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7 février 1693 : mort de Paul Pellisson

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7 février 1693 : mort de Paul Pellisson
Publié / Mis à jour le vendredi 26 février 2010, par LA RÉDACTION
 

Paul Pellisson Fontanier naquit en 1624 à Béziers, d’une famille de magistrature, originaire de Castres. Il était jeune lorsqu’il perdit son père. Après d’assez bonnes études dans différents collèges de la Gascogne, il se livra à celle du droit. Au bout de quelques mois, il se crut assez fort pour composer et publier une paraphrase des Institutes de Justinien, et la fit imprimer à Paris en 1645. Il suivait avec succès le barreau de Castres, lorsqu’il fut atteint de la petite vérole qui le défigura entièrement. Sa laideur obtint dans la suite de la célébrité ; mademoiselle Scudéry, son amie, lui disait qu’il abusait de la permission qu’ont les hommes d’être laids.,

Bien résolu de se faire, à tout prix, une réputation et une fortune, il quitta Castres pour venir habiter Paris ; y végéta pendant plusieurs années, composa quelques ouvrages galants, s’insinua dans des sociétés d’hommes et de femmes célèbres. Il porta ses vues jusqu’à l’Académie française, et pour parvenir à y être admis, il composa l’histoire de cette académie. Ce moyen lui réussit ; Pellisson ne tarda pas à faire partie de ses membres : ce premier succès en amena d’autres.

Il existait alors un ministre, surintendant des finances, homme doué de plus d’ambition que de jugement et de probité, dont le luxe excessif surpassait celui des princes et du roi ; qui,aux dépens du trésor royal, achetait, parmi les seigneurs et dames de la cour, des partisans, des maîtresses, des agents et des espions (voici ce que je trouve dans un article composé par un contemporain sur ce ministre : « On était son pensionnaire sitôt qu’on voulait être son espion, et la honte de ce métier n’avait pas rebuté les plus grands seigneurs de la cour d’être à ses gages. Les gens qui achetaient de grandes charges ou des gouvernements disposaient de sa bourse, pourvu qu’ils voulussent prendre des liaisons avec lui »). C’est à ce ministre déprédateur autant que corrupteur, que Pellisson désira s’attacher. Il parvint à devenir premier commis de Nicolas Fouquet, puis complice de ses déprédations, et confident de ses secrets les plus coupables.

Placé à la source des richesses, Pellisson, qui n’en possédait guère, y puisa abondamment. Il eut bientôt après vingts-cinq mille livres de rente ; il put acheter une charge de secrétaire du roi, et, en 1660, il obtint des lettres de conseiller d’état ; enfin, de protégé qu’il était, il devint protecteur. Mais sa protection ne fut point corruptrice comme celle de son maître, et, dans une circonstance connue, il exerça un acte de bienfaisance dont le mérite fut rehaussé par les formes délicates dont il eut soin de l’envelopper. Le savant Lefebvre, professeur à l’académie de Saumur, père et instituteur de la célèbre madame Dacier, recevait des émoluments trop faibles pour sa subsistance et celle clé sa famille. Pellisson lui lit obtenir l’exemption de la contribution nommée la taille ; de plus il lui donna, sur ses propres deniers, une pension de cent écus par an, et chargea l’érudit Ménage de la lui faire parvenir, avec recommandation expresse de lui laisser ignorer à quelle main il la devait. Dans cette esquisse de la vie et des mœurs de Pellisson, il nous serait doux de réunir plusieurs actions aussi honorables ; mais son ambition et son aveugle dévouement pour le pouvoir lui firent commettre bien des fautes difficiles à excuser.

L’état de prospérité dont il jouissait fut peu durable ; en 1661, Fouquet fut arrêté à Nantes par ordre de Louis XIV, emprisonné et livré à une commission. Pellisson, son premier commis, et qui connaissait tous les secrets de ce ministre, fut entraîné dans sa chute et enfermé à la Bastille, où il gémit pendant quatre années.

Parmi les hommes et les femmes de la cour, la nouvelle de ces arrestations causa une vive sensation, excita des regrets et des craintes. Tous regrettaient leurs pensions et celui qui les payait ; tous craignaient que la liste des pensionnaires ne fût découverte, et qu’en cette qualité ils n’éprouvassent des disgrâces et des persécutions.

Pellisson, à la Bastille, n’était pas moins inquiet. On savait qu’il possédait la confiance et tous les secrets du ministre accusé. Pour lui arracher des révélations, on plaça dans sa prison un homme qui, sous un extérieur grossier, cachait beaucoup de finesse ; Pellisson, plus fin que lui, découvrit la nature-dé son emploi, se l’attacha et le fit servir à porter sa correspondance. Il composa trois mémoires en faveur de Fouquet ; ces mémoires ont été considérés comme des chefs-d’œuvre d’éloquence et de logique.

