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26 février 1646 : jugement du procès de Tancrède et de la duchesse Marguerite de Rohan

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26 février 1646 : jugement du procès
de Tancrède et de la duchesse
Marguerite de Rohan
Publié / Mis à jour le samedi 23 février 2013, par LA RÉDACTION
 

Marguerite de Rohan, l’une des plus riches héritières de France, épousa Henri de Chabot, dont la fortune était médiocre : la duchesse douairière de Rohan sa mère s’y opposa en vain. Cette dernière, pour punir sa fille, en la privant de la plus grande partie de sa fortune, supposa que, du vivant de son époux, elle avait eu un fils appelé Tancrède, et que des craintes sur la sûreté de cet enfant l’avaient obligée, ainsi que son mari, à le faire élever secrètement.

Tancrède, dans sa première enfance, avait été remis à un paysan hollandais, et tellement abandonné de ses parents, qu’on avait été sur le point de lui faire apprendre un métier : ce fut sur ces faits que l’on chercha à arranger le roman de son illustre origine. Ce jeune homme, produit dans le monde, avait des manières nobles et justifiait assez par son caractère les artifices de la duchesse douairière.

Marguerite de Rohan
Marguerite de Rohan

Une supposition si peu attendue occasionna un grand procès, où brillèrent les premières étincelles de notre barreau, et qui fut plaidé dix ans avant l’époque où les Provinciales parurent. Ce fut un des débuts du célèbre Patru ; deux autres anciens avocats plaidèrent avec lui contre la douairière : l’un, appelé Martinet, se montra digne du siècle de Louis XIV, qui était encore à son aurore ; l’autre, appelé Gaultier, offrit tous les défauts dont Racine s’est si bien moqué dans les Plaideurs. Aujourd’hui que cette cause est oubliée depuis longtemps, quelques citations de ces deux plaidoyers nous ont paru devoir encore piquer la curiosité ; elles donneront une idée juste de l’état du barreau à cette époque.

Martinet, après avoir fait des réflexions générales sur le penchant que les hommes ont à croire des fables et des aventures romanesques, continue ainsi : « On sait qu’on avait rassemblé tout ce qui pouvait rendre une fable magnifique : un beau titre, un nom de roman, un mélange d’intrigues et de passions contraires ; des intérêts d’Etat, des royaumes imaginaires, des périls supposés et de vaines espérances, pour faire attendre avec plus d’impatience la fin de la pièce, et la conclusion de l’aventure.

« Mais tous ceux à qui la passion n’a point ôté la faculté d’en juger, ont reconnu d’abord et condamné la fraude. Ils ont jugé qu’elle était trop grossière pour mériter quelque créance, trop éloignée de toutes les inclinations de la nature, des principes de la raison, des sentiments de la pudeur et de l’honnêteté, et que la plus grande grâce que l’on pût faire à madame la duchesse douairière de Rohan, était de croire que ce ne sont pas sa raison et sa volonté qui ont péché, mais cette passion aveugle qui dérobe le jugement et la vue, et les affections même par lesquelles elle s’est formée ; de croire qu’elle a perdu la puissance de soi-même, qu’elle n’avait point aperçu la profondeur du précipice, lorsqu’elle s’est résolue d’introduire dans sa famille un héritier également étranger et inconnu, et de se venger, aux dépens de sa propre réputation, sur une fille unique, dans l’amour de laquelle toutes ses affections et ses colères même devaient être terminées. »

L’orateur remarque ensuite qu’il n’est pas possible que le duc de Rohan ait gardé le silence sur la naissance de son fils, et qu’il ait, avant de mourir, laissé tout son bien à sa fille. Après une accumulation de preuves très bien déduites, Martinet entre dans le détail de l’affaire. Le morceau le plus frappant de son plaidoyer est celui où, par des rapprochements singuliers et inattendus, il cherche à montrer l’absurdité de l’histoire du jeune Tancrède :

« Cette fable, dit-il, n’est composée d’autre chose que de contradictions et d’antithèses. On dit que M. de Rohan a souhaité passionnément d’avoir un fils, qu il a apporté des soins extraordinaires pour le conserver ; qu’il l’a caché, et qu’il l’a perdu par la crainte de le perdre. On prétend qu’il a eu de grandes tendresses pour madame sa femme, et que, pour les lui témoigner, la voyant grosse de sept mois, il l’a envoyée en France ; il lui a fait faire quatre cents lieues, de peur qu’elle ne se trouvât mal en ses couches. On prétend qu’il n’avait trouvé sûreté que dans Venise, qu’il avait même résolu de vendre tout son bien en France, pour acheter le royaume de Chypre, dont on a cru que le titre et le nom même étaient spécieux pour servir à cet illustre roman ; et néanmoins il n’a pas voulu que madame sa femme accouchât dans Venise, mais dans Paris, de peur que l’enfant ne tombât entre les mains de ses ennemis.

