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14 octobre 1806 : bataille d'Iéna

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14 octobre 1806 : bataille d’Iéna
Publié / Mis à jour le vendredi 12 octobre 2012, par LA RÉDACTION
 

(Extrait du Ve Bulletin de la Grande-Armée)

La bataille d’Iéna a lavé l’affront de Rosbach, et décidé en sept jours une campagne qui a entièrement calmé cette frénésie de guerre qui s’était emparé des têtes prussiennes.

Voici la position de l’armée au 13 :
Le grand-duc de Berg et le maréchal Davoust, avec leurs corps d’armée, étaient à Naumbourg, ayant des partis sur Leipzig et Halle. Le corps du maréchal prince de Ponte-Corvo était en marche pour se rendre à Dornbourg. Le corps du maréchal Lannes arrivait à Iéna. Le corps du maréchal Augereau était en position à Kahla. Le corps du maréchal Ney était à Roda. Le quartier-général à Gera. L’Empereur en marche pour se rendre à Iéna. Le corps du maréchal Soult, de Gera était en marche. pour prendre une position plus rapprochée à l’embranchement des routes de Naumbourg et d’Iéna.

Voici la position de l’ennemi :
Le roi de Prusse voulant commencer les hostilités au 9 octobre, en débouchant sur Francfort, par sa droite, sur Wurtzbourg par son centre, et sur Bamberg par sa gauche, toutes les divisions de son armée étaient disposées pour exécuter ce plan ; mais l’armée française tournant sur l’extrémité de sa gauche, se trouva en peu de jours à Saalbourg, à Lobeinstein, à Schleitz, à Gera , à Naumbourg : l’armée prussienne tournée, employa les journées des 9, 10, 11 et 12 à rappeler tous ses détachements, et le 13 elle se présenta en bataille entre Capelsdorf et Auerstaedt, forte de près de cent cinquante mille hommes.

Le 13, à deux heures après midi, l’Empereur arriva a Iéna ; et, sur un petit plateau qu’occupait notre avant-garde, il aperçut les dispositions de l’ennemi qui paraissait manœuvrer pour attaquer le lendemain, et forcer les divers débouchés de la Saale ; I’ennemi défendait en force, et par une position inexpugnable, la chaussée de Iéna à Weimar, et paraissait penser que les Français ne pourraient déboucher dans la plaine sans avoir forcé ce passage ; il ne paraissait pas possible en effet de monter de l’artillerie sur le plateau, qui d’ailleurs était si petit, que quatre bataillons pouvaient à peine s’y déployer ; on fit travailler toute la nuit à un chemin dans le roc, et l’on parvint à conduire l’artillerie sur la hauteur.

Le maréchal Davoust reçut l’ordre de déboucher par Naumbourg pour défendre les défilés de Kœsen, si l’ennemi voulait marcher sur Naumbdurg, ou pour se rendre a Apolda, pour le prendre à dos s’il restait dans la position où il était. Le corps du maréchal prince dé Ponte-Corvo fut destiné à déboucher de Dornbourg, pour tomber sur les derrières de l’ennemi, soit qu’il se portât en force sur Naumbourg , soit qu’il se portât sur Iéna.

La grosse cavalerie, qui n’avait point encore rejoint l’armée, ne pouvait la rejoindre qu’à midi ; la cavalerie de la garde impériale était à trente-six heures de distance, quelques fortes marches qu’elle eût faites depuis son départ de Paris ; mais il est des moments à la guerre où aucune considération ne doit balancer l’avantage de prévenir l’ennemi et de l’attaquer le premier. L’empereur fit ranger sur le plateau qu’occupait l’avant-garde, que l’ennemi paraissait avoir négligé, et vis-à-vis duquel il était en position, tout le corps du maréchal Lannes ; ce corps d’armée fut rangé par les soins du général Victor, chaque division formant une aile. Le maréchal Lefevre fit ranger au sommet la garde impériale en bataillon carré. L’empereur bivouaqua au milieu de ses braves ; la nuit offrait un spectacle digne d’observation, celui des deux armées, dont l’une déployait son front sur six lieues d’étendue, et embrasait de ses feux l’atmosphère ; l’autre dont les feux apparents étaient concentrés sur un petit point : et dans l’une et l’autre armée de l’activité et du mouvement ; les feux des deux armées étaient à une demi-portée de canon, les sentinelles se touchaient presque, et il ne se faisait pas un mouvement qui ne fût entendu.