Pendant que les commissaires chargés dé juger Fouquet continuaient leur procédure, Pellisson sentit qu’il était extrêmement important, pour la défense de cet accusé, de lui apprendre que certains papiers, qui auraient pu le faire condamner, avaient été brûlés. Voici le moyen subtil qu’il employa pour l’en instruire. Etant confronté avec Fouquet, il prit, devant lui, le ton et le langage d’un dénonciateur, et lui imputa plusieurs griefs. Fouquet se croyant trahi, baissa les yeux et parut confondu. Vous ne vous montreriez pas si hardi, monsieur, dit Pellisson en élevant la voix, si vous ne saviez pas que vos papiers ont été brûlés. Ces mots furent un trait de lumière pour Fouquet, et le rassurèrent.

Cette scène dramatique, dont les juges ne furent pas dupes, prouva que Fouquet avait eu des papiers secrets contraires aux intérêts du gouvernement, ce qui est un crime ; prouva que Pellisson, de connivence avec lui était son complice. Aussi on ordonna que ce dernier serait plus que jamais surveillé et resserré dans sa prison. Alors il composa une pièce de vers, intitulée Requête à la postérité, dans laquelle il s’exprime ainsi :

Paul Pellisson, dans une prison noire,
Manquant de tout, même d’une écritoire,
Comme il le peut, en son entendement,
Vous fait sa plainte, et remontre humblement
Qu’il a procès contre un roi magnanime,
Qui fut toujours l’objet de son estime

Cet échantillon prouve sa triste situation et la nature de son talent poétique. Cette pièce se termine par des plaintes et même par des imprécations contre Louis XIV, amenées avec assez d’adresse pour en faire ressortir de nombreux éloges en faveur de ce monarque. Pellisson fut constamment prodigue de flatteries.

Pendant sa prison, Ménage fit son épitaphe ; Lefebvre lui dédia sa traduction de Lucrèce et celle du Traité de la superstition de Plutarque. Il avait beaucoup d’amis ; ils se réunirent pour solliciter sa liberté, et, en 1665, parvinrent à l’obtenir.

Devenu libre, Pellisson .célébra sa sortie de la Bastille par une fête qu’il renouvela chaque année ; il s’appliqua surtout à faire une cour assidue à Louis XIV, en obtint des places, des pensions et le titre de son historiographe. Ce roi, pour le rendre témoin de ses conquêtes, voulut qu’il l’accompagnât dans sa première expédition en Franche-Comté.

Les Jésuites alors s’étaient emparés de l’esprit de Louis XIV, et abusaient cruellement de l’entière ignorance de ce roi en matière religieuse ; ils le décidèrent à entreprendre l’abolition du protestantisme en France. Deux projets furent présentés au roi ; l’un doux et tendant à ramener les dissidents par la persuasion ; l’autre violent et tyrannique : ce fut ce dernier que les Jésuites lui firent adopter. Je ne décrirai pas ici les persécution s que Louis XIV exerça contre plus de deux millions de Français qu’il devait protéger ; elles présentaient une continuité d’attentats bien calculés, et dont la gravité allait toujours croissant.

Pellisson était protestant ; quel parti prendra-t-il ? S’il persiste dans la religion de ses pères, il n’a que des disgrâces et des malheurs à éprouver ; si, au contraire, il abjure cette religion, des récompenses, des faveurs et la bienveillance du roi l’attendent. Entre ces deux partis un courtisan ne balance point ; en 1670, Pellisson fit son abjuration.

Si cet acte eût eu lieu dans toute autre circonstance, ont eût pu croire qu’il était le résultat de la conviction ; mais une abjuration faite dans un temps où le roi les ordonnait impérieusement et avec menaces, paraît suspecte ; et quand on connaît le caractère obséquieux de Pellisson, on peut croire qu’en abjurant, il obéit à un ordre ou céda même à un simple désir exprimé par le roi.

Quoi qu’il en soif, Pellisson fut amplement récompensé de sa conversion : Louis XIV lui fit don de deux riches bénéfices, de l’abbaye de Saint-Gimont et du prieuré de Saint-Orens. Pour jouir de leurs revenus, il lui fallut entrer dans les ordres et recevoir le sous-diaconat ; il se prêtait à tout ; il payait les solides bienfaits du roi en vaines flatteries. Il prononça, dans une séance de l’Académie française, un éloge outré de Louis XIV, que l’on traduisit en plusieurs langues. Il alla plus loin, il fonda un prix de trois cents livres qui, au jugement de l’Académie, serait accordé à l’écrivain qui aurait le plus pompeusement célébré en vers les actions de ce monarque. L’exemple de Pellisson trouva des imitateurs ; il n’eut que trop de rivaux dans son aveugle idolâtrie pour Louis XIV.

