Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie
LE 15 octobre DANS L'HISTOIRE [VOIR]  /  NOTRE LIBRAIRIE [VOIR]  /  NOUS SOUTENIR [VOIR]
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme


« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


REJOIGNEZ-NOUS sur VK, le
réseau social alternatif à Facebook !

Gustave Courbet refuse la Légion d'honneur en 1870. Lettre de refus au ministre des lettres, sciences et beaux-arts - Histoire de France et Patrimoine


Vous êtes ici : Accueil > Événements marquants > 23 juin 1870 : Gustave Courbet (...)

Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


23 juin 1870 : Gustave Courbet
refuse la Légion d’honneur
(D’après « Gazette anecdotique littéraire,
artistique et bibliographique », paru en 1891)
Publié / Mis à jour le mercredi 9 novembre 2011, par LA RÉDACTION

 
 
 
Dans les dernières semaines du Second Empire, cependant que par décret du 18 juin 1870, rendu sur la proposition de Maurice Richard, alors ministre des lettres, sciences et beaux-arts, Gustave Courbet est nommé chevalier de la Légion d’honneur, l’éminent artiste pour qui « l’honneur n’est ni dans un titre, ni dans un ruban » mais « dans les actes, et dans le mobile des actes », s’empresse de refuser une distinction offerte par le ministre son ami, qui avait voulu lui faire la surprise du ruban rouge.

Voici la lettre adressée par Gustave Courbet au ministre Maurice Richard :

Paris, le 23 juin 1870.

Monsieur le Ministre,

C’est chez mon ami Jules Dupré, à l’Isle-Adam, que j’ai appris l’insertion au Journal officiel d’un décret qui me nomme chevalier de la Légion d’honneur. Ce décret, que mes opinions bien connues sur les récompenses artistiques et sur les titres nobiliaires auraient dû m’épargner, a été rendu sans mon consentement, et c’est vous, Monsieur le Ministre, qui avez cru devoir en prendre l’initiative.

Autoportrait dit Le Fumeur de pipe, par Gustave Courbet
Autoportrait dit Le Fumeur de pipe,
par Gustave Courbet

Ne craignez pas que je méconnaisse les sentiments qui vous ont guidé. Arrivant au ministère des beaux-arts après une administration funeste qui semblait s’être donné à tâche de tuer l’art dans notre pays, et qui y serait parvenue, par corruption ou par violence, s’il ne s’était trouvé çà et là quelques hommes de cœur pour lui faire échec, vous avez tenu à signaler votre avènement par une mesure qui fit contraste avec la manière de votre prédécesseur [le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l’empereur et des beaux-arts]. Ces procédés vous honorent, mais permettez-moi de vous dire qu’ils ne sauraient rien changer ni à mon attitude, ni à mes déterminations.

Mes opinions de citoyen s’opposent à ce que j’accepte une distinction qui relève essentiellement de l’ordre monarchique. Cette décoration de la Légion d’honneur, que vous avez stipulée en mon absence et pour moi, mes principes la repoussent. En aucun temps, en aucun cas, pour aucune raison, je ne l’eusse acceptée. Bien moins le ferai-je aujourd’hui que les trahisons se multiplient de toutes parts, et que la conscience humaine s’attriste de tant de palinodies intéressées. L’honneur n’est ni dans un titre, ni dans un ruban : il est dans les actes, et dans le mobile des actes. Le respect de soi-même et de ses idées en constitue la majeure part. Je m’honore en restant fidèle aux principes de toute ma vie : si je les désertais, je quitterais l’honneur pour en prendre le signe.

Mon sentiment d’artiste ne s’oppose pas moins à ce que j’accepte une récompense qui m’est octroyée par la main de l’État. L’État est incompétent en matière d’art. Quand il entreprend de récompenser, il usurpe sur le droit public. Son intervention est toute démoralisante, funeste à l’artiste, qu’elle abuse sur sa propre valeur, funeste à l’art, qu’elle enferme dans des convenances officielles et qu’elle condamne à la plus stérile médiocrité. La sagesse pour lui est de s’abstenir. Le jour où il nous aura laissés libres, il aura rempli vis-à-vis de nous tous ses devoirs.

