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Cabarets fréquentés par les bourreaux avant les exécutions. Profession des Sanson. Face cachée des bourreaux - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Logis de bourreaux : la face cachée
des exécuteurs et leurs habitudes
(D’après « Ma Revue hebdomadaire illustrée », paru en 1907)
Publié / Mis à jour le jeudi 3 mai 2012, par LA RÉDACTION

 
 
 
La démolition en 1907, place Saint-Jacques à Paris, d’une vieille bâtisse dans laquelle, pendant vingt ans, de 1832 à 1852, avait été remisée la guillotine, fournit au journal Ma Revue l’occasion de parler des bourreaux Sanson, et d’exhumer le récit d’un journaliste ayant été à la rencontre de l’un d’eux, dans le lieu même où il résidait, afin de mettre au jour le quotidien de ces hommes redoutés

A l’instar de celui situé non loin de la place Saint-Jacques, à l’angle du boulevard Saint-Jacques et de la rue de la Tombe-Issoire (14e arrondissement), peint en rouge et où s’installait le bourreau la veille des exécutions, les cabarets où les bourreaux d’autrefois jouèrent tranquillement leur partie d’écarté en disant sans la moindre émotion : « Je coupe », ces maisons qu’ils habitèrent et qui leur durent une sinistre renommée, le temps les détruit peu à peu. Essayons de réveiller leur souvenir et, par la même occasion, de faire mieux connaître quelques-uns de ces exécuteurs des hautes-œuvres.

Les Sanson, qui formèrent une dynastie de bourreaux, se prétendaient nobles et se vantaient de porter d’or à trois merlettes de sable, mais ils se contentèrent de s’attribuer comme armes parlantes une cloche fêlée (sans son). Charles-Henry Sanson, qui fonctionna pendant la Révolution — on sait avec quelle activité — était né à Paris le 15 juillet 1739 et il y mourut le 4 juillet 1806.

Il exerçait sa profession sans enthousiasme et il y apportait autant d’humanité que possible. C’était, guillotine à part, un bon bourgeois qui menait une existence très paisible : Au n° 16 de la rue du Château-d’Eau, qui s’appelait alors rue Neuve-Saint-Jean, il possédait une petite maison, avec une grille sur le devant et derrière un jardin assez étendu. De ce jardin, sans doute pour être agréable à sa femme qui était la fille d’un maraîcher de Montmartre, il avait fait un potager. En été, il allait vivre avec les siens dans une villa qu’il possédait à Brie-Comte-Robert.

Cabaret Rouge où se rendait le bourreau avant les exécutions
Cabaret Rouge, 2 rue de la Tombe-Issoire (14e) où se rendait le bourreau avant les exécutions

Charles-Henry Sanson était un grand chasseur, mais il n’avait pas besoin d’aller bien loin pour satisfaire sa passion. Autour de la butte de Montmartre, là où s’élèvent aujourd’hui des maisons de huit étages, les lapins abondaient, de malheureux lapins de campagne, qu’on massacrait sans pitié quoiqu’ils ne fussent pas royalistes. Le métier de bourreau n’était pas à cette époque une sinécure. Personne ne pouvait se croire à l’abri d’une dénonciation et d’une condamnation à mort. Les plus courageux blaguaient le rasoir national, en attendant que celui-ci le leur rendît à sa manière.

Une chanson disait :

La guillotine est un bijou,
Aujourd’hui des plus à la mode,
J’en veux une en bois d’acajou,
Que je mettrai sur ma commode.
Je l’essaierai chaque matin,
Pour ne pas paraître novice,
Si par malheur le lendemain,
A mon tour je suis de service.

La terrible besogne était devenue si fatigante et qu’on songea à fabriquer une guillotine avec un triple couperet, et que, pour stimuler le zèle du bourreau, on lui accorda, le 23 novembre 1793, une indemnité annuelle de 4 000 livres. Il ne devait pas la toucher longtemps. En 1795, Henry Sanson, qui était né à Paris le 24 septembre 1767, succéda à son père qui se trouvait trop vieux pour continuer à trancher, avec toute l’énergie nécessaire, la tête de ses contemporains.

Henry Sanson était, au moins dans une certaine mesure, un artiste qui se plaisait, entre deux exécutions, à jouer du piano. Il avait le goût des livres et non seulement d’en empiler dans sa bibliothèque mais de les lire. Sa distinction native et la culture de son esprit contrastaient avec sa profession et frappaient tous ceux qui réussissaient à franchir sa porte, soigneusement fermée aux curiosités banales. Il était déjà âgé et à la veille de prendre sa retraite, lorsqu’un journaliste alla le voir dans la maison qu’il habitait et qui lui appartenait dans la rue des Marais-Saint-Martin, vis-à-vis la rue Albouy. Ce reporter — car c’était déjà un reporter — nous a laissé un récit très intéressant de sa visite.

