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Coutumes et traditions. Dictionnaire de l'Académie française. Commission du Dictionnaire. Neuvième édition. Mots, ajout, suppression, langue française - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Dictionnaire de l’Académie française :
une élaboration lente et minutieuse
(D’après « Lectures pour tous », paru en 1925)
Publié / Mis à jour le mercredi 26 juillet 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Paru pour la première fois en 1694 après 55 années de labeur, le Dictionnaire de l’Académie française, s’adressant à ceux « qui sont quelquefois en peine de la véritable signification des mots et n’en connaissent pas le bel usage », est le fruit d’un travail confié à la Commission du Dictionnaire, d’élimination de mots vieillis, de prise en compte de nouvelles expressions ou de mots que l’usage a laissé perdre. La neuvième édition, dont le premier tome parut en 1992, est en cours d’élaboration.

Ce n’est pas seulement pour les quarante immortels, c’est pour le public tout entier qu’une nouvelle édition du Dictionnaire de l’Académie française est un événement. On sait l’intérêt qu il prend aux questions qui touchent à la pureté de la langue. Aussi sera-t-il curieux d’entrer dans l’intimité du travail auquel se livre l’Académie. En 1694, paraissait chez les Coignart, « imprimeurs ordinaires du Roy », rue Saint-Jacques, la première édition du Dictionnaire de l’Académie.


Première édition du
Dictionnaire de l’Académie française (1694)

Lors de sa fondation, le cardinal de Richelieu avait demandé à l’Académie française de travailler à un dictionnaire de la langue ; dès 1639, la Compagnie s’était mise à l’ouvrage, mais, malgré son zèle, il lui avait fallu cinquante-cinq ans pour achever son entreprise. Dans la préface, elle définissait son œuvre : son dictionnaire s’adressait à tous ceux « qui sont quelquefois en peine de la véritable signification des mots et n’en connaissent pas le bel usage ». Mais une langue, au cours des âges, ne reste pas immuable ; certains termes tombent en désuétude, d’autres naissent à la vie ; enfin le sens des mots qui subsistent ne reste toujours pas le même.

Afin que son Dictionnaire demeurât le miroir fidèle de la langue française, l’Académie fut à mainte reprise obligée de remanier son oeuvre, et d’en publier de nouvelles éditions. Il y en eut quatre au XVIIIe siècle : en 1718, 1740, 1762, 1798, et deux seulement au XIXe siècle : en 1855 et 1878. Cette septième édition marqua un temps de repos. L’Académie française abordait au Dictionnaire historique de la langue – qu’elle n’a d’ailleurs pas continué – et ce fut seulement vers 1895, à l’instigation de son secrétaire perpétuel, Gaston Boissier, qu’elle se remit à élaborer une nouvelle édition.

La préparation du travail est confiée à une commission dite Commission du Dictionnaire. Nous apprenons qu’en 1925, lors de la rédaction de la huitième édition du Dictionnaire (qui sera publié de 1932 à 1935), elle comprend six membres (quatorze aujourd’hui). Cette commission constitue la grande autorité. Elle se réunit alors tous les jeudis à deux heures – soit une heure et demie avant la séance hebdomadaire de l’Académie – dans une petite salle, la salle 6, qui se trouve à l’étage du secrétariat de l’Institut.

Eliminer les mots vieillis et qui ne sont plus usités ; donner droit de cité aux expressions, aux tours de syntaxe nouveaux, introduits dans l’usage depuis la septième édition ; faire état des changements de signification ; bref, enregistrer l’évolution de la langue, les transformations dans la vie des mots de notre vocabulaire, tel est le programme qui s’impose à la Commission. Chacune des modifications qu’elle adopte et quelle propose par la suite à l’Académie tout entière, donne lieu à un examen approfondi, à des enquêtes, à un rapport.

En ce qui concerne les mots à faire disparaître, la Commission s’efforce de ne pas appauvrir le vocabulaire. Lorsque parut, au XVIIe siècle, la première édition, on reprocha à l’Académie d’avoir anémié la langue, si riche, d’Amyot et de Rabelais, de Ronsard et de Montaigne, en renonçant à une foule de mots colorés et expressifs. L’Académie, à l’heure actuelle, a souci de ne pas encourir ce blâme. Il lui arrive même de conserver des termes dont personne ne se sert plus jamais et qui ne sont compris que des érudits, mais que l’on rencontre chez les écrivains du passé. C’est ainsi qu’elle maintint dans la huitième édition le mot frelampier, altération de frère lampier qui signifie : homme de peu et qui n’est bon à rien. En revanche, elle proposa la suppression du mot allemand landwehr (armée territoriale), qui n’était vraiment pas à sa place dans un dictionnaire français.

