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Histoire de France par Jacques Bainville. Louis XIV. Partie 1 - Histoire de France et Patrimoine


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Histoire de France

L’Histoire de France par Jacques Bainville : 2000 ans d’Histoire de notre pays, des Gaulois jusqu’au début du XXe siècle. Événements, contexte historique.


Louis XIV
(Chapitre 13 - Partie 1/3)
(par Jacques Bainville)
Publié / Mis à jour le dimanche 10 juillet 2011, par LA RÉDACTION

 
 
 
Le long règne de Louis XIV - plus d’un demi-siècle -, qui ne commence vraiment qu’à la mort de Mazarin, a un trait principal dominant : une tranquillité complète à l’intérieur. Désormais, et jusqu’à 1789, c’est-à-dire pendant cent trente années, quatre générations humaines, c’en sera fini de ces troubles, de ces séditions, de ces guerres civiles dont le retour incessant désole jusque-là notre histoire

Ce calme prolongé joint à l’absence des invasions, rend compte du haut degré de civilisation et de richesse, auquel la France parvint. L’ordre au-dedans, la sécurité au-dehors - ce sont les conditions idéales de la prospérité. La France en a remercié celui qu’elle appela le grand roi par une sorte d’adoration qui a duré longtemps après lui. Voltaire, avec son Siècle de Louis XIV, est dans le même état d’esprit que les contemporains des années qui suivirent 1660. Il souligne, comme le fait qui l’a le plus frappé et qui est aussi le plus frappant : « Tout fut tranquille sous son règne. » Le soleil de Louis XIV illuminera le règne de Louis XV. Et ce n’est que plus tard encore, après quinze ans du règne de Louis XVI, que le charme sera rompu, que nous entrerons dans un nouveau cycle de révolutions.

Avec Louis XIV, le roi règne et gouverne. La monarchie est autoritaire. C’est ce que souhaitent les Français. Puisqu’ils ne veulent ni des Ligues, ni des Frondes, ni du « ministériat », le gouvernement personnel du roi est l’unique solution. Dès que l’idée du jeune souverain fut comprise, elle fut populaire, elle fut acclamée. De là ce concert de louanges que la littérature nous a transmis, cet enthousiasme, qui étonne quelquefois, chez les esprits les plus libres et les plus fiers, et qu’on prend à tort pour de la flatterie. La France, comme sous Henri IV, s’épanouit de bonheur dans cette réaction. Sous toutes les formes, dans tous les domaines, elle aima, elle exalta l’ordre et ce qui assure l’ordre : l’autorité. Du comédien Molière à l’évêque Bossuet, il n’y eut qu’une voix. C’est ainsi que, dans cette seconde partie du dix-septième siècle, la monarchie eut un prestige qu’elle n’avait jamais atteint.

L’originalité de Louis XIV est d’avoir raisonné son cas et compris comme pas un les circonstances dans lesquelles son règne s’était ouvert et qui lui donnaient en France un crédit illimité. Il l’a dit, dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin, en homme qui avait vu beaucoup de choses, la Fronde, les révolutions d’Angleterre et de Hollande : il y a des périodes où des « accidents extraordinaires » font sentir aux peuples l’utilité du commandement. « Tant que tout prospère dans un État, on peut oublier les biens infinis que produit la royauté et envier seulement ceux qu’elle possède : l’homme, naturellement ambitieux et orgueilleux, ne trouve jamais en lui-même pourquoi un autre lui doit commander jusqu’à ce que son besoin propre le lui fasse sentir. Mais ce besoin même, aussitôt qu’il a un remède constant et réglé, la coutume le lui rend insensible. » Ainsi Louis XIV avait prévu que le mouvement qui rendait la monarchie plus puissante qu’elle n’avait jamais été ne serait pas éternel, que des temps reviendraient où le besoin de liberté serait le plus fort. Désirée en 1661 pour sa bienfaisance, l’autorité apparaîtrait comme une tyrannie en 1789 : déjà, sur la fin de son règne, Louis XIV a pu s’apercevoir que la France se lassait de ce qu’elle avait appelé et salué avec enthousiasme et reconnaissance. Il avait prévu cette fatigue, annoncé ce retour du pendule, et, par là, il a été meilleur connaisseur des hommes que ceux qui prétendent qu’il a donné à la monarchie le germe de la mort en concentrant le pouvoir.

