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Budget déficitaire de l'Etat. Complicité des députés. Dette publique, restrictions et déficit, gouffre financier

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L’Histoire éclaire l’Actu
L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu
Députés (Les) complices du déficit
budgétaire de l’Etat
(D’après « La Revue hebdomadaire », paru en 1932)
Publié / Mis à jour le mercredi 11 novembre 2015, par LA RÉDACTION
 
 
 
« Chacun retarde de son mieux l’heure douloureuse où il faudra prendre des décisions qui ne peuvent pas plaire à tout le monde » : c’est ainsi que l’écrivain et journaliste Louis Latzarus (1878-1942) résume en 1932 l’attitude de députés qui, ayant pleinement conscience de voter des budgets déficitaires, ne ménagent pas leurs efforts pour dissimuler au peuple le gouffre vers lequel ils précipitent sciemment le pays.

Où est-il ? Il est dans un déficit qui s’accroît chaque jour. Le gouvernement n’a pas un sou. Tous les mois, il émet quatre milliards de Bons du Trésor, qu’il escompte dans les banques et à la Caisse des Dépôts et Consignations. C’est ainsi qu’il vit, comme un prodigue se soutient par la complaisance d’un prêteur. Mais on conçoit que l’expédient ne pourra durer longtemps. Et alors, que fera-t-on ? Je le demande, et tout le pays devrait le demander. Que fera-t-on ?

Depuis la rentrée, la Chambre s’occupe comme elle peut, et, en somme, perd son temps. Elle a peur du budget et le gouvernement en a peur aussi. Tacitement, on s’est mis d’accord pour en parler le moins possible, et reculer l’heure fatale où il faudra entamer la discussion. On projette de demander deux douzièmes provisoires. Mais il sera, je pense, bien difficile de les voter sans que personne prenne la parole et réclame des explications.

Caricature de la Chambre des députés, parue dans le Supplément illustré du Petit Journal en date du 10 juillet 1898
Caricature de la Chambre des députés, parue dans
le Supplément illustré du Petit Journal en date du 10 juillet 1898

Je ne puis pas croire que tous les députés soient complices, bien que je sois fort étonné qu’aucun d’eux ne soit encore monté à la tribune pour poser une question sur ce retard. Quoi ! Nous sommes déjà à la mi-décembre, et rien n’est prêt ? Tout le monde parle d’un déficit, et nul n’est pressé de le combler ? Quelle est cette étrange histoire ? Tous ces démocrates veulent cacher au peuple le plus longtemps possible l’état véritable de nos finances, et surtout reculer aussi loin qu’ils pourront le dur moment où il faudra édicter des restrictions.

Le parti au pouvoir ne cesse de répéter qu’il a hérité d’une mauvaise situation, mais ne l’a pas créée. Voire ! Tous les partis ont la même responsabilité dans les dépenses excessives engagées pendant la dernière législature. L’ « opposition » ne s’y est jamais opposée. Tout au rebours, elle les a réclamées le plus souvent. Je déplore qu’on lui ait cédé. Mais ce n’est pas à elle de s’en plaindre. Au reste, j’ai toujours aperçu, dans les discussions budgétaires, la même démagogie d’un bout à l’autre de l’Assemblée.

Le gouvernement fait ce qu’il peut pour tenir fermées les portes de son coffre. On se précipite de droite comme de gauche pour les forcer. Expliquerai-je pour la centième fois que les députés sont envoyés spécialement à la Chambre pour demander de l’argent ? Qui les a jamais chargés de demander des économies, à moins que ce ne fût aux dépens du voisin ?

Aussi la discussion du budget va-t-elle exiger, cette année, de longs mois. Deux douzièmes provisoires ? Allons ! Il en faudra au moins quatre. La seule question de diminuer les appointements des fonctionnaires s’éternisera, et il est peu probable qu’aucun gouvernement y résiste. Nous verrons, selon toute apparence, défiler rapidement plusieurs ministères, jusqu’au jour où il faudra de toute nécessité composer un cabinet d’union nationale.

En effet, même les députés qui sont partisans de la réduction des appointements se refusent à assumer seuls l’impopularité de cette mesure. Ils ne la voteront que si elle est prise unanimement. Autrement, ils feraient le jeu de leurs adversaires locaux, qui les guettent, qui exploiteraient contre eux le suffrage qu’ils auraient émis. Il en va de même pour les allocations de combattants, pour la loi des assurances sociales, pour toute diminution de pensions. Un député tient à son siège, même s’il ne gagne rien à l’occuper, même s’il y perd.

Cet attachement à la plus médiocre fonction qui soit au monde peut paraître singulier. Je tâcherai un jour d’en exposer les raisons telles que je crois les discerner. Mais enfin, c’est un fait. Tout député, grand ou petit, veut de toute son âme rester député. Et tout député a un concurrent qui veut le remplacer. Il n’entend pas donner des armes à ce concurrent. Voilà ce qu’il ne faut pas perdre de vue quand on examine un scrutin, et qu’on est surpris de certains votes.

Ainsi les intérêts particuliers dominent et étouffent l’intérêt général. Pour changer cela, il faudrait changer tout le régime. Aussi ne nous étonnons pas quand nous voyons que personne ne bondit à la tribune pour réclamer le vote prochain du budget et l’assainissement des finances. Chacun retarde de son mieux l’heure douloureuse où il faudra prendre des décisions qui ne peuvent pas plaire à tout le monde. Et cependant le gouffre se creuse où la fortune de la France peut s’engloutir.


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