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Comte Guillaume Libri et vols de livres rares. Ouvrages des collections publiques : Bibliothèque Mazarine, de l'Observatoire, Bibliothèque nationale

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Anecdotes insolites
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Pillage (Le) des collections publiques
d’ouvrages rares par le comte Libri
(D’après « Le Petit Parisien », paru en 1911)
Publié / Mis à jour le lundi 28 mai 2012, par LA RÉDACTION
 
 
 
En 1911, l’enlèvement de la Joconde au musée du Louvre incite Le Petit Parisien à narrer la rocambolesque histoire du comte Guillaume Libri qui, parvenant à se faire nommer secrétaire de la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, excelle dans le pillage de collections d’ouvrages de la Bibliothèque Mazarine, de l’Observatoire ou encore de la Bibliothèque nationale, ses relations avec de hautes figures de l’Etat lui évitant dans un premier temps une condamnation

Une vieille histoire, amusante comme un roman de police, revient à l’esprit de ceux qui se souviennent c’est celle du comte Libri qui, membre de l’Institut et inspecteur général des bibliothèques, dévalisa méthodiquement, pendant des années, les richesses qu’il était chargé de surveiller. Un livre ou un manuscrit est évidemment plus facile à dérober qu’un tableau ou qu’une statue. Libri n’en fut pas moins, dans un genre tout spécial, un homme de génie, dont le succès prolongé confond l’imagination.

Le comte Libri
Le comte Libri

Il était né en Italie en 1803, d’une noble famille florentine. Impliqué dans une affaire de conspiration, il dut abandonner la chaire de mathématiques qu’il occupait à l’Université de Pise et vint s’installer à Paris. Il y fit une rapide et brillante carrière, justifiée à la fois par son réel mérite et par un prodigieux esprit d’intrigue. Professeur au Collège de France et à la Sorbonne, membre de l’Académie des sciences, inspecteur général de l’instruction publique, ami intime de Guizot, alors tout puissant, le comte Libri avait une « façade » magnifique. Ce qui se cachait derrière était moins estimable.

Les inspections et missions auxquelles il procédait ne devaient pas, en effet, tarder à affecter un caractère tout spécial. Quand Libri arrivait dans une bibliothèque ou un dépôt d’archives, il excellait à y découvrir, soit grâce au catalogue, soit par des recherches personnelles, les pièces rares et de grandes valeurs. Tantôt si c’était un volume maniable, il le mettait tranquillement dans sa poche et l’emportait. Tantôt s’il s’agissait d’un manuscrit important, il détachait seulement les feuillets les plus intéressants.

Pratiqué discrètement et avec quelque réserve, ce jeu aurait pu, peut-être, durer longtemps, surtout en province. Mais Libri, qui portait dans ces opérations une passion de monomane doublée d’une avidité sans bornes, taillait dans le grand et, peu de mois après le début de ses « missions », les plaintes se faisaient si nombreuses que, bon gré mal gré, la torpeur des bureaux était forcée de se secouer.

De toutes parts, en effet, les soustractions étaient signalées. Tour à tour, la bibliothèque Mazarine, la bibliothèque de l’Arsenal, la bibliothèque de l’Observatoire et celle de l’Institut de France dénonçaient les larcins dont elles étaient victimes. En province, les dépôts de Troyes, de Grenoble, d’Albi, de Poitiers, de Carpentras, de Montpellier clamaient également leur stupéfaction. Impossible de ne pas être frappé de ce fait que, partout où un vol était constaté, M. l’inspecteur général, membre de l’Institut, était passé une ou plusieurs fois.

Soupçonner cependant un si haut fonctionnaire c’était une singulière audace. C’était surtout une grave imprudence, car on savait le personnage puissant et bien en cour. On hésita longtemps à s’en prendre à lui. En 1847 pourtant la coupe déborda. Un Théocrite, édition de 1495, dont la bibliothèque de Carpentras avait signalé la disparition fut vendu dans une vente faite par le comte Libri et qui produisit plus de cent mille francs. Quelques semaines plus tard, une constatation pareille était faite à propos d’un manuscrit enlevé à la bibliothèque de Troyes. Guizot, si partial qu’il fût en faveur de Libri, ne put pas empêcher les plaintes de se produire et d’être suivies.

