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Proverbe, expression populaire : Bâtir des châteaux en Espagne. Origine, signification

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Expressions, Proverbes
Proverbes et expressions populaires d’usage courant : origine, signification d’expressions proverbiales de la langue française
Bâtir des châteaux en Espagne
Publié / Mis à jour le lundi 21 novembre 2011, par LA RÉDACTION
 
 
 
C’est se former dans l’imagination des projets sans fondement, des desseins ou des entreprises chimériques impossibles à réaliser

Cette façon de bâtir, peu dispendieuse, amuse quelquefois l’imagination et fait passer d’agréables moments. Ce qui a dû motiver ce proverbe c’est la rareté des châteaux en Espagne avant le XIe siècle. Les Grecs disaient dans le même sens : Bâtir des châteaux en l’air, ce qui était la traduction de leur verbe aérobatéin, qui signifie voyager en l’air. Chez les Latins, on trouve cette phrase qui a quelque analogie avec notre proverbe ; c’est Cicéron qui parle : In summa vanitate versari, ce qui veut dire : Se bercer de bien vaines apparences.

Voici les termes dont les peuples modernes se sont servis pour dire à peu près la même chose. Les Anglais, par exemple, disent : To build castles in the air, bâtir des châteaux en l’air. En Pologne, on dit : Bâtir des châteaux sur la glace, parce qu’un rayon de soleil les fait fondre comme la lumière de la réalité fait disparaître l’inanité des rêves.

Ce proverbe a pris naissance vers la fin du XIe siècle, à cette époque de la féodalité où l’on construisait beaucoup de châteaux auxquels on rattachait toutes les idées de grandeur et de fortune. Dans un des plus anciens romans français, le roman de la Rose, du XIIIe siècle, on cite ces cinq vers qui sont en parfaite conformité avec ce proverbe :

Telle fois te seras advis
Que tu tiendras celle au clers vis,
Du tout t’amie et ta compagne
Lors fera chastiaulx en Espagne
Et si auras ioye à néant.

Toutes les fois que tu seras avisé
Que tu tiendras celle au clair visage,
Du tout ton amie et ta compagne
Tu feras alors châteaux en Espagne
Et ta joie sera (réduite) à néant.

Montaigne (XVIe siècle), dans ses Essais (Livre II, chapitre 6), emploie aussi ces mots en parlant des personnes vaniteuses, dans le sens de se faire illusion : « Une refverie (rêverie) sans corps et sans subject (sujet) régente notre âme et l’agite. Que je me mette à faire des châsteaulx en Espaigne, mon imagination m’y forge des commoditez (commodités) et des plaisirs desquels mon âme est réellement chatouillée et rejouye (réjouie.) »

Le jurisconsulte Pasquier qui vivait dans le même siècle nous a laissé sur la topographie de l’Espagne un passage qu’il est bon d’avoir sous les yeux. « De ce qui a esté (été) de tout temps pratiqué en Espagne où vous ne rencontrerez aucun chasteau par les champs, ainsi seulement, quelques bassines et maisonnettes, ésquel (dans lesquelles) passant chemin vous estes (êtes) contraint d’héberger (loger) et encore distantes d’un long intervalle les unes des autres. Ceux qui rendent raison de cela estiment que ce fut pour empescher que les Maures qui faisaient ordinairement plusieurs courses ne surprissent quelques chasteaux de force ou d’emblée où ils auraient eu moyen de faire une longue et seure retraict (sûre retraite). »

Il ne faut pas omettre de citer cette pièce de Collin d’Harleville (XVIIIe siècle) dans laquelle un valet, possesseur d’un billet de loterie, voit miroiter devant ses yeux une quantité de félicités que doit lui octroyer le gros lot, quand, ô malheur irréparable, il perd le fameux billet ! Voici, du reste, l’extrait de la pièce de Collin d’Harleville, intitulée les Châteaux en Espagne, (Acte III, scène VII) :

On en fait à la ville ainsi qu’à la campagne,
On en fait en dormant, on en fait éveillé,
Le pauvre paysan, sur sa bêche appuyé,
Peut se croire un moment seigneur de son village.
Le vieillard, oubliant les glaces de son âge,
Se figure aux genoux d’une jeune beauté
Et sourit ; son neveu sourit de son côté,
En songeant qu’un matin du bonhomme il hérite.
Telle femme se croit sultane favorite ;
Un commis est ministre, un jeune abbé, prélat ;
Le prélat... Il n’est pas jusqu’au simple soldat
Qui ne se soit un jour cru maréchal de France,
Et le pauvre lui-même est riche en espérance.

Et la fable de La Fontaine (livre VII, fable VII), ayant pour titre : la Laitière et le Pot au lait, ne présente-t-elle pas la même idée, lorsque l’auteur met dans la bouche de sa Perrette l’énumération de tout ce qu’elle veut acheter avec le produit de la vente de son lait. Elle en est si heureuse qu’elle en saule de joie, sans penser au lait quelle porte : « Le lait tombe, adieu veau, vache, cochon, couvée ! » Toute sa fortune qui consistait dans la vente de son lait venait de se répandre.

Voici l’origine historique que l’on peut donner à ce curieux proverbe. En 1095, Henri de Bourgogne prit du service auprès des rois de Castille. Les succès de ses soldats le mirent eu état de construire des châteaux dont l’érection suscita l’ambition d’autres aventuriers qui ne révèrent plus que d’avoir des châteaux en Espagne.

De cette dernière citation, on peut donc conjecturer qu’il y a dans ce proverbe une allusion aux tentatives infructueuses des Français pour conquérir tout ou partie de l’Espagne. C’étaient des entreprises chimériques de vouloir bâtir des châteaux dans un pays où l’on n’en voyait aucun, comme l’a affirmé Pasquier dans ses recherches sur l’Histoire de France dont il a été donné un extrait dans cet article. Le même auteur ajoutait que, si les Espagnols ne construisaient pas de châteaux, c’était par la crainte que les Maures aux incursions desquelles ils étaient sans cesse exposés, ne s’en emparassent pour les fortifier et se maintenir dans leur conquête.

Voici quelques vers d’un auteur dont on connaît pas le nom, mais qui ne laissent pas d’être parfaitement de circonstance :

Lorsque que je pars pour la campagne,
Je fais toujours de grands projets.
Poètes sont assez sujets,
A bâtir châteaux en Espagne,
Et bâtissent à peu de frais.

 
 
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