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24 juin 79 ap. J.-C. : mort de Vespasien (Titus Flavius), empereur

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24 juin 79 ap. J.-C. : mort de
Vespasien (Titus Flavius), empereur
Publié / Mis à jour le jeudi 28 juin 2012, par LA RÉDACTION
 

Si Vespasien n’a pas légué à la postérité une mémoire entièrement exempte de blâme, son règne est du moins une consolation et pour ainsi dire un point de repos. Ce huitième successeur d’Auguste fut le seul qui rappelât aux Romains, nous ne dirons pas les vertus, mais la sage politique du fondateur de l’Empire. Rien dans sa conduite ne révèle une âme naturellement grande et généreuse ; mais telle est la dégradation qui suit l’exercice du pouvoir absolu, que le souverain auquel il laisse encore quelques-unes des qualités de l’honnête homme, semble déjà devenir un bienfaiteur de l’humanité et acquérir des droits à l’admiration.

C’est d’une origine obscure que Vespasien s’éleva au rang suprême. Il avait pour aïeul un ancien centurion de l’armée de Pompée, qui, après la défaite de Pharsale, alla remplir de modestes fonctions dans une petite ville. Son père, J. Flavius Sabinus, exerça en Asie l’emploi de publicain avec une intégrité qui fut récompensée par la reconnaissance de cette province. Il naquit lui-même le 17 novembre de l’an de Rome 760, cinq ans avant la mort d’Auguste, dans une chétive bourgade voisine de Rieti. Il fut élevé par son aïeule maternelle Tertulla, qui faisait valoir une modique métairie située près de Cola en Toscane. Il y reçut l’exemple et y prit de bonne heure l’habitude d’une vie économe et frugale. Sa mère, Vespasia Polla, parvint à l’arracher assez tard aux occupations et aux goûts champêtres, qui auraient peut-être enseveli sa destinée, pour le forcer, par des reproches amers, à marcher sur les traces de son frère aîné, J. Flavius Sabinus, qui s’ouvrait à Rome la carrière du crédit et des dignités.

Ambitieux par obéissance, il brigua et obtint à l’âge de quarante-neuf ans l’édilité, qui était comme le premier degré des magistratures. La négligence qu’il y porta ne semblait pas lui promettre un avancement rapide, et Caligula, pour le punir d’avoir mal entretenu la propreté des rues, fit jeter de la troue sur ses vêtements. La superstition romaine voulut voir plus tard dans cet excès d’opprobre le présage d’une élévation à laquelle l’humble édite était alors bien loin de penser. Une humiliation plus réelle, parce qu’elle était volontaire, ce fut la bassesse avec laquelle Vespasien, devenu préteur, prodigua les flatteries à l’indigne fils de Germanicus. Il acheva de s’avilir en choisissant pour épouse une femme dont la naissance était équivoque et dont la conduite ne l’était pas, Domitia, concubine d’un chevalier romain.

Ses progrès dans la route des honneurs répondirent à ce honteux commencement. Ce ne fut qu’en mendiant la faveur de l’affranchi Narcisse qu’il s’éleva, sous Claude, au commandement d’une légion. Mais bientôt, le général se racheta par ses talents militaires dit mépris qui était dû au citoyen et au magistrat. La Germanie et surtout la Grande-Bretagne furent le théâtre de ses exploits, qui, suivant l’expression de Tacite, étaient comme une désignation du destin. Les honneurs du triomphe, un sacerdoce et le consulat récompensèrent des triomphes dont Rome commençait à perdre l’habitude.

Dans les commencements du règne de Néron, le titre de protégé de Narcisse exposa Vespasien à la haine d’Agrippine. Il vécut dans la retraite, et n’en sortit que pour aller gouverner l’Afrique en qualité de proconsul. Par un malheur que l’histoire n’explique point, il ne quitta cette riche province que diffamé et ruiné. Des révoltes populaires semblent témoigner que sa gestion fut oppressive, et en même temps, à son retour à Rome, on le voit forcé d’engager tous ses biens à son frère, pour faire face à d’énormes dettes. Pour rétablir sa fortune, il ne rougit pas de descendre au plus vil des emplois de cour, et d’y mériter un surnom infâme. Mais ce qu’il gagnait de faveur par sa lâcheté, il le perdit par sa maladresse. Il eut deux fois l’imprudence de s’assoupir pendant que Néron chantait. Malgré les reproches délateurs de l’affranchi Phébus, un pardon généreux couvrit sa première faute : la seconde fut punie d’une disgrâce qui semblait l’avant-courrière d’un arrêt de mort.

