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Anachronismes commis par écrivains célèbres : Hugo, Dumas, Balzac

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Anecdotes insolites
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Anachronismes amusants commis
par des écrivains célèbres
(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1897)
Publié / Mis à jour le mardi 19 juillet 2016, par LA RÉDACTION
 
 
 
Il est quelques amusantes inadvertances, suggestives ou simplement exhilarantes, commises par des écrivains célèbres : tous y ont passé, même les écrivains les plus connus et les plus réputés pour leur savoir, Victor Hugo, par exemple.

N’est-ce pas l’illustre poète qui a dit dans la Légende des Siècles, dans cet admirable poème de « Booz endormi » :

La terre
Etait encor mouillée et molle du déluge ?

S’il faut en croire la Chronologie universelle de Sédillot, le déluge serait fixé à l’an 3308 avant Jésus-Christ, et Ruth épousa Booz en 1226. Différence : 2082 ans. Il semble que la terre avait eu le temps de sécher. Et pourtant ne serait-ce pas dommage si ce beau vers n’avait pas été fait ?

Dans Aymerillot, Charlemagne parle à Gérard de Roussillon : « Tu rêves, dit le roi, comme un clerc en Sorbonne. » Charlemagne : 768-814. Fondation de la Sorbonne, école de théologie de Robert Sorbon : 1252. Dans son discours de réception à l’Académie, Eugène Scribe se demande pourquoi la comédie de Molière ne nous parle pas de la révocation de l’édit de Nantes, arrivée, comme on sait, douze ans après la mort du grand comique !

Dumas père pouvait donner la main à Eugène Scribe. Dans le Chevalier d’Harmenthal, dont l’action se passe en 1718, Buvat dit à Dubois que sa pupille Bathilde peint comme Greuze, lequel est né en 1726. Le même Buvat, de la chambre où on l’a enfermé au Palais-Royal, voit s’illuminer les galeries du jardin qui n’existeront que soixante ou soixante-dix ans plus tard. Le bon Dumas n’y regardait pas de si près ; mais comment, dans le Cousin Pons, Balzac, qui était un homme plus méticuleux, fait-il peindre un éventail pour Mme de Pompadour, née en 1721, par Watteau, mort précisément cette année-là ?

Après tout, Scribe était un dramaturge, et Balzac, comme Dumas père, un romancier ; on peut donc passer ces inadvertances et bien d’autres. Mais voici un érudit, un des quarante de l’Académie française, Vitet, qui, au milieu du XIXe siècle, s’est avisé de mettre en dialogues certains chapitres, et des plus dramatiques, de notre histoire : les Etats d’Orléans, les Barricades, les Etats de Blois, la Mort de Henri III. Il a eu manifestement la volonté fort louable d’être amusant comme le père Dumas et vrai comme Henri Martin.

Eh bien ! dans le dernier de ces épisodes, on voit, non sans surprise, le duc d’Epernon parler d’un couvent de trappistes. « Déjà ! » pourrait-on dire !... C’est un peu tôt, en effet ; nous sommes au mois de juillet 1589, et les moines de Cîteaux de la stricte observance ne seront désignés sous le nom de trappistes que quand l’abbé de Rancé aura introduit la réforme dans son abbaye de Notre-Dame de la Trappe, c’est-à-dire après 1671. Celle-ci étant devenue le modèle, le type de l’ordre, on donna, on donne encore en France le nom de trappistes à tous les cisterciens. Mais employer cette dénomination en 1589, c’est à peu près aussi fort que si l’on donnait un confesseur jésuite à Louis XI.

Dans la première livraison du roman de Jules Mary, on peut lire : « Il était admirable, ce palais des bords français du lac de Genève... à Evian... un soir de la fin d’octobre 1850. » Or, Evian appartient au département de la Haute-Savoie, et la Savoie n’a été cédée à la France qu’en 1860 !... S’il n’y a là qu’une faute d’impression, on ne saurait assez — dans l’intérêt des générations à venir — engager le romancier populaire à la faire disparaître au plus vite.

 
 
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