Parfois la Commission reprend dans le vieux langage français, en particulier chez nos poètes de ta Renaissance, des mots que l’usage avait laissé perdre. Un grand rénovateur des mots déchus, c’est Jean Richepin. L’auteur de la Chanson des gueux et de Miarka, la fille à l’Ourse, adore les mots, tous les mots, ceux qui proviennent du trésor antique, grec ou latin, ceux qui sont nés dans la rue ou au cabaret, et les vieux mots français qui ont des allures de bretteurs et de mousquetaires. Il a fait réintégrer dans le Dictionnaire un de ces vieux mots : interlude et, dans son enthousiasme, il l’a donné pour titre à un volume de vers. « Nous avons, dit-il, prélude, qui signifie mesures musicales, encore hésitantes, qui servent d’introduction à un morceau. (...) Or, en poésie, à côté des grandes œuvres, qui forment un tout, un bloc, il y a de petites œuvres, plus légères, fragmentaires, des esquisses. (...) Je voudrais que l’on me permît de les appeler interludes. » Et Jean Richepin gagna son procès. C’est lui encore qui intervint pour défendre le mot flapi, rejeté par l’Académie, malgré ses titres de noblesse : car ce mot expressif figure dans Brantôme.

Où la tâche de la Commission devient ardue et délicate, c’est à propos du rajeunissement de la langue, et des mots nouveaux à introduire. Aujourd’hui, pour connaître l’usage, il faut entendre ce qui se dit au laboratoire, à l’usine, dans les assemblées publiques, etc., et aussi dans la rue. Dès la fin du XIXe siècle, toutes les manifestations de l’activité politique, scientifique, économique, sociale, eurent pour résultat de jeter les mots nouveaux par centaines, par milliers, dans le vocabulaire. Expositions universelles, expéditions coloniales, développement du machinisme et de la métallurgie, applications de l’électricité, photographie, télégraphe, téléphone, automobilisme, navigation sous-marine, pratique des sports, aérostation, aviation, cinéma, T.S.F. provoquèrent des poussées de nouveaux venus. Comment faire un choix judicieux parmi tous ces mots candidats ?

C’est ici que la Commission montre tout son zèle et son activité, aussi bien que son goût et son sentiment des traditions de la langue. Dès qu’une « candidature » est posée, elle ouvre des enquêtes, se renseigne auprès des membres des autres classes de l’Institut. S’agit-il d’un mot relevant des sciences appliquées, de la mécanique, elle fait appel à l’Académie des sciences. D’un terme de Bourse ou de banque ? Elle sollicite les Sciences morales. Parfois même, si l’homme compétent ne se rencontre pas à l’Institut, elle va le chercher au dehors, parmi les médecins, les officiers ministériels, etc.

Elle est aidée dans sa mission par les communications adressées au secrétaire perpétuel, et émanant de groupements professionnels, d’industriels, d’hommes d’affaires, de techniciens de toute espèce. Ces correspondants, assez nombreux, demandent l’admission de tel ou tel mot. Ainsi les mathématiciens qui, dans les compagnies d’assurances, les banques, établissent les statistiques, les tables de mortalité, et qui se sont nommés eux-mêmes actuaires, n’étaient pas désignés dans la septième édition du Dictionnaire. Ils ont réclamé. On a fait droit à leur requête, et la huitième édition s’enrichit notamment des mots actuaire et actuariat.

Parfois de pressantes sollicitations invitent l’Académie à créer elle-même des mots nouveaux. C’est ainsi qu’il n’existait pas au début du XXe siècle de vocable pour nommer les fabriques de briques. Sans doute on possède briqueterie, mais qui s’applique également aux manufactures de briquettes. Or, briques et briquettes, ce sont des choses très différentes. Aussi a-t-on introduit dans le Dictionnaire le néologisme : briquerie. Parmi les mots admis à cette époque, citons garage, garagiste, grivoiserie, grouse, haut-parleur, haveneau (filet de pêche). Le mot firme, tout d’abord rejeté, fut également remis en discussion vers ce temps.