La révolte des Juifs le sauva de ce péril imminent. Elle fit sentir à Néron le besoin d’un général capable de vaincre les séditieux, mais trop obscur pour se couronner avec sa victoire. Vespasien fut choisi pour commander l’armée de Syrie. Secondé par son fils aîné, ce Titus, qui devait un jour triompher de Jérusalem, il soumit toute la Judée, et se préparait à forcer les Juifs dans leur dernier asile, lorsque la nouvelle de la mort de Néron (9 juin 68) vint ralentir ses conquêtes. Il envoya Titus auprès de Galba. Mais pendant la guerre civile soulevée en Occident par la rivalité d’Othon et de Vitellius, les légions d’Orient furent à leur tour jalouses du droit de décerner l’Empire.

Mucien, le gouverneur de la Syrie où Vespasien exerçait l’autorité militaire, appuya les dispositions de l’armée ; le seul obstacle était dans la résistance du souverain qu’on voulait élire. Effrayé des dangers auxquels un revers livrerait sa famille, Vespasien voulut forcer son année à reconnaître Vitellius. Elle lui opposa un silence unanime. Il lui fallut enfin se laisser vaincre par ses partisans, et se résigner à l’espoir d’un empire. Il montra dès lors autant d’habileté pour s’en rendre maître qu’il avait eu de répugnance à l’accepter. Un concours heureux de circonstances rendit sa prévoyance superflue. Les légions du Danube embrassèrent sa cause, et Vitellius ne tarda pas à être précipité du trône qu’il déshonorait. Dans le sein de Rome, de sanglants désordres précédèrent cette révolution : le frère aîné de Vespasien y perdit la vie, et, sans les lâches précautions qu’employa Domitien pour se cacher, l’empire romain aurait plus tard compté un tyran de moins.

Dès que Vespasien n’eut plus d’adversaires, le sénat, fidèle à la victoire, le proclama par un décret, qui, sous le nom de loi royale, avait pour but de limiter l’autorité du nouveau maître, en paraissant développer ses droits. L’élu des soldats eut assez de modération ou de prudence pour consentir à sembler recevoir d’un pouvoir avili, mais légal, le rang qu’il ne devait en effet qu’à son épée ; dans sa réponse au sénat, il promit de gouverner avec douceur, et tint parole ; mais, pendant son absence, Mucien prit sur lui de conserver encore quelques-unes des traditions sanglantes du despotisme.

De prétendus concurrents à l’Empire, des rivaux, à peine sortis de l’enfance, expièrent de leur sang ou le nom de leur père, ou l’attention et l’estime des Romains. Les délateurs furent protégés contre l’indignation publique. Domitien ajoutait à ces retours de l’ancienne oppression par la folie avec laquelle, du sein des plus honteuses dépravations, il prodiguait au hasard les grâces et les emplois. Vespasien fut informé de l’abus que cet indigne fils faisait de l’autorité paternelle, et lui en fit mense un reproche ironique, dans une lettre où il le remerciait de ne lui avoir pas encore envoyé de successeur : mais il s’en tint là, comme si par cette plaisanterie il eût satisfait à ses devoirs et de père et de souverain.

Il consacra une année à visiter l’Egypte, la Grèce et l’Ionie, et se rendit enfin en Italie, où les désordres invétérés de l’administration réclamaient sa présence. Depuis Brindes jusqu’à Rome, une foule immense se porta sur son passage, et il se montra digne d’être le premier des Romains, en n’oubliant pas qu’il avait été leur égal. Il ne tarda pas à mériter l’enthousiasme qui l’accueillait en s’occupant de deux soins importants : l’un de réparer la ruine du trésor épuisé par les prodigalités capricieuses de ses prédécesseurs, l’autre de réprimer la licence des soldats et surtout des prétoriens, habitués à se croire tous les droits, parce qu’ils avaient été les seuls soutiens de tous les crimes. Une réforme eut lieu aussi dans le sénat ; il créa de nouveaux patriciens, et ces choix, quoique trop nombreux, furent sans doute honorables, puisqu’on y distingue les noms du célèbre Agricola, dont Tacite fut le gendre et l’historien ; du père de Trajan, et des aïeux d’Antonin et de Marc-Aurèle.