Pendant qu’en 1672 et 1678 Pellisson suivait le roi dans ses guerres, on lui vola, dans sa tente, une somme de cinq cents pistoles ; le roi en fui, instruit et lui renvoya pareille somme le lendemain. Cependant la fortune qui paraît la plus solidement établie, a ses revers. Pellisson l’éprouva. Il avait fait perdre un procès à madame de Montespan, maîtresse de Louis XIV ; elle s’en vengea en décidant le roi à lui : retirer sa charge d’historiographe, pour la confier à Boileau et à Racine. Certainement-ces deux écrivains avaient des talents bien supérieurs à ceux de Pellisson ; mais des poètes, alors toujours louangeurs lorsqu’ils n’étaient pas satiriques, pouvaient-ils, en présence du maître, manier impartialement le burin de l’histoire ?

Louis XIV dédommagea bientôt Pellisson de cette petite disgrâce, il lui ordonna de continuer la composition de son histoire, puis lui confia l’économat de plusieurs riches abbayes : en 1674 de celle de Cluny, en 1676 de celle de Saint-Germain-des-Prés, et en 1679 de celle de Saint-Denis.

Pour plaire à Louis XIV, il avait abjuré sa religion, ce fut pour lui plaire encore, « et pour mériter de plus en plus ses faveurs, qu’il eut la lâcheté de consentir à être l’instrument de persécution que les Jésuites, Louis XIV et madame de Maintenon dirigeaient contre ses anciens coreligionnaires ; il se montra complice très-actif des actes de corruption et de violence qui souillèrent pour jamais la mémoire de Louis XIV. Ce roi, aveuglé par ses confesseurs jésuites, fit une guerre sourde et atroce à ses propres sujets, guerre qui n’avait pour motif que leurs opinions religieuses. Pellisson fut chargé de consacrer d’abord un tiers du revenu des économats à corrompre les protestants pauvres. Ce moyen de conversion, tout immoral qu’il est, fut suivi de moyens bien plus immoraux encore : on brisa les liens les plus chers des familles, on outragea, par ordonnance, les droits les plus sacrés de la nature, et Pellisson partagea l’infamie de cette persécution.

Chaque année on augmentait les revenus des économats destinés à la séduction, et Pellisson fut chargé de les répartir. Sa gestion ne fut pas exempte de reproches. Dans les éclaircissements historiques sur les causes de la révocation de l’édit de Nantes, on lit (tome Ier, p. 144) qu’après sa mort on trouva ses comptes tellement en désordre, qu’on pouvait suspecter la fidélité de sa gestion. On vantait hautement son éloquence dorée, qui fit des parjures et des malheureux.

Pour justifier son changement de religion et ses persécutions contre ses anciens coreligionnaires, il s’occupa de controverse ; il composait un livre pour réfuter l’opinion des Calvinistes sur l’eucharistie, lorsqu’il fut atteint de sa dernière maladie, et mourut à Versailles le 7 février 1698.

Pellisson, faible de caractère, avait une ambition forte ; il paraissait animé par le pressant besoin de s’attacher aux hommes du pouvoir, d’avoir une idole à encenser, afin de recueillir les avantages résultant ordinairement de ce manège : ses actions prouvent que c’était là l’unique but de sa conduite. Il ne repoussa aucun des moyens coupables qui pouvaient l’y faire parvenir.

Pendant sa prison, il écrivit une pièce de vers dans laquelle il consent à ce qu’on dise de lui qu’il fut un sot et non pas un méchant. Certainement il n’était pas un sot et la qualification de méchant n’était pas non plus celle qui lui convenait. Mais lorsqu’on est faible, sans principe de moralité, on devient ce que veulent ceux qui nous entourent, ce que veulent ceux qui nous dominent. Si l’on ne peut lui faire un reproche d’avoir abandonné la religion de ses pères, quoiqu’il soit probable qu’en cette affaire il ait moins agi par conviction que par le désir de plaire au roi, on ne lui pardonnera pas d’avoir puissamment concouru à la persécution de ses anciens frères en religion.

Pellisson composa plusieurs ouvrages, des panégyriques auxquels il donna le titre d’histoires, des poésies galantes, des livres de controverse, ouvrages déjà oubliés.

Si Pellisson mit beaucoup de désordre .dans sa comptabilité relative aux revenus des économats, il en laissa aussi beaucoup dans ses propres affaires ; il mourut fort endetté.

Ou doit s’étonner de ce que Pellisson, malgré la faiblesse de ses talents littéraires et sa conduite souvent peu honorable et toujours servile, ait obtenu, parmi les gens de lettres et les gens de cour ses contemporains, une sorte de réputation et une estime assez générale ; l’intérêt que les pensionnaires de Foucquet portaient à ce ministre s’étendit jusqu’à Pellisson ; il devint riche et protecteur ; il devint le favori de Louis XIV. Du reste, le goût n’avait pas encore atteint toute sa pureté et la probité n’était pas la vertu dominante ; la réputation dont jouissait Pellisson fut le tort de son siècle.

 
 
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