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11 décembre 1686 : mort du Grand Condé

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11 décembre 1686 : mort du Grand Condé
Publié / Mis à jour le lundi 10 décembre 2012, par LA RÉDACTION
 

Condé est le nom d’une branche de la maison de Bourbon, descendue de Louis Ier, prince de Condé, frère puîné d’Antoine, roi de Navarre, premier prince du sang de France, qui fut père de Henri IV.

Louis II de Bourbon-Condé dit le Grand Condé
Louis II de Bourbon-Condé dit le Grand Condé

Le quatrième prince de Condé, Louis II, est le Grand Condé, homme de génie en tout, surtout à la guerre : il avait le génie des batailles, il avait ces illuminations soudaines, par lesquelles Bossuet l’a si heureusement caractérisé. C’est de lui que ce même Bossuet, le seul orateur digne de louer le Grand Condé, a dit : « Nous ne pouvons rien, faibles orateurs, pour la gloire des âmes extraordinaires. Le sage a raison de dire que leurs seules actions les peuvent louer dignement : toute autre louange languit auprès des grands noms ; et la seule simplicité d’un récit fidèle pourrait contenir la gloire du prince de Condé. »

Il suffit en effet de nommer Rocroi, Fribourg, Nordlingue, Lens, le passage du Rhin, Sénef, et cette foule de places conquises à la suite de ces grandes victoires, et toute cette surabondance de gloire, qu’il eut la générosité de désavouer lui-même ; cette foule d’exploits, qu’il arrache du livre de la Muse de l’histoire, dans ce beau tableau allégorique qui ornait la galerie de Chantilly, l’expédition de Blénau, le combat de Saint-Antoine, la retraite d’Arras, le secours de Valenciennes, le secours de Cambrai, tant de grandes choses opérées avec tant de désavantages, et contre Turenne.

Le prince Henri-Jules (fils du Grand Condé), faisait peindre dans la galerie de Chantilly l’histoire de son père. II se rencontrait une difficulté dans l’exécution de ce projet. Le héros, dans sa jeunesse, s’était trouvé lié d’intérêt avec les ennemis de l’Etat, et il avait fait une partie de ses belles actions lorsqu’il avait eu le malheur de porter les armes contre son roi ; il semblait qu’on ne devait pas faire parade de ces exploits dans la galerie de Chantilly ; mais d’un autre côté, ces actions étaient si brillantes, qu’il était bien mortifiant pour un fils amoureux de la gloire de son père, de les supprimer dans le monument qu’il élevait à la mémoire du héros de sa maison. Le prince trouva lui-même le plus heureux dénouement. Il fit dessiner la Muse de l’Histoire, qui tenait un livre sur le dos duquel était écrit : Vie du prince de Condé. Cette Muse arrachait des feuillets du livre, qu’elle jetait par terre, et on lisait sur ces feuillets  : Secours de Cambrai, secours de Valenciennes, retraite de devant Arras.

Il n’y a que de grandes passions, jointes à de grandes vertus, qui forment les caractères brillants et sublimes, tels que celui du Grand Condé. Son panégyriste a indiqué, et les historiens ont montré de fortes taches dans son caractère avant qu’il eût travaillé sur lui-même. Il avait une hauteur inflexible, une franchise dédaigneuse et despotique, qui voulait tout emporter parla force. « Le prince de Condé dit un de ses historiens, eût pu gouverner l’Etat, s’il avait seulement voulu plaire ; mais il se contentait d’être admiré. Le peuple de Paris, qui s’était soulevé en faveur d’un conseiller clerc presque imbécile, fit des feux de joie lorsqu’on mena au donjon de Vincennes le défenseur et le héros de la France. »

Dans la suite, le malheur et l’expérience l’ayant corrigé, il avait senti la nécessité d’avoir des amis ; il s’était fait, comme Louis XIV, un principe et une habitude dédire des choses obligeantes, et lorsque cet agrément des manières se joignait à la générosité sublime de son âme, l’attachement qu’il inspirait, allait jusqu’à l’ivresse ; mais dans les occasions imprévues, le naturel venait quelquefois le surprendre : le mot désobligeant qu’il dit au chevalier de Fourilles, à la bataille de Sénef, prouve qu’il n’était pas encore assez corrigé.

Boileau, accoutumé à voir le prince de Condé parler avec une grâce brillante et une douceur aimable quand il avait raison, fut un jour étonné du feu dont il vit ses yeux s’allumer dans une dispute où le prince avait tort. Désormais, dit-il tout bas à son voisin, je serai toujours de l’avis de monsieur le prince quand il aura tort. Le mot est bon ; mais il prouve que le prince n’aimait pas les contradictions.

