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8 juillet 1730 : mort du second maréchal de Villeroi

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8 juillet 1730 : mort du second
maréchal de Villeroi
Publié / Mis à jour le dimanche 8 juillet 2012, par LA RÉDACTION
 

Le second maréchal de Villeroi, gouverneur de Louis XV, comme le premier l’avait été de Louis XIV, était fils du premier, et fut encore plus célèbre que lui, mais d’une célébrité mêlée de fautes et de disgrâces, autant que de valeur, d’honneur et dé probité. Il se nommait François de Neufville ; il eut toutes les dignités et tous les emplois de son père, et fut de plus capitaine des gardes-du-corps en 1695, à la mort du maréchal de Luxembourg.

Il paraît qu’il fit ses premières armes contre les Turcs au combat de Raab, en Hongrie, en 1664. En 1668 il suivit Louis XIV à la conquête de la Franche-Comté, et se signala au siége de Dôle, comme avait fait son père au siège de la même ville, en 1636, dans la guerre de Hollande. Il servit quelque temps dans l’armée de l’évêque de Munster ; il fut fait chevalier des ordres en 1688, maréchal de France en 1693. Il prit Charleroi le 11 octobre de la même année ; mais M. de Vauban conduisait les attaques, et M. de Luxembourg conduisait le siège.

En 1695 il commanda dans les Pays-Bas ; M. de Vaudemont fit devant lui, le 14 juillet, une retraite fort estimée, et le maréchal de Villeroi n’osa ou ne put l’attaquer. Il s’en dédommagea en bombardant Bruxelles les 13, 14 et 15 août ; mais le prince d’Orange (le roi Guillaume) prit Namur le 4 août, et le château du même Namur le 2 septembre, sans que le maréchal de Villeroi, qui s’était avancé sur les bords de la Mehaigne, pût rien entreprendre.

En 1677, le maréchal de Villeroi commanda encore en Flandre ; il couvrit le siège d’Ath, que faisait le maréchal de Catinat. Ath fut pris le 5 juin. Le maréchal de Villeroi avait, dans cette même campagne, un projet sur Bruxelles ; le roi Guillaume le fit avorter.

Dans la guerre de la succession d’Espagne, le maréchal de Villeroi alla, en 1701, relever le maréchal de Catinat, qu’on rappelait d’Italie. On sait trop avec quel dédain superbe et quel ton de supériorité il osa parler à cet homme modeste, qui, dans cette qualité d’homme modeste, et plus encore en qualité de général, lui était infiniment supérieur. Le combat de Chiari, où Villeroi fut repoussé avec perte le 1er septembre, conformément au pronostic de Catinat, rabaissa un peu l’orgueil du premier. Le 2 février 1702, nouvelle humiliation : le prince Eugène surprend Crémone, et dans Crémone le maréchal de Villeroi. Eugène fut chassé sur-le-champ par la valeur des Français et des Irlandais ; mais il emmena le maréchal de Villeroi prisonnier. Il fut conduit à Gratz, où il resta jusqu’au mois d’octobre suivant. En 1703, il alla commander dans les Pays-Bas, où il prit Tongres le 10 mai, et eut quelques autres avantages.

Il fit de grandes pertes, en 1704, en Allemagne, par une mortalité qui se mit dans son armée. En 1705, dans les Pays-Bas, des lignes trop étendues qu’il défendait du côté de Vignamont, furent forcées le 18 juillet. Cette campagne lui fit cependant honneur, parce que, malgré cet échec, il couvrit si bien les principales villes de Flandre, qu’il empêcha les ennemis de prendre des quartiers d’hiver dans ce pays.