Ce règne de cinquante-quatre années, si chargé d’événements au-dehors, ne compte au-dedans que deux faits, la condamnation de Fouquet au début et, plus tard, la révocation de l’Édit de Nantes. Deux faits d’accord avec le sentiment général, approuvés ou réclamés par l’opinion publique.

Si un homme semblait devoir succéder à Mazarin, c’était le surintendant Fouquet, plus riche, presque aussi puissant que le roi lui-même. Fouquet avait édifié une immense fortune aux dépens des finances publiques, à l’exemple du cardinal qui avait au moins, pour excuse à ses voleries, les services rendus à la nation. Louis XIV, au lendemain de la mort de Mazarin, avait pris lui-même la direction des affaires, travaillant avec ses ministres, ne déléguant son autorité à aucun d’eux. Il redoutait le surintendant qui avait de grands moyens fmanciers, une nombreuse clientèle, un cortège de protégés, des amis partout, dans l’administration, dans le monde, chez les gens de lettres. De plus, Fouquet selon une habitude qui remontait au temps des guerres civiles, avait acquis à Belle-Isle un refuge, une place forte d’où il pouvait, en cas de disgrâce et de malheur, tenir tête au gouvernement. C’est ce dangereux personnage politique, aspirant au rang de premier ministre, que le roi voulut renverser. Ce serait le signe qu’il n’y aurait plus ni maire du palais ni grand vizir et que nul n’aurait licence de s’enrichir à la faveur du désordre et aux frais de l’État. La dissimulation et la ruse avec lesquelles Louis XIV procéda avant d’arrêter le surintendant montrent qu’il le craignait et qu’il n’était pas sûr de réussir. Fouquet brisé plus facilement qu’on n’avait cru, la chute, acclamée par la France, de cette puissance d’argent qui aspirait à la puissance politique : l’exemple fut retentissant et salutaire. Rien désormais ne s’opposa plus à Louis XIV.

Vingt-cinq ans plus tard, le même courant conduisait, poussait à la révocation de l’Édit de Nantes. On ne saurait séparer cette affaire des autres affaires religieuses du même temps. Ce qui devint peu à peu persécution du protestantisme s’apparente étroitement aux conflits avec la papauté, conflits qui aboutirent à la fameuse déclaration des droits de l’Église gallicane, en 1682, tandis que la révocation est de 1685. Les contemporains étaient hantés par le souvenir des guerres de religion. En mémoire de la Ligue, l’autorité du pape, hors les choses de la foi, leur semblait un péril. Le jansénisme, qui avait trempé dans la Fronde, était mal vu. Pour la même raison, la dissidence des Protestants, qui vivaient cependant en repos, éveillait des appréhensions constantes. C’est une erreur de croire que le besoin d’unité morale, qui mena à la révocation, ait été d’essence uniquement religieuse. Il fut surtout politique. À cet égard, l’Angleterre et les pays protestants du Nord, en supprimant les restes du catholicisme, en persécutant les catholiques et en les écartant des emplois, avaient donné l’exemple. Les Anglais étaient restés sous l’impression de la Conspiration des Poudres et regardaient les papistes comme des traîtres et des ennemis publics. Pour les Français, le protestantisme représentait, avec le mauvais souvenir de l’État dans l’État et du siège de La Rochelle, une possibilité de retour aux guerres civiles et aux révolutions. Il est très remarquable que Bossuet ait conduit de front ses controverses avec les ministres de la religion réformée et la défense des libertés de l’Église gallicane, que les querelles de Louis XIV avec Innocent XI aient coïncidé avec les mesures contre les protestants.

