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Bureaucratie, paperasserie nées sous la Révolution française. Société bureaucratique et administration, Convention nationale, contribuables et administrés - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

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Bureaucratie et paperasserie : fléau
social issu de la Révolution française
(D’après « Paris et ses fantômes », paru en 1934)
Publié / Mis à jour le dimanche 21 juillet 2013, par LA RÉDACTION

 
 
 
Chroniqueur le plus scrupuleux des grands faits de la fin du XVIIIe siècle dont il se fit le peintre réaliste et le conteur admirable, l’académicien G. Lenotre, nom de plume de Théodore Gosselin qui collabora entre autres à la Revue des Deux Mondes, au Monde Illustré ou encore au Figaro, dénonce en 1934 une bureaucratie issue de la Convention nationale et devenue cette écrasante force sociale anonyme, impersonnelle, gratifiée du sobriquet de Monsieur Lebureau, imposant ses règles à un contribuable résigné

Monsieur Lebureau. Tel est le sobriquet sous lequel, depuis quelque temps, on désigne l’ensemble de nos innombrables administrations. On l’emploie dans le sens péjoratif ; il synthétise les petites ou grosses rancunes du public qui, entravé, vexé, retardé de cent façons, se revanche comme il peut. Au temps de Figaro, c’était par un couplet de chanson ; aujourd’hui, un bon mot suffit. Oserai-je dire que celui-ci, quoique pittoresque, est maladroit ?

G. Lenotre, nom de plume de Théodore Gosselin
G. Lenotre, nom de plume de Théodore Gosselin

Il consacre l’impersonnalité de tous les agents du pouvoir, depuis le chef de division jusqu’à l’expéditionnaire ; il révèle une insouciance résignée des contribuables, bien empêchés de savoir « à qui s’en prendre » et de s’orienter à travers les inextricables brousses administratives. Au lieu d’étudier le mécanisme de l’encombrant appareil, ce qui lui permettrait de désigner avec précision le rouage qui lui paraît fonctionner mal, la gent corvéable préfère englober toute la machine dans sa réprobation irritée.

Elle a donc trouvé Monsieur Lebureau : c’est joli, suffisamment dédaigneux ; ça résume de façon courtoise toutes les diatribes, critiques et facéties, accumulées depuis un siècle par les satiriques fameux, depuis Balzac jusqu’à Courteline ; par malheur, cette appellation innocemment vengeresse fait le jeu de l’adversaire en épaississant le brouillard dont il s’enveloppe et qui le rend particulièrement redoutable. Déjà, du temps de Louis XVI, on avait cru se rendre maître du monstre en forgeant, pour l’assommer, le mot bureaucratie ; il ne s’en porta que mieux ; c’est même vers cette époque-là qu’il a commencé à prospérer et à étendre ses ravages. C’est dire que la plaie n’est pas d’hier.

Le bonhomme Mercier [Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), écrivain et publiciste), qui quelque dix ans avant la Révolution esquissait d’après nature, au hasard de ses promenades, son fourmillant Tableau de Paris, la signale avec une sorte de terreur : « Pour le moindre paquet qu’on retire ou qu’on envoie, écrit-il, on vous offre un petit morceau de papier griffonné ; quinze hommes à la file le signent et le contresignent... On constate sur un auguste registre l’entrée d’une bouteille de vin et d’un chapon, ainsi que celle d’un tonneau et d’un troupeau de bœufs ; on vous en donne quittance... Sur combien de registres un pauvre écu ne doit-il pas être couché avant de parvenir à sa destination ! Que de bureaux peuplés de scribes rongent cet écu pendant qu’il circule ! Quelle race innombrable chiffrant, calculant, faisant de la ronde et de la bâtarde ! »

Et déjà il déplore l’anonymat de ces frelons tracassiers dont l’autorité est aussi pesante qu’insaisissable : « Ils sont d’autant plus forts qu’ils sont toujours derrière la toile et qu’ils n’obtiennent ni gloire pour le bien qu’ils font, ni ni honte pour le mal ; leurs travaux appartenant toujours à un autre ne sont jamais connus du public. S’ils sont ineptes, leurs erreurs disparaissent dans des ombres épaisses ; s’ils sont éclairés, les détails de l’administration trop subdivisée ne leur permettent de faire qu’un bien partiel... »

Or, à l’époque où se lamentait Mercier, le fléau était encore anodin ; je n’en veux pour preuves que ces deux étroits pavillons qui ferment l’avant-cour du château de Versailles et qu’on appelle toujours ailes des ministres. Jusqu’en 1789 ils suffirent à contenir tout le personnel de tous les bureaux de tous les ministères, sauf, si je ne me trompe, celui des affaires étrangères qui possédait un hôtel particulier. Quels cris pousserait l’auteur du Tableau de Paris s’il voyait les immenses bâtisses à cinq ou six étages où grouillent actuellement de formidables légions de commis ?

Il put, d’ailleurs, assister au premier flux de cette marée montante, ayant compté au nombre des députés à la Convention ; car c’est des Assemblées de la Révolution que date l’ère de la paperasserie. Ouvrez un almanach de l’époque, feuilletez les pages consacrées aux bureaux des Assemblées, évaluez le nombre des comités – 21 pour la Législative – et multipliez par cent cinquante, chiffre qui peut représenter la moyenne du nombre habituel des rédacteurs ou des scribes attachés à chacun d’eux : celui de la Sûreté générale de la Convention occupait cent vingt employés, et celui de la Législation deux cent vingt-cinq ! Le Comité de Salut public en comportait bien davantage.