En 1706, le 23 mai, jour de la Pentecôte, il essuya le terrible échec de Ramillies, qui entraîna la perte de presque toute la Flandre. Le roi se crut obligé de lui ôter le commandement des armées ; mais toujours prévenu en sa faveur par l’amitié, il attribua tous ses revers au malheur ; il crut qu’on exagérait ses fautes et son incapacité. On se déchaîne contre lui, dit-il, parce qu’il est mon favori ; mot, dit Voltaire, qui fut d’autant plus remarqué, que c’est la seule fois que Louis XIV s’en soit servi à l’égard même de ceux qu’il a le plus aimés. Quand il le revit après ses défaites, il se contenta de lui dire avec bonté : M. le maréchal, à notre âge on n’est plus heureux ; et connaissant son zèle et ses vertus, il chercha le moyen d’employer ses services dans un autre genre : il le nomma en 1714 ministre d’Etat et chef du conseil royal des finances ; il le nomma aussi, par son testament, gouverneur de Louis XV.

La disgrâce du maréchal de Villeroi, arrivée en 1722, fut un grand événement à la cour. Le maréchal n’était ami ni du régent, ni du cardinal Dubois ; il avait surtout pour ce dernier le mépris que Dubois devait naturellement inspirer à une âme fière et franche comme celle de Villeroi. Dubois, dans le projet qu’il avait conçu de se faire nommer premier ministre, voulut gagner Villeroi, pour qu^au moins il ne s’opposât pas trop hautement à sa nomination, et qu’il ne le desservît pas auprès du jeune roi. Le cardinal de Bissy fut chargé de cette négociation, et Réussit d’abord si bien, qu’il amena le maréchal chez Dubois, qui offrait de se transporter chez lui. Villeroi crut qu’il ne s’agissait que d’un rapprochement et d’une réconciliation en général, sans aucun objet déterminé. Dubois, charmé de voir chez lui le maréchal, s’enferme avec lui et le cardinal de Bissy.

La conversation commence par un compliment et les protestations d’amitié, qui ne sont pas même une fausseté entre courtisan, puisqu’elles ne trompent personne ; mais le maréchal a dit lui-même depuis, que quand Dubois parla d’être premier ministre , et le pressa de faire goûter ce projet au roi, et même de le présenter à ce jeune prince, il ne put tenir à une pareille proposition : la patience lui échappa ; il s’emporta, et accabla le cardinal Dubois de reproches et d’injures. Le négociateur Bissy, pour le moins aussi déconcerté que Dubois, essaie de calmer le maréchal, d’adoucir ses expressions, de les interpréter le plus favorablement, de lui rappeler qu’il est venu dans un esprit de paix et d’amitié ; que s’il ne croit pas devoir servir le cardinal, il ne doit pas du moins l’injurier ; que sans doute ce n’est point son intention, mais que ses mouvements ont trop d’impétuosité, et ses expressions trop d’aigreur. Plus on veut l’apaiser, plus il s’échauffe et s’irrite ; il passe enfin toute mesure, et donne la scène la plus éclatante ; et s’en applaudissant, finit par dire au cardinal Dubois : A présent que je vous ai montré toute mon âme, que nous ne pouvons plus nous pardonner l’un à l’autre, je vous déclare que vous n’avez aucun moyen de m’empêcher de vous nuire en toute occasion, c’est de me faire arrêter, si vous osez et si vous croyez en avoir le pouvoir.

Le cardinal de Bissy voyant le triste fruit de ses soins, ouvre la porte, prend le maréchal par le bras, le pousse dehors : on essaie un moment de se composer devant les spectateurs ; l’altération du maréchal, l’embarras de Bissy, la confusion de Dubois n’échappèrent à personne, et bientôt toute la cour fut instruite de la scène qui venait de se passer. Dubois, de son côté, court chez le régent, et lui déclare qu’il va quitter les affaires et la cour, si le maréchal ne lui est sacrifié. Le régent eût pu mépriser cette menace ; mais il sentit qu’en manquant au cardinal, dépositaire de son autorité, le maréchal lui avait manqué à lui-même ; il avait d’ailleurs beaucoup d’autres sujets d’être mécontent de Villeroi : ce gouverneur, par des précautions injurieuses, affectait en toute occasion d’accréditer les bruits qui avaient couru autrefois contre le duc d’Orléans, sur la mort des enfants de Louis XIV : jamais le régent n’approchait du jeune monarque, qu’aussitôt le gouverneur ne se mît entre eux ; il ne voulait point souffrir que le régent entretînt seul le roi, et si quelquefois ce prince voulait dire un mot à l’oreille de Louis XV, le gouverneur avançait la tête entre eux pour entendre.