« On dit que la principale appréhension du père et de la mère a été que cet enfant ne fût élevé dans une religion contraire à la leur, et cependant que le premier soin de la mère a été de le faire baptiser à l’église Saint-Paul ; que cet enfant a été la consolation du père et l’espérance de la mère ; et toutefois qu’il a été, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, abandonné à la misère et à la nécessité ; qu’on l’a cru mort, sans avoir jeté une seule larme, ni témoigné le moindre sentiment ; et que de cette naissance imaginaire, de cette mort inventée, jamais le mari et la femme ne se sont écrit une seule lettre. Enfin, pour ne rien omettre, on suppose que madame la duchesse de Rohan a voulu étouffer cet enfant ; et le moyen de le prouver, c’est qu’on prétend qu’elle l’a nourri, lorsqu’il pouvait être étouffé par la seule nécessité. Voilà pourtant les voies par lesquelles on prétendait parvenir à cette naissance supposée, les lumières par lesquelles on prétendait éclaircir cette obscurité ténébreuse : Si lumen quod in te est tenebrae sunt, tenebrae tuae quantae erunt ! »

Gaultier est loin de montrer le même talent ; il a, comme on l’a dit, tous les défauts des avocats de son temps. Il cite sans à propos les philosophes et les poètes ; il se permet les figures les plus bizarres, et son imagination déréglée s’égare sans cesse. La duchesse douairière avait refusé de paraître dans le procès ; et cette circonstance, dont Martinet n’avait pas même fait mention, est un des moyens les plus puissants de Gaultier.

« Elle craint, dit-il, la majesté de ce lieu ; et dans la douceur du tempérament de vos esprits, éloignée du trouble des passions, elle craint la rigueur et la sévérité des lois vivantes et animées qui forment vos jugements : elle n’appréhende pas les coups d’une main violente, mais la main de la justice qui s’appesantit sur les coupables, lui imprime de la terreur. Architus appelait du même nom la justice et l’autel. Ici, au milieu du temple de la justice, est l’autel sacré qui sert d’asile et de refuge à l’innocence ; et pourtant c’est sur le même autel que se fait l’expiation des crimes par le châtiment. Voilà ce qui fait le premier et le véritable motif de sa fuite ; elle ne veut pas amener au pied de votre autel la victime destinée au sacrifice de l’exemple public.

« Entre les six ordres différens que les Platoniciens ont fait des mauvais démons, ils ont remarqué que ceux du dernier ordre sont appelés fuyans la lumière, et qu’ils ont plus d’artifice et de malignité que les autres, omniformibus et imaginibus abundans, dit Porphyre. Sans doute que le démon de l’imposture, qui a fourni la matière de cette cause, qui a fourni ce fantôme d’illusion et cette figure d’enchantement, est de ce sixième ordre ; il est malicieux, mais lâche et timide ; les exorcismes sacrés de la justice le confondent en la même façon que les prêtres d’Egypte, par la force de leurs paroles mystérieuses, les conjuraient et les chassaient. La lumière qu’il fuit est celle qui vous éclaire, plus perçante que les rayons du soleil, lesquels reçoivent quelque fraction par les obstacles opposés de la terre ; au lieu que cet œil clairvoyant descendit in intima et penetrat mentis et animae viscera. Que si autrefois on a dit qu’Orphée, flatté parla faveur de sa descente aux enfers, etc. »

Le ridicule ne peut guère être porté plus loin. En comparant ce morceau aux plaidoyers de Petit-Jean et de l’Intimé, on voit que Racine n’a rien exagéré. Comment est-il possible que Martinet et Gauliier aient vécu dans le même temps, aient parlé dans la même cause ? Le jeune aventurier qui donna lieu à ce grand procès perdit sa cause, et fut déclaré supposé par le parlement de Paris. Ayant pris parti dans la guerre de la Fronde, où il espérait rétablir sa fortune, il fut tué trois ans après (en 1649).

 
 
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