Les corps des maréchaux Ney et Soult passèrent la nuit en marche. A la pointe du jour toute l’armée prit les armes ; la division Gazan était rangée sur trois lignes, sur la gauche du plateau ; la division Suchet formait la droite ; la garde impériale occupait le sommet du monticule, chacun de ses corps ayant ses canons dans les intervalles. De la ville et des vallées voisines on avait pratiqué des débouchés qui permettaient le déploiement le plus facile aux troupes qui n’avoient pu être placées sur le plateau : car c’était peut-être la première fois qu’une armée devait passer par un si petit débouché.

Un brouillard épais obscurcissait le jour ; l’Empereur passa devant plusieurs lignes ; il recommanda aux soldats de se tenir en garde contre cette cavalerie prussienne, qu’on peignait comme si redoutable. Il les fit souvenir qu’il y avait un an qu’à la même époque ils avoient pris Ulm ; que l’armée prussienne comme l’armée autrichienne était aujourd’hui cernée, ayant perdu sa ligne d’opérations, ses magasins ; qu’elle ne se battait plus dans ce moment pour la gloire, mais pour sa retraite ; que cherchant à faire une trouée sur différents points, les corps d’armée qui la laisseraient passer seraient perdus d’honneur et de réputation. A ce discours animé, le soldat répondit par des cris de marchons ! Les tirailleurs engagèrent l’action : la fusillade devint vive ; quelque bonne que fût la position que l’ennemi occupait, il en fut débusqué ; et l’armée française, débouchant dans la plaine, commença à prendre son ordre de bataille.

De son côté le gros de l’armée ennemie, qui n’avait eu le projet d’attaquer que lorsque le brouillard serait dissipé, prit les armes. Un corps de cinquante mille hommes de la gauche se posta pour couvrir les défilés de Naumbourg , et s’emparer des débouchés de Kœsen ; mais il avait déjà été prévenu par le maréchal Davoust. Les deux autres corps, formant une force de quatre-vingt mille hommes, se portèrent en avant de l’armée française qui débouchait du plateau de Iéna. Le brouillard couvrit les deux armées pendant deux heures ; mais enfin il fut dissipé par un beau soleil d’automne ; les deux armées s’aperçurent à petite portée de canon ; la gauche de l’armée française, appuyée sur un village et des bois, était commandée par le maréchal Augereau ; la garde impériale la séparait du centre qu’occupait le corps du maréchal Lannes ; la droite était formée par le corps du maréchal Soult ; le maréchal Ney n’a voit qu’un simple corps de trois mille hommes, seules troupes qui fussent arrivées de son corps d’armée.

L’armée ennemie était nombreuse, et montrait une belle cavalerie ; ses manœuvres étaient exécutées avec précision et rapidité. L’Empereur eût désiré retarder de deux heures d’en venir aux mains, afin d’attendre dans la position qu’il venait de prendre après l’attaque du matin, les troupes qui devaient le joindre, et surtout sa cavalerie ; mais l’ardeur française l’emporta : plusieurs bataillons s’étant engagés au village de Hollstedt, il vit l’ennemi s’ébranler pour les en déposter ; le maréchal Lannes reçut ordre sur-le-champ de marcher en échelons pour soutenir ce village.

Le maréchal Soult avait attaqué un bois sur la droite ; l’ennemi ayant fait un mouvement de sa droite sur notre gauche, le maréchal Augereau fut chargé de le repousser : en moins d’une heure l’action devint générale, deux cent cinquante ou trois cent mille hommes, avec sept ou huit cents pièces de canon semaient partout la mort, et offraient un de ces spectacles rares dans l’histoire. De part et d’autre on manœuvra constamment comme à une parade. Parmi nos troupes il n’y eut jamais le moindre désordre, la victoire ne fut pas un moment incertaine. L’empereur eut toujours auprès de lui, indépendamment de la garde impériale, un bon nombre de troupes de réserve pour pouvoir parer à tout accident imprévu.

Le maréchal Souk ayant enlevé le bois qu’il attaquait depuis deux heures, fit un mouvement en avant. Dans cet instant on prévint l’Empereur que la division de cavalerie française de réserve commençait à se placer, et que deux nouvelles divisions du corps du maréchal Ney se plaçaient en arrière sur le champ de bataille. On fit alors avancer toutes les troupes qui étaient en réserve sur la première ligne, et qui se trouvant ainsi appuyées, culbutèrent l’ennemi dans un clin d’œil, et le mirent en pleine retraite ; il la fit en ordre pendant la première heure, mais elle devint un affreux désordre, du moment que nos divisions de dragons et nos cuirassiers, ayant le grand-duc de Berg à leur tête, purent prendre part à l’affaire.

Ces braves cavaliers frémissant de voir la victoire décidée sans eux, se précipitèrent partout où ils rencontrèrent des ennemis. La cavalerie, l’infanterie prussienne ne purent soutenir leur choc : en vain l’infanterie ennemie se forma en bataillons carrés ; cinq de ses bataillons furent enfoncés ; artillerie, cavalerie, infanterie, tout fut culbuté et pris. Les Français arrivèrent à Weimar en même temps que l’ennemi, qui fut ainsi poursuivi pendant l’espace de six lieues.