Il ne dissimulait point que ces précautions lui paraissaient nécessaires à la sûreté de son élève ; il était applaudi et encouragé dans sa conduite par tous les ennemis du régent : ce prince la souffrit longtemps avec beaucoup de patience, pour le bien de la paix ; mais ayant à venger Dubois, et ne voulant pas cependant paraître immoler à un tel homme une telle victime, il se ressouvint de ses propres injures, et s’en procura même à dessein une nouvelle, pour avoir occasion d’éclater. Après son travail ordinaire avec le roi, travail où le maréchal de Villeroi assistait toujours, et où l’évêque de Fréjus, Fleury, assistait aussi quelquefois, le régent supplia le roi de vouloir passer avec lui dans un arrière-cabinet, où il avait quelque chose de secret à lui communiquer.

Ce gouverneur, comme on l’avait prévu, s’y opposa ; le roi avait alors douze ans et demi. Le duc d’Orléans insiste, et représente avec politesse et douceur à de Villeroi que le roi approche de sa majorité, époque où il sera censé gouverner par lui-même ; qu’il est temps de lui rendre compte de choses qu’il est actuellement en état d’entendre, et qui ne doivent être dites qu’à lui seul. Le maréchal réplique avec vivacité qu’il sait le respect qu’il doit à son altesse royale, mais qu’il connaît aussi les devoirs de sa charge ; qu’elle ne lui permet pas de laisser parler au roi en particulier, sans savoir ce qu’on veut lui dire, encore moins de le laisser emmener dans un cabinet hors de sa vue, parce que dans tous les moments il répond de sa personne.

Le régent regardant fixement le maréchal : « Vous vous oubliez, monsieur, lui dit-il, et vous oubliez à qui vous parlez : je veux croire que vous ne sentez pas la force de vos termes ; le respect que j’ai pour Sa Majesté m’empêche de vous répondre et de pousser plus loin cette conversation. » En même temps il fit au roi une révérence profonde, et se retira. Villeroi, quoique parmi ses amis, ennemis du régent, il se vantât de la fermeté qu’il avait montrée dans cette occasion, avait été frappé du ton d’autorité avec lequel ce prince lui avait parlé ; il sentit qu’il lui de voit des excuses, et ses amis furent de cet avis. Il alla donc le lendemain 10 août 1722, chez le régent ; c’était où on l’attendait ; tout était prévu, toutes les mesures étaient prises ; le nouveau gouverneur était déjà choisi. Villeroi demande à parler au régent ; on lui répond que le prince est enfermé, et qu’il travaille ; il s’approche de la porte du cabinet, et veut entrer. La Fare, capitaine des gardes du duc d’Orléans, paraît et demande à Villeroi son épée : celui-ci s’apprête à faire résistance ; il est investi, serré de près, jeté dans une chaise qu’on ferme sur lui, emporté rapidement à travers les jardins de Versailles, placé dans un carrosse environné de mousquetaires, qui part à l’instant, et le mène, en peu d’heures, dans son château de Villeroi.

