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Arlequin : valet balourd, poltron et gourmand ? - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Arlequin : valet balourd,
poltron et gourmand ?
Publié / Mis à jour le jeudi 17 mars 2011, par LA RÉDACTION

 
 
 
Arlequin est le nom d’un personnage comique qui, de la scène italienne, s’est naturalisé sur tous les théâtres de l’Europe. Ce personnage, le plus ancien que l’on connaisse, et dont le costume et les habitudes se sont conservés presque sans altération durant plusieurs siècles, descend évidemment de l’antiquité païenne.

On retrouve en lui le caractère des satyres, moins les cornes et les pieds fourchus. Son masque, sa ceinture, son habit collant, qui le faisait paraître presque nu, son allure vive et maligne, son style, ses pointes, ses lazzis, le son de sa voix, tout cela reproduisait une espèce de satyre.

L’arlequin tenait du singe et du chat, comme le satyre ressemblait au bouc : c’était toujours l’homme changé en bête. Chez les païens les satyres jouaient, dit-on, avec les dieux, avec les héros. Notre arlequin figurait grotesquement « après des héros, et se travestissait en héros ridicule. Ce personnage offrait d’autres traces de son antique origine : il rappelait les mimes de la comédie latine, qui finit avec l’empire romain, et des débris de laquelle s’était formée la comédie italienne.

L’habit d’arlequin, étriqué, écourté, composé de petits morceaux de drap triangulaires de diverses couleurs ; ses souliers sans talons, représentaient les mimi centunculo (mimes en guenilles) dont parle Apulée, et les planipede » (les pieds-plats) de Diomède. Sa tête rasée, le petit chapeau qui la couvrait à peine, retraçaient les sanniones rasis capitibus (bouffons à tête rasée) de Vossius. Son masque noir avait remplacé la suie dont les anciens mimes se barbouillaient la figure. Son costume, uniforme en tout temps, en tous lieux, non sujet aux caprices de la mode, parce qu’il n’avait appartenu spécialement à aucun peuple, il pouvait donc être que celui d’un mime latin ; et si, comme le dit Marmontel, un esclave noir a été le premier modèle d’arlequin, c’est parce qu’il a d’abord servi de type au même latin.

Cette opinion, loin de contester la double origine attribuée au mime arlequin, la prouve en la conciliant. Ne sait-on pas, en effet, que les singes ont donné lieu à la fable des satyres, et que les peuples noirs de l’Afrique, longtemps confondus avec les singes, sont encore aujourd’hui regardés comme une race de brutes par les classes ignobles et par les hommes imbus de préjugés mercantiles ?

Il n’est pas aussi facile d’expliquer l’étymologie du nom d’Arlequin que l’origine du personnage. On a prétendu que dans une troupe de comédiens italiens venus en France, vers 1560, se trouvait un jeune acteur, qui, parce qu’il était admis dans une maison du président de Harlay, fut appelé par ses camarades Harlecchino (le petit Harlay), suivant l’usage des Italiens, qui donnent aux valets le nom de leurs maîtres, et aux clients celui de leurs patrons. Mais est-il probable qu’à cette époque, où les préjugés religieux étaient si puissants, l’austère gravité d’Achille de Harlay ait pu déroger jusqu’à faire d’un comédien la société d’un magistrat ? L’appellation d’arlequin d’ailleurs était déjà connue. On la trouve dans une lettre de Raulin, imprimée en 1521, et dans d’autres écrits antérieurs au règne de Henri III.

Jean-Antoine Watteau - Empereur dans la lune
Jean-Antoine Watteau - Empereur dans la lune

Le nom de zanni, que les Italiens ont donné à l’arlequin et au scapin, dérive bien évidemment des mots latins sannio, sanniones (railleurs, bouffons), déjà cités, et de sannae (railleries). Micali, dans son Histoire d’Italie avant la domination romaine, fait même descendre les zanni du macco et du bucco, qui figurent dans les fables atellanes des Étrusques. Mais, sans leur attribuer une origine aussi ancienne, peut-on méconnaître l’arlequin dans le sannio de Cicéron, lequel, de la bouche, du visage, des gestes, de la voix et des mouvements du corps, excitait le rire ?

Le caractère de ce personnage est donc celui du mime latin. Si Arlequin affecte plus particulièrement le patois de Bergame, comme Pantalon celui de Venise, comme Scapin celui de Naples, ce n’est plus seulement en vue d’un accent plus comique, mais en opposition à la populace de Bergame, qui, dit-on, se composait généralement de fripons et de sots ; car la comédie italienne s’est plutôt attachée à jouer les ridicules nationaux que les ridicules personnels.

Rien de plus varié, rien de plus plaisant au théâtre que le personnage d’Arlequin : les Italiens n’en avaient fait d’abord qu’un valet balourd, poltron et gourmand : tel est encore le Hans-Wurst de la comédie allemande ; mais le cercle de son domaine s’agrandit bientôt considérablement en France : il devint un mélange d’ignorance, d’esprit et de naïveté, de ruse et de bêtise, de grâce et de bouffonnerie ; c’était un homme ébauché, un grand enfant qui avait des lueurs d’intelligence et de raison, qui s’affligeait et se consolait pour une bagatelle, qui amusait par ses méprises et sa maladresse, qui faisait rire par sa douleur comme par sa joie. Arlequin fut sur la scène ce que les bouffons étaient à la cour des rois, disant plaisamment de piquantes vérités et humiliant l’orgueil des grands ; il fit pour le théâtre ce que Lucien et Swift avaient fait dans leurs écrits. Comme eux il saisit et stigmatisa les ridicules. Le vrai modèle du personnage d’Arlequin, c’était la gentillesse et l’agilité d’un jeune chat, sous une écorce de grossièreté plaisante.

Parmi les arlequins célèbres, nous citerons Cechini, dit Frattelino, qui fut anobli par l’empereur Mathias, et écrivit un traité sur la comédie ; Zaccagnino et Trufaldino, qui fermèrent la porte aux bons arlequins en Italie, vers 1680 ; et en France, Locatelli, Dominique Biancolelli, appelé de Vienne à Paris par le cardinal Mazarin ; Gherardi, qui publia un Recueil de pièces du théâtre italien ; un autre Biancolelli, fils du célèbre Dominique ; le Bicheur, qui était, en même temps, peintre ; Vizentini, dit Thomassin ; Bertinazzi, dit Carlin, ancien maître d’armes, le plus parfait des arlequins ; Coraly ; Marignan ; Dancourt, auteur de quelques pièces de théâtre, ami de Favart, et qui mourut aux Incurables ; Lazzari ; Laporte, du Vaudeville ; Foignet, qui était en même temps compositeur dramatique. Deux hommes qui se sont fait un nom dans les lettres, Florian et Coupigny, jouèrent quelquefois ce rôle en amateurs. Presque tous ces noms auront des articles dans notre ouvrage.

Arlequin ne figure plus en France, pas même dans les mascarades politiques. Son règne est passé, comme celui de tant d’autres. Son costume exige trop d’esprit et de grâce pour qu’un homme judicieux ose l’endosser dans la haute société sans craindre de s’exposer au ridicule.

Le nom d’arlequin s’emploie proverbialement, et devient alors synonyme de Protée. On dit d’un homme qui prend toutes les formes, tous les masques, pour amuser ou pour tromper : C’est un arlequin. De ce nom est venu le mot arlequinade.

 
 

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