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4 juillet 1793 : mort de Lemierre, poète français

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4 juillet 1793 : mort de Lemierre, poète français
Publié / Mis à jour le mardi 3 juillet 2012, par LA RÉDACTION
 

En dépit de ses œuvres, Lemierre était né poète ; peut-être serait-il plus juste de dire métromane. Paris et la province lui décernèrent à l’envi des palmes académiques. Palissot le raille de ces triomphes, qu’il estime tout juste autant que des défaites, puisqu’il les répute preuves infaillibles de médiocrité. Quoi qu’il en soit, tous ces prix, successivement remportés, commencèrent sa réputation, qui dans la suite s’accrut et s’appauvrit en proportion à peu près égale, et par le succès modeste et par la chute insensible de plusieurs tragédies.

Deux d’entre elles cependant, Guillaume Tell et la Veuve du Malabar, eurent un moment de vogue, qu’elles durent à des causes accidentelles, bien plus qu’au mérite réel de leur composition. Un changement d’époque changea la destinée de Guillaume Tell, presque tombé en 1766, et applaudi avec transport vingt-cinq ans plus tard : la Révolution accueillit, avec la faveur bruyante mais éphémère dont jouissent les pièces de circonstance, ces républicains de la Suisse, que l’Ancien Régime n’avait pas vus d’aussi bon œil. Ce fut de même un changement de décoration qui fit, en 1780, la fortune de la Veuve du Malabar, écoutée très froidement dix ans auparavant. Tout Paris voulut voir Lanassa monter sur un beau bûcher, au milieu de flammes tourbillonnantes, comme il court admirer les chefs-d’œuvre dont Daguerre et Ciceri enrichissent des pièces souvent bien pauvres de mérite littéraire. Hypermnestre, Guillaume Tell, la Veuve du Malabar, se sont maintenus longtemps au Répertoire : pour Idoménée, Artaxerce, Térée, Céramis, Virginie, Barnevelt, c’est peut-être déjà trop de les nommer.

Si l’on examine les œuvres dramatiques de Lemierre sous le rapport des combinaisons et de la conception, on trouvera peu de choses à louer. Les ressorts sont faibles, les situations fausses : l’intrigue est bizarre et invraisemblable, la vérité historique presque partout sacrifiée ; et, malgré tous ces défauts, l’action reste d’une simplicité, d’une monotonie tout à fait soporifiques. Les études théâtrales de Lemierre semblent, au dire d’un critique, n’avoir eu pour objet que l’effet de la pantomime et la perspective de la scène ; aussi a-t-il été dit de ses tragédies, qu’elles étaient faites à peindre. On a prétendu encore que Lemierre était né pour être décorateur ; de nos jours, il eût sans doute composé des ballets héroïques ou des mélodrames à grand spectacle. Quant à son style, « ses meilleures idées sont défigurées par des vers précisément techniques, qui ressemblent à de la prose que l’on aurait contournée avec effort, et à laquelle on aurait attaché des rimes, comme par gageure. »

Voltaire, interrogé sur le mérite de Guillaume Tell, la mieux versifiée des pièces de Lemierre, répondit : « Il n’y a rien à dire de l’ouvrage ; il est écrit en langue du pays. » Sec dur, hérissé de mots barbares, anguleux, et qui n’entrent pas bien les uns dans les autres, blessant l’oreille par des consonances bizarres et sauvages ; sautillant, saccadé, riche en rimes aigres et criardes, son style rend détestable ce qui est mauvais, et mauvais ce qui, dit en d’autres termes, aurait pu être bon. Lemierre a aussi écrit quelques poèmes ; le meilleur est celui qu’il a composé sur la Peinture, et qui n’est souvent que la traduction littérale des vers latins de l’abbé Marsy sur le même sujet. Ses divagations en seize chants, intitulées les Fastes ou les Usages de l’année ne méritent pas et ne supporteraient pas l’examen.

Il serait injuste néanmoins de refuser tout mérite à Lemierre. En cherchant soigneusement dans ses œuvres, on trouvera de loin en loin quelques tirades pures et harmonieuses. Tout le monde connaît ce fameux vers, ce vers monumental, le vers du siècle (comme l’appelait modestement l’auteur), et que le ministre de la marine aurait dû pensionner : « Le trident de Neptune est le sceptre du monde ! »

Une pensée juste et ingénieuse est élégamment exprimée dans le distique suivant, qui pourrait servir d’épigraphe à notre siècle, et que Mirabeau prisait beaucoup :

Croire tout découvert est une erreur profonde ;
C’est prendre l’horizon pour les bornes du monde.

Si Lemierre, comme poète, livre une large prise à la critique, en revanche sa vie privée est irréprochable et se recommande par la pratique de toutes les vertus. S’il a endormi le public par ses œuvres il l’a égayé par les saillies naïves de son amour-propre ; par sa douceur, son urbanité et sa probité, il faisait le charme de toutes les sociétés où il était admis ; il avait de nombreux amis, dont il ne se servit jamais ; enfin, malgré sa laideur, sa petite taille, et son allure classique de métromane, il fut constamment chéri d’une épouse jeune et jolie. Fils d’un pauvre éperonnier, il arriva à l’Académie, pur de toute intrigue, ce qui est prouvé par cette réponse pleine de bonhomie, adressée à quelqu’un qui lui reprochait sa vanité : « Je n’ai point de preneurs, il faut bien que je fasse mes affaires tout seul. »

Ses succès de collège lui valurent la protection de Dupin, fermier général, qui le prit chez lui en qualité de secrétaire : il conserva longtemps ces fonctions, à propos desquelles Rousseau l’appelle dédaigneusement le scribe Lemierre. N’ayant pas l’esprit des affaires, il végéta toute sa vie dans une gêne bien voisine de l’indigence ; et cependant, sur ses minces revenus, il faisait bonne part à sa mère ; il allait régulièrement lui porter sa pension à Villiers-le-Bel, où elle demeurait, faisant la route à pied, pour ne pas diminuer son offrande des frais du voyage.

A la mort de Voltaire, il se mit sur les rangs pour le remplacer à l’Académie, exposant ses prétentions dans cette interpellation assez curieuse : « N’est-ce pas Ajax qui doit hériter des armes d’Achille ? » Ajax vit cependant ses titres plusieurs fois méconnus : ce ne fut qu’en 1781 qu’il fut appelé à l’héritage de l’abbé Batteux, qui n’était pas tout à fait un Achille. L’amour-propre de Lemierre est devenu proverbial ; néanmoins il le sacrifia à la voix de sa conscience, lorsqu’il s’opposa à la représentation de Virginie, qu’il prévoyait devoir enflammer les passions populaires, alors en fermentation ; c’était une sorte de prévision instinctive, car leur explosion terrible fil le désespoir de ses derniers jours. Les excès de la Révolution le frappèrent de stupeur : après avoir langui six mois dans un état d’imbécillité, et dans une profonde misère, il mourut à Saint-Germain-en-Laye, âgé de quatre-vingt-douze ans.

 
 
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