Voici d’abord la description de ce logis que les voisins ne considéraient qu’avec une sorte de terreur, bien qu’ils n’ignorassent pas qu’il servait de résidence à un très honnête homme :

« Arrivé devant le n° 31 bis, raconte notre journaliste, j’aperçus une petite maison protégée par une grille de fer, dont les interstices en bois ne permettent pas à l’œil de pénétrer dans l’intérieur. Cette grille ne s’ouvre pas ; on entre dans le sanctuaire par une petite porte qui s’y trouve attenante, et à droite de laquelle est une sonnette. Au milieu de cette porte est une bouche de fer, entièrement semblable à une poste aux lettres ; c’est là que l’on dépose les missives que le procureur général envoie à l’exécuteur, pour le prévenir que l’on va recourir à l’appui de son bras. »

Le seuil franchi, le visiteur fut introduit dans un petit salon aussi banal que possible. Un homme d’une soixantaine d’années jouait du piano. Il se leva. « Sa taille très haute, sa belle tête chauve et les traits réguliers de son visage, dit une autre relation, lui donnaient l’apparence d’un patriarche. » C’était Henry Sanson. C’était le bourreau. A côté du piano était assis un jeune homme d’une trentaine d’années, son fils, qui tenait sur ses genoux une jolie petite fille de dix ou douze ans.

Le tableau était touchant. Il n’avait rien d’apprêté. On se mit à causer. Le journaliste, pour expliquer sa visite, s’était donné comme préparant un ouvrage sur la pénalité ancienne et moderne. On fut ainsi amené à parler des livres les plus curieux qui avaient paru sur ce sujet. Henry Sanson les connaissait, il les lavait lus, il les jugeait avec la clairvoyance d’un observateur et la finesse d’un lettré. Bientôt il se laissa aller à parcourir rapidement quelques pages de son passé et, parmi les anecdotes qu’il conta, celle-ci est une des plus dramatiques :

« En 1797, après une exécution, le bourreau et ses aides s’étaient retirés au premier étage du cabaret situé à l’angle de la place de Grève et du quai Pelletier (aujourd’hui quai de Gesvres). On frappe à la porte du cabinet. C’est un homme, une espèce d’ouvrier, qui vient prier M. Sanson de lui confier la clef qui retient le couperet de l’échafaud. Un garçon perruquier vient d’être arrêté au moment où il volait une montre au milieu de la foule qui s’écoulait après l’exécution : le peuple, dans sa justice expéditive, avait pris le coupable, l’avait hissé sur l’échafaud, couché sur la planche, roulé sous le couteau, et sa tête allait tomber sans la précaution qu’on prenait toujours, sans doute par instinct.

« L’exécuteur, qui était venu ouvrir lui-même, répondit à cette demande atrocement singulière que M. Sanson était sorti, que lui seul avait la clef, et qu’il reviendrait dans deux ou trois heures. Il fallut se résigner : la foule s’écoula peu à peu, mais le patient, promis à la mort, était toujours dans son affreuse position. Enfin, après un temps dont on ne peut calculer la longueur si l’on veut se mettre à la place du pauvre diable, on vint le délivrer. »

Et c’est depuis cette époque et à la suite de cet épisode que l’usage s’établit de démonter et de remettre en place la guillotine aussitôt après l’exécution. Dans une des chambres de sa maison de la rue des Marais-Saint-Martin, Henry Sanson avait un petit musée d’instruments de supplice qu’il montra au journaliste dont je décris la visite. La pièce la plus importante était le coutelas avec lequel on avait décapité Lally-Tollendal. On l’avait fait faire exprès, et il avait fallu en fondre trois avant d’en trouver un qui fût assez bien trempé.

Cette maison où mourut Henry Sanson, le 18 août 1840, son fils, Henry-Clément Sanson, ne devait pas la conserver. Celui-ci offrit le bizarre spectacle d’un bourreau fantaisiste, accablé de dettes et qui, pour n’avoir pas voulu ou n’avoir pas pu les payer, fut, enfermé dans la prison de Clichy. Il ne mit pas la guillotine au clou, mais un huissier, qui n’avait peur de rien, n’hésita pas à la saisir et le gouvernement se vit dans l’obligation de la dégager. Henry-Clément Sanson vivait très joyeusement et passait une grande partie de ses journées dans un café situé près de la porte Saint-Martin et auquel son assiduité fit donner le nom de Café du Bourreau. On se décida à le révoquer en 1847 et il mourut longtemps après, en 1889, à quatre-vingt-neuf ans, ce qui prouve que l’habitude de raccourcir la vie des autres n’avait pas raccourci la sienne.

Terminons par quelques mots sur un bourreau dont le nom sera plus connu par la plupart des lecteurs que celui des Sanson, quoiqu’il ait joué un rôle moins important au point de vue historique. On apercevait, il y a quelques années, dans la rue de Billancourt où il habitait au n° 39, un petit vieillard d’aspect débonnaire, coiffé d’un tromblon aux poils hérissés, et qui s’avançait en boitillant, toujours armé d’un parapluie plus solide qu’élégant. C’était le père Deibler qui, en 1879, avait succédé à Nicolas Roch comme exécuteur des hautes œuvres.

Après avoir eu, pendant la période anarchiste, pour cause de bombe probable ou possible, toutes les peines du monde à trouver un gîte, il avait acheté une maison rue de Billancourt, une petite maison d’épicier en retraite. Il y vivait tout doucement, fuyant les visages nouveaux et honorant de sa sympathie, qui ne se prodiguait pas beaucoup, une tortue apprivoisée. Et c’est là que ce bourreau, un jour, perdit la tête. Il eut une maladie étrange et spéciale aux gens qui exercent cette terrible profession ou aux bouchers qui exercent, avec moins d’excuse peut-être, une profession analogue. Il eut une hématophobie. Il voyait du sang partout, il se voyait couvert de sang.

Ce qui ne l’empêcha pas, lorsqu’il mourut en 1904, de laisser et d’avoir mérité la réputation d’un très brave homme.

 
 

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