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18 décembre 1670 : rupture du mariage du duc de Lauzun avec mademoiselle de Montpensier

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Éphéméride, événements
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18 décembre 1670 : rupture
du mariage du duc de Lauzun
avec mademoiselle de Montpensier,
petite-fille d’Henri IV
Publié / Mis à jour le lundi 17 décembre 2012, par Redaction
 
 
Temps de lecture estimé : 4 mn
 

La rupture de ce mariage est un des grands événements de la cour de Louis XIV. Antoine Nompar de Caumont , marquis de Péguilhem, depuis duc de Lauzun, eut une destinée singulière. Cadet de Gascogne, sans biens, sans véritable esprit, sans talents supérieurs, après avoir été le rival de son maître, il en devint le confident, fut sur le point d’en devenir l’allié, ne s’approcha du trône que pour tomber dans une longue et dure prison, d’où il sortit pour sauver un roi, et pour vieillir dans l’obscurité. Il plut aux femmes sans les aimer, il laissa échapper la plus grande fortune sans la regretter, il fut malheureux sans être coupable, il mourut oublié, malgré les plus célèbres aventures.

Anne Marie Louise d'Orléans, dite La Grande Mademoiselle

Anne Marie Louise d’Orléans, dite La Grande Mademoiselle

Il comptait par ses attaques le nombre de ses conquêtes. Toutes les femmes tombaient dans ses pièges : les unes l’avaient par faiblesse, les autres par air : à Venise, à Florence, il avait eu le même succès qu’à Paris. La reine de Portugal qui avait voulu l’épouser avant que de monter sur le trône, n’y avait pas renoncé depuis qu’elle y était montée.

Il plut à mademoiselle de Montpensier, et la petite-fille de Henri lV, qui avait dédaigné tant de princes, et manqué d’épouser Louis XIV, soupira, à l’âge de quarante-quatre ans, pour un simple gentilhomme.

Trois mois après un premier entretien, elle lui déclara sa passion par un billet, où il lut ces mots : « C’est M. le comte de Lauzun que j’aime, et que je veux épouser. » Lauzun n’osait en croire ses yeux. Le lendemain, Mademoiselle le lui répéta mille fois : il feignit d’en douter encore ; Mademoiselle le persuada par ses larmes. Il la conjura de penser à sa gloire, elle répondit : « L’homme le plus aimable est pour moi l’homme le plus grand . » Il se jeta à ses pieds, et lui abandonna sa destinée.

Les deux amants songèrent à obtenir le consentement du roi : Mademoiselle lui écrivit une longue lettre, pleine de passion et de respect. Le roi lui répondit, par un billet, de ne rien précipiter dans une affaire si importante, et, enfin, accorda son consentement, à condition que les parents de Lauzun lui demanderaient cette grâce, et que mademoiselle de Montpensier viendrait elle-même le prier de lui donner ce gentilhomme en mariage. La princesse courut chez le roi, le conjura de faire le bonheur de sa vie, l’assura qu’un refus lui donnerait la mort. Un moment après, les ducs de Créqui et de Montausier, le maréchal d’Albret et le marquis de Guitry entrèrent, et représentèrent au roi qu’il ne pourrait refuser son consentement à ce mariage sans mortifier la noblesse du royaume ; que ce n’était pas la première fois que le sang des gentilshommes s’était mêlé au sang des dieux. « Ma cousine a quarante-cinq ans, dit le roi, qu’elle fasse ce qu’elle voudra. »

« Je vais vous mander la chose la plus étonnante, écrit madame de Sévigné à M. de Coulanges, le 15 décembre 1670, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; enfin, une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment le pourrait-on à Lyon ; une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose, enfin, qui se fera dimanche, et où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi.