A notre droite le corps du maréchal Davoust faisait des prodiges : non seulement il contint, mais mena, battant pendant plus de trois lieues, le gros des troupes ennemies qui devait déboucher du côté de Koesen. Ce maréchal a déployé une bravoure distinguée et de la fermeté de caractère, première qualité d’un homme de guerre ; il a été secondé par les généraux Gudin, Friant , Morand, Daultanne, chef de l’état-major, et par la rare intrépidité de son brave corps d’armée.

Les résultats de la bataille sont trente à quarante mille prisonniers, il en arrive à chaque moment ; vingt-cinq à trente drapeaux, trois cents pièces de canon, des magasins immenses de subsistances. Parmi les prisonniers se trouvent plus de vingt généraux, dont plusieurs lieutenants-généraux, entre autres le lieutenant-général Schmettau. Le nombre des morts est immense dans l’armée prussienne. On compte qu’il y a plus de vingt mille tués ou blessés ; le feld-maréchal Mollendorff a été blessé ; le duc de Brunswick a été tué ; le général Ruchel a été tué ; le prince Henri de Prusse grièvement blessé. Au dire des déserteurs, des prisonniers et des parlementaires, le désordre et la consternation sont extrêmes dans les débris de l’armée ennemie.

De notre côté nous avons à regretter parmi les généraux, la perte du général de brigade Debilly, excellent soldat ; parmi les blessés, le général de brigade Conroux ; parmi les colonels morts, les colonels Vergés, du douzième régiment d’infanterie de ligne ; Lamotte, du trente-sixième ; Barbenegre, du neuvième de hussards ; Marigny, du vingtième de chasseurs ; Harispe , du seizième d’infanterie légère ; Dulembourg , du premier de dragons ; Nicolas, du soixante-unième de ligne ; Viala, du quatre-vingt-et-unième ; Higonet, du cent huitième.

Les hussards et les chasseurs ont montré dans cette journée une audace digne des plus grands éloges : la cavalerie prussienne n’a jamais tenu devant eux ; et toutes les charges qu’ils ont faites devant l’infanterie ont été heureuses. L’Empereur a déclaré que la cavalerie française, après l’expérience des deux campagnes et de cette dernière bataille, n’avait pas d’égale.

L’armée prussienne a dans cette bataille perdu toute retraite et toute sa ligne d’opérations : sa gauche poursuivie par le maréchal Davoust, opéra sa retraite sur Weimar, dans le temps que sa droite et son centre se retirait de Weimar sur Naumbourg. La confusion fut donc extrême : le roi a dû se retirer à travers champs à la tête de son régiment de cavalerie. Notre perte est évaluée à mille ou onze cents tués, et trois mille blessés.

Rien ne pourrait ajouter au sentiment d’attendrissement qu’ont éprouvé ceux qui ont été témoins de l’enthousiasme et de l’amour que l’armée témoignait à l’Empereur au plus fort du combat ; s’il y avait un moment d’hésitation, le seul cri de vive l’Empereur ! ranimait les courages, et retrempait toutes les âmes. Au fort de la mêlée, l’Empereur voyant ses ailes menacées par la cavalerie, se portait au galop pour ordonner des manœuvres et des changements de front en carrés : il était interrompu à chaque instant par des cris de vive l’Empereur ! La garde impériale à pied voyait avec un dépit qu’elle ne pouvait dissimuler, tout le monde aux mains, et elle dans l’inaction : plusieurs voix firent entendre les mots, en avant ! « Qu’est-ce ? dit l’Empereur, ce ne peut être qu’un jeune homme qui n’a pas de barbe, qui peut vouloir préjuger ce que je dois faire ; qu’il attende qu’il ait commandé dans trente batailles rangées, avant de prétendre me donner des avis. » C’était effectivement des vélites dont le jeune courage était impatient de se signaler.

Dans une mêlée aussi chaude, pendant que l’ennemi perdait presque tous ses généraux, on doit remercier cette Providence qui gardait notre armée : aucun homme de marque n’a été tué ni blessé. Le maréchal Lannes a eu un biscaïen qui lui a rasé la poitrine sans le blesser ; le maréchal Davoust a eu son chapeau emporté, et un grand nombre de balles dans ses habits. L’Empereur a toujours été entouré, partout où il a paru, du prince de Neuchâtel, du maréchal Bessière, du grand-maréchal du palais Duroc, du grand-écuyer Caulaincourt, et de ses aides de camp et écuyers de service. Une partie de l’armée n’a pas donné.

 
 
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