Souffrez donc, Monsieur le Ministre, que je décline l’honneur que vous avez cru me faire. J’ai cinquante ans, et j’ai toujours vécu libre. Laissez-moi terminer mon existence, libre ; quand je serai mort, il faudra qu’on dise de moi : Celui-là n’a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n’est le régime de la liberté !...

Veuillez agréer, etc.

Gustave Courbet.

En dépit de cette phraséologie, le nom de Courbet fut maintenu sur les registres de la Légion d’honneur. Il n’en fut rayé que l’année suivante, à la suite d’un décret dont voici le dispositif : « Gustave Courbet, artiste peintre, est rayé des matricules de la Légion d’honneur à partir de la date de la condamnation ci-après mentionnée :

« Condamné le 2 septembre 1871 à six mois de prison et à 500 francs d’amende pour avoir provoqué, comme membre de la Commune, par abus d’autorité et de pouvoir, à la destruction de la colonne de la place Vendôme. Fait à Versailles, le 19 février 1872. Signé : A. THIERS. »

Les Archives historiques nous donnent la curieuse relation d’une entrevue que le peintre Courbet eut avec Thiers quelques jours après avoir écrit la lettre, en date du 23 juin 1870, adressée au ministre des Beaux-Arts, Maurice Richard, pour refuser la croix de la Légion d’honneur. Ce récit est pris dans des fragments de mémoires laissés par Courbet sur les événements de 1870-71.

La conversation roula d’abord sur les sentiments républicains de Courbet, que Thiers ne partageait pas, et sur la question du paupérisme. Laissons maintenant la parole à Courbet :

La Côte d'Etretat (1870), par Gustave Courbet
La Côte d’Etretat (1870), par Gustave Courbet

Changeant de conversation, il me dit : « C’est comme la question de l’éducation du peuple : trouvez-vous cela bien nécessaire ? Quand ils sauront lire et écrire, ils seront bien plus avancés ! Ils deviendront absurdes, et voilà tout. » Je lui objectai qu’il était ingrat, qu’il semblait renier son origine, et que, pour être juste, il fallait reconnaître que les trois quarts des hommes qui se distinguaient dans le monde étaient des hommes partis de très bas.

Puis il continua en me demandant combien je comptais de républicains à cette heure d’après les nouvelles élections. Je lui répondis : « Deux millions cinq cent mille. – Eh bien ! moi, dit-il, j’en compte quinze cent mille, et encore vous avez mes électeurs. – J’admets, Monsieur Thiers, et j’en trouve encore trop. Croyez-vous qu’il y ait plus de cinq cent mille hommes en France qui raisonnent leur opinion ? Non, n’est-ce pas ? Par conséquent nous sommes suffisamment nombreux. Devinez combien nous étions de républicains en 48 ? Eh bien ! nous étions six mille : la preuve, c’est que la province a marché sur Paris. Vous voyez, Monsieur Thiers, qu’ils ont fait des petits. Ce sont les journées de juin et le despotisme de l’empire qui les ont fait pousser ; ils renaissent de leurs cendres comme les mouches. – Bonne chance pour la république, me dit-il, puisque vous y croyez ; quant à moi, je crois que je ne serai jamais républicain. – Vous ferez bien, lui dis-je, car, comme dit Brillât-Savarin, on naît rôtisseur et on devient cuisinier. En république, c’est de même. »

Je ne croyais pas dire si juste. Quelques instants après il me dit : « Je ne puis pas comprendre qu’un artiste puisse être républicain. Ce n’est pas votre monde. » Ce à quoi je répondis que je n’appartenais à aucune classe dans la société, que je n’appartenais qu’à l’idée, et que, lorsque j’avais raison en me manifestant, j’avais toutes les classes pour moi ; mais qu’indépendamment de cela, malgré la persécution de l’empire à mon égard, j’avais fort bien vécu tout ce temps, tout en lui tenant tête ouvertement, sans dévier d’une ligne de mes principes, avec mes six mille républicains.

Nous causâmes encore longtemps, sans nous entendre, sur la république.