L’honneur de ces sages dispositions était contrebalancé dans l’opinion par l’impopularité des nouveaux impôts nécessaires au rétablissement des finances. On l’accusa d’avarice, et les Alexandrins le surnommaient six oboles. On connaît l’anecdote d’un prétendu droit prélevé par lui sur les urines, et de la réponse qu’il fit aux reproches de son fils Titus, en lui plaçant sous le nez le produit de cet impôt, et en lui demandant si cet argent sentait mauvais. En mettant à part ce qu’il y a d’hyperbolique dans cette satire, on ne peut justifier Vespasien d’une cupidité dont les besoins de l’Etat n’étaient pas toujours l’excuse.

Il faisait le plus honteux des trafics, celui de vendre la justice. Sa concubine, l’affranchie Cénis, incitait à l’enchère les récompenses du talent. Cet exemple devint contagieux dans sa cour. Ses favoris se firent marchands de protection ; mais il ne rougissait pas lui-même d’entrer en concurrence avec eux. Un de ses officiers sollicitait une intendance pour un protégé qu’il appelait son frère. Le clairvoyant Vespasien se fit compter en secret, par le candidat, le prix de cette parenté en échange de la place demandée, et dit ensuite à l’officier confondu : « Je te conseille de chercher un autre frère, car celui que tu croyais le tien est devenu le mien. » Dans un voyage, le cocher prétexta, pour l’arrêter, qu’une de ses mules était déferrée, et donna le temps à un plaideur de présenter une requête à Vespasien, qui demanda ensuite au muletier combien il avait gagné à ferrer sa mule, et voulut entrer en partage.

Telle était la corruption générale, qu’il n’avait même pas honte d’avouer cette passion effrénée pour l’argent. Les députés d’une ville vinrent lui annoncer qu’on. avait rassemblé une somme considérable pour lui ériger une statue. « Placez-la ici, dit-il en tendant la main ; en voici la base. » Par un abus plus criant encore, il livrait le soin de recueillir les revenus publics à d’avides exacteurs, pour confisquer plus tard le fruit de leurs rapines ; il faisait même gloire de ce misérable calcul : « Ce sont, disait-il, des éponges qu’il faut laisser se remplir, pour les presser ensuite. »

Il eut du moins le mérite de bien employer des richesses mal acquises. Il fit reconstruire le Capitole, qu’un incendie avait consumé pendant la crise sanglante qui avait précédé son avènement à l’Empire ; il érigea un temple à la Paix, un monument à la mémoire de Claude, son premier bienfaiteur : c’est à ses soins pour l’embellissement de Rome qu’on dut ce fameux Colisée, qui fait depuis tant de siècles l’admiration de la postérité. Il veillait à l’entretien des routes, accordait de généreux secours aux villes ou aux familles frappées de quelque désastre. Attentif à rie pas laisser sans travail les ouvriers pauvres, il écarta, après l’avoir récompensée, l’invention d’une machine propre à transporter, à peu de frais, des masses énormes. « Il faut, dit-il, que le peuple puisse gagner sa vie. »

Il dédaignait le faste pour lui-même, et se contentait d’une simplicité qui, dans les derniers temps de la république, était déjà entièrement oubliée. Il bornait ses plaisirs à passer le temps, que les affaires ne réclamaient pas, avec quelques affranchies qu’après la mort de Cénis il avait, dit Suétone, établies pour tenir sa place. Du reste, il s’attacha à réprimer les vices infâmes que l’exemple de Tibère et de Néron avait. multipliés dans Rome, et il marqua un mépris : salutaire pour les raffinements de la mollesse. Il révoqua un jeune officier qui s’était présenté devant lui avec des parfums. « J’aimerais mieux, lui dit-il, que vous sentissiez l’ail. »

Il aimait à rappeler le souvenir de son obscure origine. Il ne voulut faire aucun changement à l’humble demeure où son aïeule Tertulla lui avait fait trouver tant de bonheur, et, aux jours de fête, il buvait dans une petite coupe d’argent qui avait appartenu à cette sage institutrice de son enfance. Il n’accueillit que par des railleries la stupide adulation des courtisans, qui avaient fabriqué une généalogie où ils le faisaient descendre d’hercule. Le roi des Parthes, Vologèse, lui avait fait offrir, lorsque Vitellius régnait encore, des secours puissants pour l’aider à détrôner son rival. Il n’avait pas accepté la honte de devoir sa puissance à des armes étrangères. Néanmoins, le fastueux monarque d’Asie le considérant presque comme un client couronné, il écrivit une lettre qui commençait par ces mots : « Arsace, roi des rois, à Flavius Vespasien. » L’empereur fit la plus spirituelle justice de ce fol orgueil, en paraissant n’y pas attacher d’importance. Il se contenta de répondre : « Flavius Vespasien à Arsace, roi des rois. »