Et ce monde obscur, qui croissait et prospérait à l’ombre de la grande Assemblée, représentait déjà une telle force sociale que c’est à lui qu’est attribuée la radicale transformation des vieilles coutumes parisiennes. Jadis, on dînait à deux heures, on soupait à neuf heures du soir ; il fallut changer tout cela, les heures de bureau ne s’adaptant pas à ce régime traditionnel ; et c’est alors qu’on désheura toute la capitale, qui dut prendre l’habitude de déjeuner à dix heures du matin et de dîner à cinq heures du soir, afin que les employés, qui faisaient la loi, pussent arriver à leur bureau l’estomac garni et ne « faire qu’une séance » en attendant le repas du soir.

Il s’en trouva, dans le nombre, qui rédigèrent leurs mémoires. Je ne connais, pour ma part, que deux de ces écrits, mais combien précieux pour qui serait tenté d’écrire l’histoire intime de nos administrations publiques et la chronique de Monsieur Lebureau ! Le premier, publié il y a quelque vingt-cinq ans par la Revue des questions historiques, est dû à un jeune homme dé dix-huit ans, Philippe Morice, ex-petit clerc de notaire, qui fut recruté avec bien d’autres pour les bureaux du Comité de Salut public. « Il y avait là, dit-il, une ancienne basse de l’Opéra à côté d’un homme de lettres, un garçon perruquier à côté d’un grand-vicaire, un professeur d’histoire à côté d’un dentiste. »

L'autre ennemi : la paperasse. Balayez-moi tout ça !
« L’autre ennemi : la paperasse. Balayez-moi tout ça ! »
(Dessin du Petit Journal, supplément illustré du 20 février 1916)

Le chef de bureau, le meilleur et le plus doux des hommes, pour se faire bien noter, courait chaque jour à la place de la Révolution afin de ne point manquer une exécution et d’applaudir au châtiment des aristocrates. Chacun des employés, en arrivant au bureau, « serrait son chapeau et ses gants dans une armoire et exhibait un bonnet de laine écarlate, qu’il arborait au moyen d’un clou ou d’une épingle sur le pupitre ».

L’autre mémorialiste des bureaux de la Convention fut un jeune provincial nommé Antoine Tortat. Attaché au comité de Législation, il demeure sobre de détails sur le genre de travail qu’il avait à fournir et avoue qu’il passait la plus grande partie de ses heures de bureau, dans la salle de l’Assemblée, à écouter pérorer les représentants du peuple ; mais il lui advint une aventuré peu banale : sans doute fut-il le seul de tous les employés passés et présents – on ne sait ce que réserve l’avenir – qui donna l’assaut à son propre bureau. Le seul, non pas ; car lorsque, le 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795), éclata l’insurrection des sections de Paris contre la Convention, tous ses camarades du comité de Législation – sauf six sur deux cent vingt-cinq – coururent avec lui se mêler aux rangs des émeutiers et vinrent assaillir l’Assemblée qui les appointait.

Noire ingratitude et néfaste exemple à jamais déplorable ! II est vrai qu’au premier coup de canon tiré par les défenseurs du palais national les assiégeants se dispersèrent avec plus d’entrain encore qu’ils n’en avaient montré à s’insurger. D’ailleurs, dès l’échauffourée terminée, Tortat reparut à son bureau et réclama de son chef un certificat constatant qu’il n’avait pas quitté son pupitre pendant les trois jours qu’avait duré la bataille... certificat qui lui fut octroyé sur l’heure sans l’ombre d’hésitation. C’était une administration paternelle que celle des bureaux de la Convention.

Il faudrait encore étudier, pour compléter le tableau, le cas mémorable d’Herman, qui fut commissaire des administrations civiles, police et tribunaux, c’est-à-dire ministre de l’Intérieur et de la Justice jusqu’au 12 thermidor de l’an II (30 juillet 1794). Herman était un spartiate d’une intégrité rare et d’une conscience inébranlable. Jamais l’austérité républicaine n’eut d’adepte plus zélé et d’apôtre plus convaincu : c’est lui qui, étant obligé, par l’usage, d’ouvrir ses salons de la chancellerie et d’offrir un dîner de gala, convia à sa table son frère, sa bonne, deux gardiens de bureau et leurs femmes ; on servit un morceau de bœuf froid, un plat de haricots et une salade.

Or, ledit spartiate s’était mis en tête d’exiger de tous ses subordonnés une ardeur égale à la sienne pour l’intérêt public et l’accomplissement du devoir administratif : entreprise à décourager Hercule. Il interdit l’entrée de la chancellerie à toute femme « dont la mise n’annonce pas qu’elle est de la classe respectable du peuple » ; il visite les bureaux dès six heures du matin, ne trouve partout que le désert, et laisse sur les tables des petites notes de sa main, exhortant les camarades à plus d’exactitude ; il estime que les expéditionnaires écrivent mal et il les invite « à prendre des maîtres » ; il conseille à tous ceux de ses collaborateurs, grands ou petits, « qui ne se sentiraient pas capables d’acquérir ce qui leur manque, de le déclarer en toute bonne foi et de choisir un autre gagne-pain ».

Bien plus, il guette, de sa personne, l’entrée et la sortie des commis : il sait qu’un tel est parti à deux heures et n’a plus reparu de la journée – et vite, un rappel à l’ordre que les délinquants trouvent le lendemain sur leur pupitre... Jugez de l’émoi ! Jamais pareil trouble-fête n’avait été suscité pour la plus grande gêne des employés de ministère ; aussi, la persécution dura-t-elle peu ; le ministre s’attaquait à plus fort que lui ; on le lui fit bien voir : Herman, le persécuteur de Monsieur Lebureau, après trois mois de fonctions, finit sur l’échafaud, de la mort des grands criminels.


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