Si large que soit l’esprit de la Commission – et elle est très libérale –, elle a dû cependant opposer des barrières à l’envahissement des termes techniques modernes. Tous, il faut bien le reconnaître, ne sont pas de bon aloi. Citons celui de wattman, qui désigne celui qui conduit un tramway. Wattman a un air anglais ; or, il est complètement inconnu dans la langue anglaise. Enfin beaucoup de termes techniques appartiennent à l’argot d’atelier. Ils sont nés de la plaisanterie d’un ouvrier loustic. Au moment de la rédaction de la huitième édition, l’Académie ne les écarta pas définitivement, mais les « ajourna ».

A propos d’argot, la Commission se montra alors assez indulgente. Naguère François Coppée et Emile Faguuet se faisaient les truchements de ces termes familiers, nés entre le faubourg et le boulevard, on ne sait jamais bien. Coppée, qui fréquentait « le petit café », entendait autour du billard ou à l’heure de la manille des mots qui l’enchantaient, car il était féru de parler populaire. Faguet, qui vivait au Quartier Latin, entre la rue Monge et le Vachette, intervenait en faveur des termes argotiques dont les étudiants sèment leurs propos. C’est ainsi que furent proposés par la Commission, et admis par l’Académie, chic et épatant.

Les changements de sens des mots donnent lieu à de fréquentes discussions et sont plus nombreux qu’on ne croit ; quelquefois le mot arrive à signifier le contraire de ce qu’il voulait dire autrefois. Mièvre qui, dans le passé, avait le sens de qui a de la vivacité mêlée de quelque malice, veut dire maintenant : qui a de l’afféterie, de la mignardise. Truculent, qui, étymologiquement, signifie cruel, a, depuis les romantiques, le sens de riche, puissant, en parlant de la couleur d’un tableau ou du style d’un écrivain. Coupe sombre, à l’origine, désignait une coupe légère, et coupe claire une forte coupe. Chacun sait que maintenant une coupe sombre est une coupe qui n’épargne pas grand-chose. L’exemple de fruste est des plus curieux. Fruste signifie : effacé par l’usage. Aujourd’hui beaucoup de gens, même d’écrivains, voire d’académiciens, emploient le mot dans le sens justement opposé de mal dégrossi. L’Académie hésite à sanctionner de son autorité cette faute de français.

Neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française
Tome 3 de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française

Le travail de la Commission n’est que préparatoire : il est soumis à l’Académie qui juge en dernier ressort. Souvent l’atmosphère générale montre quelle est l’opinion de l’Assemblée, sans qu’il soit nécessaire de recourir à un scrutin. Mais dans les cas épineux, on vote à mains levées. C’est ce qui eut lieu quand il s’agit d’admettre le mot interview, qui réunit contre lui une forte minorité.

En 1896, quand le tsar et la tsarine vinrent à Paris, ils assistèrent, accompagnés d’une brillante suite, à une séance de l’Académie française, qui « travailla » au Dictionnaire sous leurs yeux. Le duc d’Aumale présidait et le vieux M. Legouvé tenait la place de secrétaire perpétuel. On en était encore à l’A. Le programme avait été soigneusement étudié et... expurgé. On écarta notamment un moi qui appelait un exemple peu convenable. A propos d’aimer, M. Legouvé proposa désaimer, déjà employé par les romantiques et, pour le présenter, tourna un agréable petit discours.

En hiver, l’Académie est très occupée par les attributions de prix, etc. Au cours d’une séance, on n’examine que quelques mots. En été elle a plus de loisirs. Elle les consacre au Dictionnaire, et on abat la besogne. En 1925, l’Académie en était à la lettre N de la huitième édition, en préparation depuis 29 ans. On pouvait alors croire que l’achèvement n’était à envisager que dans un temps très éloigné, lorsque, quelques mois avant sa mort, Frédéric Masson, secrétaire perpétuel, s’avisa qu’il était urgent de précipiter l’allure. Avec sa fougue habituelle, il déclara : « Il faut qu’on s’y mette !... » Et il inaugura une méthode nouvelle de travail.

On avait l’habitude, à la séance plénière de l’Académie, d’examiner de bout en bout l’article consacré à chacun des mots. Désormais il n’en fut plus ainsi ; seuls furent soumis à l’Académie les changements proposés par la Commission. Le résultat de cette méthode, appliquée dès 1923, fut une très notable accélération de la besogne.

Le tome 1 (A à Enzyme) de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie parut en 1992, et le tome 2 (Éocène à Mappemonde) en 2005. La suite est régulièrement publiée sous forme de fascicules au Journal officiel, au fur et à mesure de l’avancement des travaux. 36 fascicules de ce type sont parus, le dernier (prométhéen à quadrivium) datant du 25 mai 2011




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