Peut-être poussa-t-il trop loin cette indifférence pour l’éclat extérieur. Lorsqu’il partagea le triomphe décerné à son fils Titus, après la prise de Jérusalem, on l’entendit plaisanter dédaigneusement de cet honneur, qui avait fait l’ambition des anciens vainqueurs du monde. Le mépris pour la gloire sied mieux à un philosophe qu’à un souverain. A force d’en négliger les emblèmes, on finit par ne plus chercher à la mériter. En faut-il d’autres preuves que les vices et les bassesses de Vespasien ?

Ainsi, malgré l’indulgence naturelle à son caractère, il se laissa entraîner à des cruautés qui durent faire craindre un Tibère prêt à jeter le masque. Non seulement il proscrivit. la secte des Stoïciens, derniers représentants de l’opinion républicaine ; il punit encore, par un exil et une mort injustes, la noble indépendance que le gendre de Thraséas, Helvidius Priscus, déployait dans le sénat. Il voulut, dit-on, révoquer, mais trop tard, cette dernière sentence. Il pleura aussi le sort d’Eponine et de Sabinus, victimes de sa politique barbare : mais ces larmes stériles ne lavent pas la tache imprimée à sa mémoire par le plus touchant et le plus poétique épisode de Rome dégénérée sous des maîtres. Ce qu’on peut surtout le moins lui pardonner, c’est d’avoir ravi à la Grèce cette liberté si glorieusement reconnue et proclamée par les anciens Romains. Il déclara pour son excuse « que les Grecs avaient désappris à être libres. »

Au reste, la tyrannie ne fut qu’un accident du règne de Vespasien. Il dota la fille de Vitellius, ne se vengea que par une raillerie de cet affranchi Phébus, qui, sous Néron, avait sollicité sa mort. Des présages frivoles avaient promis l’empire à Métius Pomponius. Au lieu de le livrer à la mort, il le décora du consulat, en prononçant ces belles paroles : « S’il devient empereur, il se souviendra que je lui ai fait du bien. » Il supporta longtemps, par un devoir de reconnaissance, les caprices et l’humeur impérieuse de Mucien, qui traitait en égal avec le maître qu’il s’était donné. II ne répondait aux satires affichées contre lui dans Rome que par les représailles d’un satirique et non d’un souverain. Sous ce rapport, comme par d’autres traits de ressemblance, on peut lui comparer notre Louis XII : mais Vespasien a l’avantage de ne pas s’être laissé séduire par l’ambition des conquêtes.

Les seules guerres qui signalèrent les dix années de son règne furent, après celle des Juifs, l’origine de son élévation et que termina son fils avec tant de gloire, une révolte des Bataves et des Gaulois, suscitée par Civilis, et étouffée par les exploits de Céréalis, et le début de la fameuse expédition d’Agricola dans la Grande-Bretagne.

Il était parvenu à sa soixante-neuvième année, lorsqu’une maladie de langueur consuma peu à peu ses forces. Suivant avec sérénité les progrès de cet affaiblissement, il badinait sur l’apothéose, qui était le complément des funérailles d’un empereur. « Je m’aperçois, disait-il, que je commence à devenir dieu. » Ce travail de la mort n’altérait ni sa raison, ni son courage. Il s’occupait encore des intérêts publics, donnait audience près de son lit, et, à l’approche du moment suprême, il se leva et se fit habiller, en expliquant cette bizarrerie par un mot devenu célèbre : « Il faut qu’un empereur meure debout ».

Il est le seul des douze Césars qui ait échappé à une mort violente, et le seul qui ait laissé des fils héritiers de l’Empire. Suétone, en décrivant son extérieur, nous apprend que sa physionomie subissait la contraction de muscles d’un homme qui fait de grands efforts. Cette particularité fournit à un plaisant une épigramme cynique dont ne s’offensa pas ce prince indulgent, qui joignait au talent de bien railler lui-même le mérite plus rare de supporter la raillerie d’autrui.

 
 
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