« Je ne puis me résoudre à vous la dire ; devinez-la, je vous le donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous le dire : M. de Lauzun épouse dimanche, au Louvre, devinez qui ? je vous le donne en quatre, je vous le donne en six, je vous le donne en cent. Madame de Coulanges dit : Voilà qui est bien difficile à deviner ; c’est madame de la Vallière. Point du tout, madame. C’est donc mademoiselle de Retz ? Point du tout. Vous êtes bien provinciale. Ah ! vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous, c’est mademoiselle Colbert. Encore moins.

« C’est assurément mademoiselle de Créqui. Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire : il épouse dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle, mademoiselle de... mademoiselle, devinez le » nom ? il épouse mademoiselle, la grande mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille de Henri&nsp;IV, mademoiselle d’Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi, Mademoiselle, destinée au trône, Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur [Gaston de France, duc d’Orléans, frère de Louis XIII]. Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous ; que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si, enfin, vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison, nous en avons fait autant que vous. »

Jusque-là tout va bien ; mais voici la catastrophe qui approche ; c’est encore madame de Sévigné qui va nous l’apprendre :

Lettre à M. de Coulanges. 19 décembre 1670,

« Ce qui s’appelle tomber du haut des nues, c’est ce qui arriva hier au soir aux Tuileries ; mais il faut reprendre les choses de plus loin. Vous en êtes à la joie, aux transports, aux ravissements de la princesse et de son bienheureux amant. Ce fut donc lundi que la chose fut déclarée.

« Le mardi se passa à parler, à s’étonner, à complimenter.

« Le mercredi, Mademoiselle fit une donation à M. de Lauzun, avec dessein de lui donner les titres, les noms et les ornements nécessaires pour être nommé dans le contrat de mariage, qui fut fait le même jour. Elle lui donna donc, en attendant mieux, quatre duchés : le premier, c’est le comté d’Eu, qui est la première pairie de France, et qui donne le premier rang ; le duché de Montpensier, dont il porta hier le nom toute la journée ; le duché de Saint-Fargeau ; le duché de Châtellerault : tout cela estimé vingt-deux millions. Le contrat fut dressé ensuite ; il y prit le nom de Montpensier.

« Le jeudi matin, qui était hier, Mademoiselle espéra que le roi signerait le contrat, comme il l’avait dit ; mais sur les sept heures du soir, la reine, Monsieur, et plusieurs barbons, firent entendre à S. M. que cette affaire faisait tort à sa réputation : en sorte qu’après avoir fait venir Mademoiselle et M. de Lauzun, le roi leur déclara, devant M. le Prince, qu’il leur défendait absolument de songer à ce mariage.

« M. de Lauzun reçut cet ordre avec tout le respect, toute la soumission, toute la fermeté et tout le désespoir que méritait une si grande chute. Pour Mademoiselle, suivant son humeur, elle éclata en pleurs, en cris, en douleurs violentes, en plaintes excessives, et tout le jour elle a gardé son lit, sans rien avaler que des bouillons. Voilà un beau songe, voilà un beau sujet de roman ou de tragédie, mais surtout un beau sujet de raisonner et de parler éternellement : c’est ce que nous faisons jour et nuit, soir et matin, sans fin, sans cesse ; nous espérons que vous en ferez autant. »

Autre lettre sur le même sujet.

24 décembre.

« Vous savez à présent l’histoire romanesque de Mademoiselle et de M. de Lauzun. C’est le juste sujet d’une tragédie dans toutes les règles du théâtre. Nous en disposions les actes et les scènes l’autre jour ; nous prenions quatre jours au lieu de vingt-quatre heures, et c’était une pièce parfaite. M. de Lauzun a joué son personnage en perfection : il a soutenu ce malheur avec une fermeté, un courage, et pourtant une douleur mêlée d’un profond respect, qui l’ont fait admirer de tout le monde. Mademoiselle a fort bien fait aussi : elle a bien pleuré. Voilà qui est fini. »

Les deux amants se firent donner secrètement la bénédiction nuptiale.

 
 
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