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21 janvier 1795 : conquête de la Hollande par Pichegru - Histoire de France et Patrimoine


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21 janvier 1795 : conquête de la Hollande par Pichegru
Publié / Mis à jour le dimanche 22 novembre 2009, par LA RÉDACTION

 

La prise de Nimègue semblait avoir terminé la campagne de 1794. L’année française avait besoin de repos ; manquant des objets d’habillement les plus nécessaires, épuisée par les combats, les marches et les maladies, il fallait songer à lui donner des cantonnements où elle pût se refaire pendant l’hiver ; Pichegru, malade comme la plupart de ses soldats, était allé à Bruxelles. Le gouvernement français sentait toute l’importance de la conquête de la Hollande, qui devait lui assurer la navigation de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin, enlever à l’Angleterre un de ses alliés les plus utiles, et ouvrir d’immenses ressources à nos armées et à notre commerce ; mais comment triompher des obstacles qui semblaient rendre cette entreprise inexécutable ? comment conquérir un pays défendu, non-seulement par l’armée nationale, mais encore par une armée auxiliaire, hérissé de places fortes parmi lesquelles il en était de réputées imprenables, traversé par de grands fleuves, coupé à chaque pas par des canaux et par des digues qui sont autant de redoutes, placé enfin au-dessous du niveau de l’Océan qui peut, au premier signal des habitants, engloutir le pays et l’armée qui serait venue l’occuper ? Le » Hollandais avaient donné sous Louis XIV l’exemple de cet héroïsme ; mais rien n’annonçait à la fin de 1794 qu’ils fussent disposés à le renouveler, et la connaissance de leurs dispositions pouvait, jusqu’à un certain point, atténuer aux yeux du gouvernement français les difficultés de l’entreprise. Les Hollandais n’avaient perdu ni le souvenir de la révolution de 1787 si malheureusement étouffée, ni l’esprit d’indépendance et de liberté qui les y avait poussés ; la présence des Français sur leur frontière avait donné une nouvelle énergie à ces sentiments. Ils reprochaient à la puissance stathoudérienne d’avoir détruit les libertés du pays, d’avoir sacrifié la Hollande à l’Angleterre, en l’entraînant dans une alliance contraire à ses intérêts, enfin d’avoir persécuté ou proscrit les meilleurs citoyens. Presque tous ces proscrits étaient en France, et pressaient le comité de salut public de faire passer le Vahal à l’armée française ; l’un d’eux, le général Daendels, militaire intrépide, obtint qu’on tentât une attaqne contre l’île de Bomuiel. Cette attaque, faite contre l’avis de Régnier et de Moreau qui commandaient l’armée en l’absence de Pichegru, ne réussit pas. Après cet essai infructueux, on fit entrer l’armée dans ses quartiers d’hiver (c’était vers le commencement de décembre), et on établit une partie des cantonnements autour de Bréda, place qui, ainsi que Grave, ne s’était pas encore rendue. C’est dans cette position qu’on paraissait devoir passer le reste de l’hiver, quand tout-à-coup la rigueur toujours croissante du froid fit espérer que les grands fleuves pourraient être bientôt gelés au point de livrer un passage facile à nos troupes. Pichegru accourut aussitôt de Bruxelles pour être prêt à profiter de l’occasion. Le a3 décembre, la Meuse fut entièrement gelée ; le Vahal charriait et menaçait d’emporter les ponts. Le général Valmoden, à qui le duc d’York en partant pour l’Angleterre avait laissé le commandement de l’armée anglaise, voyait son front découvert et sa retraite compromise ; sans attendre le choc des Français, il se hâta de se retirer sur Deventher. Pichegru fit ses dispositions pour passer la Meuse sur trois points, et pour s’emparer de l’île de Bommel, tandis qu’une attaque vigoureuse serait faite sur les lignes qui entouraient Bréda.