C’est par des conversions qu’on s’était flatté d’abord de les ramener. Il y en avait eu de retentissantes, celle de Turenne entre autres, qui laissaient croire que le zèle était mort, que l’hérésie « démodée », comme disait Mme de Maintenon (elle-même convertie), consentirait à disparaître. La résistance des réformés, surtout dans les communautés compactes du Midi, irrita les convertisseurs. On passa insensiblement à des procédés plus rudes. Les protestants répondirent par l’émigration. D’autres, en Dauphiné, dans les Cévennes, vieux foyers de la Réforme, prirent les armes. Alors la France vit rouge, crut au retour des désolations de l’autre siècle, à des complots avec l’étranger, d’autant plus qu’on était à la veille de la guerre de la ligue d’Augsbourg. On voulut obtenir de force ce qui avait échoué par la persuasion. Toute l’histoire de la révocation est là et le gouvernement de Louis XIV fut entraîné à des extrémités qu’il n’avait pas prévues et introduit dans des embarras qu’il avoua lui-même en déclarant que, s’il supprimait la liberté du culte pour des raisons de police, il entendait respecter la liberté de conscience. L’émigration priva la France d’un grand nombre d’hommes généralement industrieux (les évaluations vont de cent cinquante à quatre cent mille), et le gouvernement, qui s’efforça bientôt de ramener les réfugiés, fut plus sensible à cette perte que le public, qui aurait volontiers crié « bon débarras ». Par un curieux retour des choses, ces émigrés, bien accueillis dans les pays protestants, surtout en Hollande, contribuèrent à répandre en Europe notre langue et nos arts en même temps qu’une rancune que nos ennemis d’alors ne manquèrent pas d’exploiter. C’est plus tard seulement qu’en France même on en a fait grief à Louis XIV.

La condamnation de Fouquet, la révocation, telles furent les seules affaires intérieures du règne. Rien ne trouble donc l’œuvre magistrale d’organisation que Louis XIV entreprit avec ses ministres, mais sans varier de la règle qu’il s’était fixée, c’est-à-dire sans jamais déléguer le pouvoir à aucun d’eux, fussent-ils les plus grands. Colbert, disciple de Richelieu, formé par Mazarin, désigné par lui au Roi, eut la besogne de plusieurs des plus gros ministères, les finances, la marine, le commerce, l’agriculture, les travaux publics, les colonies. Pourtant il n’eut jamais le titre ni l’emploi de premier ministre, pas plus que Louvois, réorganisateur de l’armée.

Le duc de Saint-Simon s’est plaint de ce règne de vile bourgeoisie. Sous Louis XV, d’Argenson dira avec le même dédain : « satrapie de roture ». Les collaborateurs directs de Louis XIV sortaient en effet de la classe moyenne, en quoi ce règne ne se distingue pas des autres règnes capétiens. Il y eut seulement, dans la génération de 1660, un zèle, un enthousiasme, une ardeur au travail, un goût de tout ce qui était ordonné et grand qui se retrouve dans l’administration comme dans la littérature. L’idée était claire pour tous. La France avait un gouvernement ferme et stable. Elle avait la première place en Europe depuis que ni l’Allemagne divisée, ni l’Espagne vaincue, ni l’Angleterre affaiblie par ses révolutions ne la menaçaient plus. Cependant la France n’était pas achevée. Bien des choses lui manquaient encore : Lille, Strasbourg, Besançon, par exemple. C’était le moment d’acquérir nos frontières, de réaliser de très vieilles aspirations. Pour cela, il fallait que la France fût forte par elle-même et non seulement de la faiblesse des autres, faiblesse qui ne durerait pas toujours et à laquelle des coalitions remédieraient. Il fallait donner au pays les moyens qu’il n’avait pas, restaurer ce qui s’était englouti dans les désordres et les misères de la Fronde : des finances, de la richesse, une industrie, une marine, une armée, tout ce qui était tombé dans le délabrement. Quelques années de travail et de méthode suffirent à lui rendre des navires et des régiments, des ressources de toutes sortes, cet argent aussi, sans lequel, disait Colbert, un État n’est pas vraiment fort. Le moment de passer à l’action extérieure, c’est-à-dire d’achever la France, était venu.

Pour l’intelligence de ce qui va suivre, et qui est fort compliqué, on doit se représenter ce que l’Europe était alors. La puissance, que tout le monde avait crainte jusque-là, c’était l’Espagne. La Hollande, qui s’était affranchie de la domination espagnole, en souffrait avec inquiétude le voisinage dans le reste des Pays-Bas. Comme ce voisinage nous était également pénible, l’alliance franco-hollandaise se nouait naturellement. D’autre part, l’Angleterre et la Hollande, nations maritimes et commerçantes, rivalisaient entre elles et aussi avec l’Espagne, la grande puissance coloniale de ce temps-là. Tant que la France n’eut ni marine, ni commerce, ses relations avec l’Angleterre et la Hollande furent amicales ou aisées. Tout changea lorsque, sous l’impulsion de Colbert, la France devint un concurrent commercial, lorsqu’une guerre de tarifs commença. Tout changea encore plus, tout s’aigrit lorsque, l’armée française marchant à la conquête de la Flandre espagnole, les Hollandais virent qu’ils auraient pour voisin le puissant État français devenu plus redoutable pour eux que l’Espagne lointaine.

