement humaine « qui dégrade et avilit l’homme, sous prétexte de le rendre heureux ; cette philosophie trompeuse, qui dément ses maximes par ses actions, qui déclame tout haut contre les richesses, et porte secrètement envie aux riches, qui montre du mépris pour les dignités, et désire de les obtenir ; qui recommande aux hommes la sociabilité, et cherche à perdre ses rivaux ; qui vante sa modestie et sa modération, et ne se nourrit que d’emportement et d’orgueil ; cette philosophie, dont les sectateurs, fiers et hardis la plume à la main, sont bas et tremblants dans la conduite ; qui n’ont rien d’assuré dans les principes, rien de consolant dans la morale ; qui se jouent de leurs opinions, les soutiennent, les abandonnent suivant leur crainte ou leur besoin, et dont les exemples sont aussi funestes que les leçons. »

 
 
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