Quand le régent annonça au roi cette nouvelle, l’enfant royal rougit, se cacha le visage, ne proféra pas une parole, ne voulut ni sortir, ni jouer, ni presque manger, pleura beaucoup et ne dormit pas de la nuit. Le lendemain, nouvel embarras pour la cour, et nouvelle douleur pour le roi : l’évêque de Fréjus avait disparu. On envoya des courriers de tous côtés pour le chercher ; on apprit enfin qu’il s’était retiré dans un château appartenant au président de Lamoignon, frère aîné de celui qui fut depuis chancelier. Le roi et le régent lui écrivirent ; il revint reprendre ses fonctions auprès de son élève, qui avait pour nouveau gouverneur le duc de Charost, et le calme fut rétabli.

La douleur du jeune roi parut, à cette occasion, tenir moins à son attachement pour ses maîtres, qu’à une forte prévention qu’il ne devait la conservation de sa vie qu’à la surveillance de ces deux personnages ; et cette prévention, si injurieuse au régent, toute la conduite du maréchal de Villeroi avait dû l’inspirer à Louis XV.

Le maréchal de Villeroi et l’évêque de Fréjus s’étaient promis que si l’un des deux était renvoyé, l’autre se retirerait : c’était pour remplir en quelque sorte cet engagement, que Fleury avait pris la fuite aussitôt qu’il avait su la détention de Villeroi, et celui-ci trouva mauvais que Fleury eût si aisément repris sa place. Mais ce traité secret entre les deux instituteurs était-il bien légitime ? N’était-ce pas vouloir se rendre trop nécessaires en cherchant à fortifier l’idée que la vie du roi n’était en sûreté qu’entre leurs mains ? Quoi qu’il en soit, le maréchal se vit, contre son attente, abandonné dans son château de Villeroi ; mais comme il ne l’était pas encore assez au gré du cardinal Dubois, contre lequel il se permettait les déclamations les plus fortes et les plus justes, on l’envoya dans son gouvernement de Lyon. Il ne revint à Paris qu’après la mort du cardinal Dubois et du régent, le 25 juin 1724, et le 27 il fut présenté au roi à Versailles, par le duc de Bourbon, alors premier ministre. Il mourut à Paris, le 8 juillet 1780, dans sa quatre-vingt-septième année.

La Baumelle, en parlant du maréchal de Villeroi, dans les Mémoires de madame de Maintenon, l’appelle Villeroi le fastueux, qui amusait les femmes avec tant de légèreté, et qui disait à ses gens avec tant d’arrogance : « A-t-on mis de l’or dans mes poches ? » Ces traits, à quelque personnage qu’ils appartiennent, sont vraiment caractéristiques, et peignent de manière à faire à jamais reconnaître celui qu’ils désignent ; mais sont-ils justes dans l’application au maréchal de Villeroi ? Ce n’est pas l’avis de Voltaire. Comment, dit-il, la Baumelle peut-il attribuer, je ne dis pas à un grand seigneur, mais à un homme bien élevé, ces paroles qu’on attribuait autrefois à un financier ridicule ? Il est même difficile de croire que, même dans le temps du plus grand crédit de la finance, un financier ait osé tenir un pareil propos, et attirer si imprudemment sur lui et sur ses semblables l’indignation publique.

Voici le portrait que le même historien fait du maréchal de Villeroi, avec lequel il avait vécu dans sa jeunesse : « Le maréchal duc de Villeroi, fils du gouverneur du roi (Louis XIV), élevé avec lui, avait eu toujours sa faveur ; il avait été de toutes ses campagnes, de tous ses plaisirs : c’était un homme d’une figure agréable et imposante, très brave et très honnête homme, bon ami, vrai dans la société, magnifique en tout ; mais ses ennemis disaient qu’il était plus occupé, étant général d’armée, de l’honneur et du plaisir de commander, que des desseins d’un grand capitaine. Ils lui reprochaient un attachement à ses opinions, qui ne déférait aux avis de personne. »

Cette famille illustre s’est éteinte par la mort du duc de Villeroi, arrière-petit-fils du maréchal, mort victime du tribunal révolutionnaire le 28 avril 1794.

 
 
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