 
 

Saisissez votre mail, appuyez
une seule fois
sur OK et patientez
30 secondes
pour la validation




Histoire de France :
l'indispensable pour devenir incollable

2000 ans d'Histoire de France en 150 pages
Présentation / Commande : CLIQUEZ ICI
 

 

 

Prolongez votre voyage dans le temps avec notre
encyclopédie consacrée à l'Histoire de France

Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !

 


 

 Napoléon : l'enfance du futur empereur des Français
 
 Règles de bienséance et de politesse d'après un traité de 1628
 
 Charlemagne se fait voleur par ordre de Dieu
 
 Berceuses populaires (Les) : airs entêtants, apaisants, traversant le temps et les provinces
 
 Pain mangé par nos aïeux : sa nature, son prix
 
 Mutilation de l'Histoire de France : détruire le passé pour glorifier le monde nouveau
 
BON À SAVOIR
 Charbonnier est maître chez lui
 
 Ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il vous fît
 
MANIFESTATIONS
 Ker-Xavier Roussel : rétrospective consacrée au peintre
 
 Berthe Morisot au musée d'Orsay : rétrospective d'une grande artiste
 
 
L'ENCYCLOPÉDIE DU TEMPS JADIS
 Recevez en 48h les 37 volumes édités par La France pittoresque : 900 articles, 1800 illustrations formant une truculente mosaïque de notre riche passé !
 
 
 
 
 

 


Les plus récents
 
 1359 : mort du grand Ferré, figure héroïque de la guerre de Cent Ans
 
 Premier « piratage » d'un réseau de communication : l'affaire du réseau télégraphique détourné
 
 4 août 1789 : abolition des privilèges par l'Assemblée Constituante
 
 Machine infernale de Fieschi : un attentat politique au coeur de Paris en 1835
 
 
Et puis aussi...
 
 4 février 1912 : l'inventeur Reichelt se lance de la tour Eiffel et s'écrase
 
 10 novembre 1657 : Christine, reine de Suède, fait assassiner à Fontainebleau son grand écuyer Monaldeschi
 
 Naufrage du Titanic : la presse annonce que « les 2700 personnes qui étaient à bord ont été sauvées »
 
 Mai 1583 : un chirurgien providentiel délivre Nantes du fléau de la peste
 
 
Plus d'articles...
 
 Voir les 138 ARTICLES

 

 La France pittoresque ne bénéficie d'aucune subvention, qu'elle soit publique ou privée. Prenez activement part à la transmission de notre patrimoine !
 
 Soutenez une véritable réinformation historique et contribuez à la conservation de notre indépendance éditoriale
Vous pouvez également opter pour
un montant libre
 
VOS DONS NOUS SONT PRÉCIEUX
EN SAVOIR +

 

 Facebook
 Twitter
 VK
 Instagram
 LinkedIn
 Pinterest
 Tumblr
 

     

 

Retrouvez toute L'HISTOIRE DE FRANCE avec l'Encyclopédie du temps jadis

 
Copyright © 1999-2019 LA FRANCE PITTORESQUE
Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270. N° CNIL 824 842. N° Siret 481 246619 00011. Code APE 913E

La France pittoresque et Guide de la France d'hier et d'aujourd'hui sont des marques déposées.
Site déposé à l'INPI
 
Recommandé notamment parMAISON DU TOURISME FRANÇAIS dès 2003Maison de la FranceALLIANCE FRANÇAISEAlliance Française
 
Mentionné notamment parSIGNETS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCESignets de la Bibliothèque Nationale de FranceMINISTÈRE DE LA CULTUREMinistère de la Culture
 
Services La France pittoresque
 
Noël au coin de l'Histoire : boutique d'ouvrages pour vos cadeaux de fêtes de fin d'année
 
LA FRANCE PITTORESQUE : 1 - Guide en ligne des richesses de la France d'hier et d'aujourd'hui depuis 1999 : Histoire de France, patrimoine historique et culturel,
gîtes et chambres d'hôtes, tourisme, gastronomie. 2 - Magazine d'histoire 36 pages couleur depuis 2001, une véritable encyclopédie de la vie d'autrefois


Magazine

Encyclopédie

Blog

Facebook

Twitter

VK

Heypster

Vero

Pinterest

Tumblr

Instagram

YouTube

Librairie

Paris pittoresque

Prénoms

Services