Les soldats français quittèrent leurs cantonnements sans souliers, presque sans vêtemens, mais pleins d’ardeur. Le 28 décembre, ils franchirent la glace avec leur artillerie, se présentèrent devant Crèvecœur, Empel et le fort Saint-André, surprirent les Hollandais et les mirent dans une déroute complète : il faisait un froid de dix-sep degrés. Tandis qu’ils s’emparaient de l’île de Bommel, les lignes de Bréda étaient emportées. Les Hollandais se retirèrent en désordre sur Gorcum, quartier-général du prince d’Orange, et sur Thiel ; tel était leur effroi qu’ils ne songèrent pas à défendre les passages du Vahal, qui n’était pas entièrement gelé. Pichegru en profita pour passer ce fleuve sur plusieurs points ; mais il ne crut pas devoir se hasarder plus loin, la glace n’étant pas assez forte pour porter son artillerie. Le prince d’Orange comprit alors toute la gravité de sa position ; ses troupes étaient découragées, les Anglais étaient en retraite ; le parti républicain, bien supérieur au parti Orangiste, devenait menaçant ; des comités révolutionnaires étaient organisés et se réunissaient secrètement ; les ennemis du stathoudérat étaient prêts à se soulever au premier signal ; déjà les états de la province de Frise avaient déclaré qu’ils se séparaient de ce gouvernement ; les bourgeois d’Amsterdam manifestaient la résolution de s’opposer à ce qu’on perçât les digues, et même à ce qu’on fît aucuns préparatifs de défense. Le stathouder, environné de tant de danger, n’avait guère d’autre ressource que celle des négociations ; il n’hésita point à y recourir ; il fit demander une trêve à Pichegru, et offrit de traiter de la paix en prenant pour base la neutralité de la Hollande, et le paiement d’une indemnité à la France pour les frais de la guerre. Pichegru et les représentons qui l’accompagnaient refusèrent la trêve, et transmirent au Comité de salut public les propositions de paix. Des propositions semblables venaient d’être faites par l’Espagne ; la Prusse paraissait également disposée à entrer en arrangement : on était en pourparlers avec les chefs vendéens. Dans ces conjonctures favorables le Comité de salut public refusa de traiter avec un pays dont la conquête était assurée ; il lui parut plus beau, plus utile à la France, plus imposant pour l’Europe d’abattre la puissance stathoudérienne et de relever la république hollandaise. Pichegru reçut donc l’ordre de poursuivre sa marche victorieuse ; il avait établi son armée le long du Vahal, et attendait que le fleuve fût gelé. Valmoden, voyant nos troupes disséminées, commença un mouvement offensif ; mais n’étant pas soutenu par le prince d’Orange, qui s’obstinait à rester à Gorcum dans la crainte de découvrir Amsterdam, il dut renoncer à toute entreprise, et se placer sur sa ligne de retraite. Pendant que l’armée de Pichegru se trouvait ainsi condamnée à une inaction forcée, la place de Grave fut prise après une longue et glorieuse défense ; enfin, le 8 janvier, le Vahal fut solidement gelé ; les Français le franchirent vers Bommel et vers Thiel, et le 10 la droite de l’armée le passa au-dessus de Nhnègue. Valmoden, n’osant risquer une bataille, se retira sur l’Yssel, d’où il était à même de gagner le Hanovre ; il abandonnait ainsi aux Français les provinces d’Utrecht et de la Gueldre. Le prince d’Orange restait à Gorcum ; la voie des négociations ne lui avait pas réussi ; il ne pouvait plus tenter le sort des armes, puisqu’il avait laissé échapper l’occasion de le faire avec quelque chance de succès, en s’abstenant de seconder le mouvement offensif de Valmoden ; il ne lui restait plus qu’à se retirer : il s’y décida sans beaucoup d’hésitation. Il quitta son armée, se présenta aux Etats réunis à la Haye, leur déclara qu’il n’était plus en son pouvoir de défendre le pays, les engagea à se soumettre aux vainqueurs, puis s’embarqua pour l’Angleterre. Avec lui disparaissait le stathoudérat, pouvoir impopulaire qui ne s’appuyant pas sur la nation ne put résister au premier souffle de l’adversité.

Les Etats se conformèrent avec empressement au vœu du prince d’Orange : ils décidèrent qu’on ne résisterait plus aux Français, et qu’on leur livrerait les places qu’ils jugeraient nécessaires à leur sûreté. Utrecht et Arnheim furent occupées le 17 janvier. Partout les comités secrets s’emparaient de l’autorité, et nommaient de nouveaux magistrats. A Amsterdam, l’approche des Français avait exalté les têtes : ; la bourgeoisie voulait chasser la garnison, et déposer la régence ; elle demandait qu’on lui rendit ses armes, et montrait une vive irritation contre les Orangistes. Pichegru envoya un de ses aides-de-camp aux autorités municipales, pour les engager à maintenir l’ordre et le calme ; le 20 janvier il fit sou entrée dans Amsterdam, accompagné des représentaus du peuple, aux acclamations des habitans ; au même moment les Orangistes s’embarquaient, abandonnant leur patrie, subissant à leur tour la proscription dont ils avaient frappé les patriotes ; avec eux s’éloignaient les émigrés français, fuyant devant les drapeaux de la république.,

Gertruydemberg, Dordrecht, où l’on trouva des approvisionnements de guerre considérables, La Haye, où siégeaient les Etats, furent occupés le même jour. Une circonstance sans exemple rehaussa encore l’éclat de cette conquête. Une partie de la flotte hollandaise était prise dans les glaces près du Texel ; la cavalerie et l’artillerie légère traversèrent au galop le Zuiderzée, et investirent les vaisseaux, qui se rendirent à leur sommation.

La province de la Zélande fut la seule qui, se prévalant de sa situation inaccessible, voulut obtenir une capitulation, et faire des conditions aux vainqueurs ; ces conditions furent en partie acceptées, en partie soumises à la décision du Comité de salut public ; en attendant les Français entrèrent dans la province, et s’emparèrent des escadres qui auraient pu être livrées aux Anglais ; en même temps la gauche de l’armée passait l’Yssel, et rejetait les Anglais derrière l’Ems. Ainsi se trouva complétée l’occupation de la Hollande.

Partout les Français furent reçus à bras ouverts. La rapidité de cette campagne, leur intrépidité, leur constance à supporter les privations, leur valeur infatigable, leur discipline exaltaient jusqu’à l’enthousiasme l’admiration des Hollandais. On apportait sur leur passage des rafraîchissements, des vivres, des habits : soldats de la liberté, ils étaient regardés comme des libérateurs par des hommes qui voulaient être libres. Heureux si le gouvernement français avait compris combien il lui importait d’entretenir ces sentiments d’une nation loyale et confiante ! — Gh.

 
 

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