Le 4 février 1848 le procureur général les résuma dans un long rapport. Le gouvernement arrêta le document et il fallut, pour qu’il vît le jour, la chute de la monarchie de Juillet. Libri, cependant, avec une magnifique imprudence, continuait à se montrer et à aller à l’Institut. C’est là qu’un rédacteur du National lui fit passer un billet portant ces simples mots : « Vous ignorez sans doute la découverte qui a été faite du rapport judiciaire concernant vos inspections dans les bibliothèques publiques. Croyez-moi épargnez à la société nouvelle des réactions qui lui répugnent. Ne venez plus à l’Institut. »

Deux jours après, Libri partait pour l’Angleterre, où il se faisait passer pour une victime de la politique. Il n’avait pas manqué, hâtons-nous de l’ajouter, d’emporter avec lui sa bibliothèque « particulière ». Particulière, cette bibliothèque l’était au plus haut point. Car constituée avec un art supérieur, elle se composait presque exclusivement de manuscrits ou de livres volés. La liste de ces vols a été imprimée. Je me souviens encore de la chaleureuse émotion, avec laquelle trois hommes qui ont honoré la science et l’érudition françaises, MM. Léopold Delisle, Ludovic Lalanne et Amédée Tardieu racontaient, il y a quelque vingt ans, les découvertes opérées dans la « collection » Libri. La bibliothèque Mazarine avait été dépouillée de ses plus beaux spécimens d’imprimés italiens. La bibliothèque de Troyes venait en second rang. Celle de Grenoble avait perdu des imprimés latins, celle de Montpellier une magnifique édition de Machiavel, celle de Carpentras le Théocrite, dont je parlais tout à l’heure, et que le concierge des Archives témoigna avoir vu entre les mains de Libri.

Les dépôts d’autographes n’avaient pas été plus épargnés, notamment la bibliothèque de l’Observatoire. L’Institut avait perdu des lettres de Charles VII, de Charles VIII, de Louis XI, de François Ier, de Calvin, de Henri IV, du maréchal d’Ancre, d’Anne d’Autriche, de Séguier, d’Arnaud d’Andilly, de Christine de Suède, de Colbert, de Molé, de Robert Estienne, de Ronsard, de Léonard de Vinci, j’en passe et des meilleures.

A la Bibliothèque nationale la collection Baluze, célèbre dans l’Europe entière, avait été mise à sac : des trésors historiques inappréciables avaient ainsi disparu. Il en avait été de même pour la collection Peiresc et la collection du Puy. A la bibliothèque de Montpellier, le pilleur d’archives avait volé les lettres de Christine de Suède ; à Carpentras, un manuscrit de Dante ; à l’Arsenal, une édition manuscrite de Lucrèce.

C’était un véritable désastre. Notez, d’ailleurs, que, par ses ventes successives, Libri avait gagné une fortune qui n’était pas loin d’atteindre un million, joli chiffre pour l’époque. Les conclusions des experts étaient formelles. Le 22 juin 1850, Libri fut condamné à dix ans de réclusion, à la perte de ses emplois publics et à la dégradation civique. Il lui restait 50.000 livres de rente avec lesquelles il put vivre heureux en Angleterre.

Chose étrange : il lui restait aussi des partisans. Dans l’entourage de Guizot, on s’obstinait, malgré tant de preuves écrasantes, à le tenir pour une victime. Mérimée écrivit en avril 1852 deux lettres parues dans la Revue des Deux Mondes, si violentes contre les juges de Libri, qu’il fut condamné à 15 jours de prison pour outrage à la magistrature. On fit circuler des pétitions. On réclama la révision. En réalité, le cas n’est pas douteux, et Libri n’est pas défendable.

 
 
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