L’achèvement de la France, la réalisation du grand dessein national si souvent compromis, si longtemps entravé, repris par Richelieu, demandait pour réussir, et ne pas coûter trop cher, que l’Angleterre au moins restât neutre. Chose difficile : il n’était ni dans ses traditions, ni dans ses intérêts de nous voir avancer en Flandre, du côté d’Ostende et d’Anvers, tandis que notre pavillon grandissait sur mer. Deux circonstances favorables permirent à la politique française d’avoir pendant plusieurs années l’Angleterre dans son jeu. D’abord la rivalité anglo-hollandaise, ensuite la restauration des Stuarts, qui s’était accomplie avec l’appui de la France : la France tenait Charles II, dont le trône était fragile, par l’aide qu’elle lui donnait et par l’inquiétude des « restes de la faction de Cromwell » que Louis XIV, dans ses Mémoires, se vante, avec le réalisme du siècle, d’avoir entretenu en même temps que l’autre parti, celui qui voulait ramener l’Angleterre au catholicisme. Notre situation fut bonne et nos succès faciles aussi longtemps que cette combinaison réussit, que l’Angleterre, affaiblie par ses luttes intérieures, fut dans nos intérêts et méconnut les siens. Les difficultés commencèrent à partir du jour où l’Angleterre et la Hollande se réunirent et où Guillaume d’Orange ayant commencé par renverser la République hollandaise, renversa aussi les Stuarts, prit le trône de son beau-père Jacques II et devint roi d’Angleterre en 1689.

Après cette révolution, la fortune de Louis XIV changea. L’Angleterre deviendra notre principale ennemie, l’âme des coalitions qui s’opposeront au développement de la France sur la mer comme sur le continent. On comprend que Louis XIV se soit intéressé à la cause des Stuarts autant que sa mère et Mazarin avaient été indifférents à la mort de Charles Ier, il ne cherchait qu’à « annuler » l’Angleterre. Cette politique, qui réussit pendant vingt-cinq ans, permit à Louis XIV de poursuivre l’œuvre de Richelieu, d’effacer les plus graves effets, toujours présents, du mariage de Maximilien et de Marie de Bourgogne, et de donner à la France les territoires et la couverture qui, au nord et à l’est, lui manquaient cruellement. Après cela, Louis XIV devra défendre ses conquêtes. On peut dire que son histoire a deux parties distinctes et comme deux versants : avant et après la chute de Jacques II.

Ces brèves explications permettent de suivre plus aisément les cours des guerres, qui eurent l’acquisition de la Flandre pour point de départ, jusqu’à l’affaire de la succession d’Espagne, qui remplit la fin du règne. Si l’on blâme chez Louis XIV le goût des conquêtes, si on lui reproche son ambition, alors il faut trouver les premiers Capétiens ambitieux parce qu’ils ont voulu s’avancer au-delà de Dreux et d’Étampes. Si l’on estime que Louis XIV a voulu aller trop loin, il faudrait dire à quels signes se fussent reconnues les limites auxquelles il devait s’arrêter. L’objet essentiel étant de protéger la France contre les invasions, de lui donner une ceinture solide, il était aussi rationnel d’avoir Mons, Namur et Maëstricht, que les places de l’Escaut et de la Sambre, Valenciennes ou Maubeuge, qui mettent à l’abri la vallée de l’Oise. Ce qu’on appelle les conquêtes de Louis XIV partait d’un plan stratégique et de sécurité nationale. Elles étaient en harmonie avec le système de Vauban et pour ainsi dire dictées par lui. Nous ne nous étonnons plus que des pays de langue flamande soient incorporés à la France. C’est ainsi que nous avons gardé Hazebrouck et Cassel. Il s’agissait, dit Auguste Longnon, de « fermer le plat pays compris entre la mer et la Lys ». L’invasion de 1914, les batailles de Charleroi et de l’Yser nous rendent ces raisons plus sensibles. Le véritable conquérant, c’était donc le technicien Vauban qui désignait les lieux et les lignes d’où la France était plus facile à défendre. C’est par des tâtonnements, des expériences, après des résistances vaincues ou reconnues insurmontables que notre frontière du nord et du nord-est s’est fixée où elle est. Rien ne l’indiquait sur la carte des Pays-Bas espagnols, où ont été mêlées si longtemps nos villes du Nord et les cités belges d’aujourd’hui.