Quant à un autre mot qu’on veut qui soit échappé au Grand Condé, dans l’ivresse de la victoire, mot qui annonce trop peu de respect pour l’humanité, dans un prince fait pour l’honorer, un des historiens les plus modernes du grand Condé, doute qu’il soit sorti de sa bouche. Il est certain que ce prince donna dans plus d’une occasion, de grandes marques de sensibilité. On en voit toute l’énergie dans cette relation que donne le même historien, de la visite qu’il rendit à mademoiselle de Montpensier, après la journée de Saint-Antoine.

« Son visage était couvert de sueur et de poussière, ses yeux respiraient la vengeance, la douleur et le désespoir ; son collet était déchiré, sa chemise et ses mains étaient ensanglantées, ses cheveux étaient épars et à moitié brûlés, sa cuirasse était criblée de coups, et quoiqu’il ne fût point blessé, ses habits étaient percés. Il tenait dans sa main son épée, dont il avait perdu le fourreau. Ce fut dans cet état terrible qu’il s’offrit aux yeux de la princesse. Ah ! dit-il en l’abordant, vous voyez un homme au désespoir : j’ai perdu tous mes amis ; et il se jeta sur un siège où il fondit en larmes. »

Rapprochez ces larmes si respectables, si humaines, des prodiges de génie, d’intelligence et de valeur, que le prince venait de prodiguer dans le combat, et vous aurez Condé tout entier. On a dit du Grand Condé, qu’il était plus capitaine que César, et aussi soldat qu’Alexandre. Il aimait les lettres autant qu’eux : on voyait souvent à sa table Boileau, Racine, Santeuil. Le grand Condé mourut à Fontainebleau, où il avait été voir la duchesse, sa petite-fille, qui était malade.

Rien de plus beau que le tableau de cette mort dans Bossuet. On ne voit pas sans émotion ce même tableau de Condé mourant, dans les histoires les plus simples ; les derniers mots de ce grand homme, ses adieux à sa famille, la tendresse de ses discours, les larmes de toute sa maison, le désespoir énergique du duc d’Enghien, ce délire de tendresse et de regret qui le précipite aux pieds de son père expirant, pour lui demander sa bénédiction paternelle, et le pardon d’offenses qu’il n’a jamais commises ; ce même délire qui le force de rentrer, malgré tout le monde, dans la chambre de ce héros, dont un cri sinistre et terrible vient de lui annoncer la mort : il aperçoit un cadavre étendu sur un lit, le visage couvert d’un linge : « Ah ! que vois-je, s’écrie-t-il, est-ce là mon père ? » Et il tombe sans mouvement.

« On sent, dit madame de Sévigné, la douleur de voir sortir du monde un si grand homme, un si grand héros, dont les siècles entiers ne sauront point remplir la place ! » Après cette réflexion, elle fait un conte de bonne femme, qui prouve au moins quelle place l’idée d’un grand homme occupe dans les imaginations vives et dans les cœurs sensibles : « Il arriva une chose extraordinaire à Chantilly, trois semaines avant la mort de M. le prince. Un gentilhomme à lui, nommé Vernillon, revenant à trois heures de la chasse, approchant du château, vit, à une fenêtre du cabinet des armes, un fantôme, c’est-à-dire un homme enseveli : il descendit de son cheval, et s’approcha ; il le vit toujours.

« Son valet qui était avec lui, dit : Monsieur, je vois ce que vous voyez. Ils prièrent le concierge de leur donner la clef du cabinet des armes ; ils y vont, et trouvent toutes les fenêtres fermées, et un silence qui n’avait pas été troublé depuis plus de six mois. On conte cela à M. le prince ; il en fut un peu frappé, puis s’en moqua. Tout le monde sut cette histoire, et tremblait pour M. le prince ; et voilà ce qui est arrivé. On dit que ce Vernillon est un homme d’esprit, et aussi peu capable de visions que notre ami Corbinelli, outre que ce valet eut la même apparition. Comme ce conte est vrai, je vous le mande, afin que vous y fassiez vos réflexions comme nous. »

Le Grand Condé se trouve assez bien peint dans les vers suivants :

J’ai le cœur comme la naissance ;
Je porte dans les yeux un feu vif et brillant ;
J’ai de la foi, de la constance,
Je suis prompt, je suis fier, généreux et vaillant.
Rien n’est comparable à ma gloire ;
Le plus fameux héros qu’on vante dans l’histoire
Ne saurait me le disputer :
Si je n’ai pas une couronne,
C’est la fortune qui la donne,
Il suffit de la mériter.

L’oraison funèbre du Grand Condé par Bossuet, est le chef-d’œuvre de ce sublime orateur et de toutes les oraisons funèbres.

 
 
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