Quand le roi d’Espagne fut mort, les réformes de Colbert avaient porté leur fruit, la France avait des finances saines, une armée, les moyens de sa politique. Le moment était venu de passer à l’action extérieure et l’argument était tout prêt : la dot de Marie-Thérèse n’avait pas été payée. La renonciation subordonnée au paiement de cette dot était donc nulle et Louis XIV revendiqua l’héritage de son beau-père : toute cette procédure avait été réglée d’avance. Du point de vue militaire comme du point de vue diplomatique, l’affaire fut d’ailleurs longuement préparée, puisque, le roi d’Espagne étant mort en 1665, Turenne n’entra en campagne que deux ans plus tard. Elle fut menée ensuite avec une prudence extrême, au point qu’on s’étonna, au-dehors, du « défaut d’audace » des Français. Cependant l’Espagne était incapable de défendre ses provinces excentriques.

En 1667, notre armée entra en Flandre comme elle voulut, puis l’année suivante, en Franche-Comté, mais par une action si mesurée qu’on aurait cru que l’Espagne était encore redoutable. Il faut avouer que cette modération, destinée à n’inquiéter ni la Hollande ni l’Angleterre, ne servit de rien et c’est peut-être ce qui, par la suite, rendit Louis XIV moins ménager de l’opinion européenne. Turenne n’avait même pas osé pousser jusqu’à Bruxelles. Cependant, parce que nous avions pris quelques places flamandes, les Hollandais, jusque-là nos alliés, se crurent perdus et ameutèrent l’Europe contre le roi de France qu’ils accusaient d’aspirer à la « monarchie universelle ». Notre diplomatie, habilement conduite par Hugues de Lionne, prit ses précautions. Le nouveau roi d’Espagne était maladif et débile. Il était probable qu’il ne laisserait pas d’enfants et que son héritage serait revendiqué par les maris de ses deux sœurs, l’une ayant épousé un Bourbon, l’autre un Habsbourg. Si l’empereur Léopold n’était pas pour le moment un compétiteur dangereux, il pouvait le devenir : ainsi la succession d’Espagne était déjà préoccupante. Un traité de partage éventuel fut signé avec Léopold pour prévenir ces difficultés futures et nous assura, sur les possessions espagnoles qui resserraient la France et la tenaient éloignée de ses frontières naturelles, des droits beaucoup plus étendus que les modestes conquêtes de la récente campagne.

Informée de cette transaction, la Hollande offrit alors à Louis XIV un arrangement sur la base des résultats acquis. Il eût donc fallu que Louis XIV, pour conserver l’amitié des Hollandais, abandonnât le traité de partage, se liât les mains pour l’avenir et que la France renonçât à parfaire son territoire. Le sage Lionne lui-même conseilla de ne pas signer un pareil engagement qui détruisait la transaction conclue avec l’empereur et qui n’eût profité qu’à la maison d’Autriche. Alors la Hollande, comme si elle n’avait attendu que ce prétexte, se réconcilia avec l’Angleterre, chercha même à entraîner notre vieille alliée la Suède dans une coalition contre la France.

Sur ces entrefaites, notre armée s’était emparée de la Franche-Comté presque sans coup férir. Louis XIV ne voulut pas aller trop vite et, au grand mécontentement des militaires, préféra ne rien hasarder. L’opposition qu’il avait rencontrée en Europe, cette ébauche de triple alliance hollando-anglo-suédoise à laquelle il ne s’était pas attendu, le rendaient circonspect. Il se hâta en 1668, de signer la paix d’Aix-la-Chapelle avec l’Espagne, à qui il restitua la Franche-Comté, ne gardant que ce qu’il avait pris en Flandre : Lille et Douai n’étaient pas des acquisitions négligeables. Aussitôt Vauban fortifia les places nouvelles, donnant ainsi leur sens à ces conquêtes destinées à mettre la France, sur son côté le plus vulnérable, à l’abri des invasions.

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