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2 février 1826 : mort de Louis-Antoine-François Marchangy

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2 février 1826 : mort de
Louis-Antoine-François Marchangy
Publié / Mis à jour le jeudi 18 février 2010, par LA RÉDACTION
 

Si Marchangy s’était borné à reproduire les mœurs et les traditions de la vieille France dans un style quelquefois séduisant, mais plus souvent encore emphatique et de mauvais goût, nous n’aurions à lui opposer que les vrais principes de la critique littéraire. Mais du haut d’un tribunal où sa mission était de répandre les lumières de la vérité, de servir d’interprète à la justice, de parler comme elle avec calme et sans passion, il a calomnié la France nouvelle, poursuivi toutes ses gloires, effrayé jusqu’à l’innocence même : c’est au nom de la morale et de l’humanité que ses contemporains l’accusent.

Marchangy devait tout au régime dont il devint plus tard l’ardent ennemi. Né en 1782 de parents obscurs, dans une petite ville du Nivernois ; élevé au collège de Louis-le-Grand, alors le Prytanée français, il reçut du sage et bon M. Castel des leçons dont il n’a point assez profité. Au sortir de ses études, le jeune boursier du Directoire entra chez un avoué. La protection de Treilhard le fit admettre dès l’âge de vingt-deux ans dans la magistrature : à cette époque le mérite seul, et non comme aujourd’hui le népotisme judiciaire, en ouvrait les avenues. Après avoir exercé à Paris pendant quatre années les fonctions de juge suppléant, il fut appelé à celles de substitut du procureur impérial.

Plusieurs causes célèbres, plusieurs questions intéressantes lui fournirent l’occasion de se signaler ; et il est juste de reconnaître que le nouveau magistrat se distinguait de ses collègues par l’étendue de ses études littéraires et par la richesse d’une imagination qui n’avait besoin que de réprimer son luxe.

Tant que dura la puissance impériale, le dévouement, l’enthousiasme de Marchangy pour l’homme extraordinaire qui dominait l’Europe ne furent pas équivoques. Il resta fidèle à ses admirations jusqu’en 1815 : le second retour des Bourbons changea ses idées : l’espoir d’un plus haut avenir lui apparut sans doute, et, pour l’atteindre, rien ne rebuta son zèle, ni l’apologie publique des lois d’exceptions les plus révoltantes, ni l’application judaïque de leurs textes les plus rigoureux. C’est dans les réquisitoires de Marchangy que le fameux système interprétatif prit naissance : funeste souvenir pour la réputation d’un magistrat !

Les premières années de la restauration n’épuisèrent pas son effervescence. Révolutionnaire en sens inverse, Marchangy rappelait dans le temple de la justice l’emportement et l’exagération des sectaires. On le retrouve encore, en 1822, dans l’affaire des sociétés secrètes, plus violent, plus opiniâtre, plus attaché à sa proie qu’en 1816 : un mot, un mot terrible lui échappe ! il ose interdire à l’un des jeunes accusés jusqu’à l’espérance de sauver sa tête ; et cette parole, rapprochée de la sanglante issue du procès, garde dans toutes les mémoires le caractère d’une prédiction sinistre.

Quel fut le prix de tant de services, de sacrifices peut-être ? Marchangy passa du tribunal de première instance à la Cour royale, puis à la Cour de cassation en qualité d’avocat général ; mais il regarda cette dernière nomination comme une disgrâce : on sait que, dès lors, il aspirait à la place de garde des sceaux. Le ministère s’effraya d’une ambition qui, trop impatiente pour se contraindre, s’appuyait encore sur une brigue ardente et cachée. M. de Peyronnet trembla pour son porte-feuille, et ne négligea aucun moyen d’écarter un tel compétiteur. Il y eut guerre déclarée entre le possesseur de la place et l’aspirant.

Au commencement de 1828, le grand collège du département du Nord élut Marchangy pour son député : mais la possession annale lui manquait, et il se vit exclu de la Chambre, après avoir plaide sa cause lui-même. Nommé une seconde fois, et réunissant alors toutes les conditions requises, la Chambre fut dissoute avant son admission. Nommé une troisième fois, il avait cessé de payer le cens, et n’était plus éligible : les renseignements qui servirent à prouver ce défaut de titres partirent du ministère : Marchangy vint encore se défendre à la tribune, et fut encore condamné.

Le chagrin de toutes ses fausses démarches, la défaveur qu’il venait d’attacher lui-même à sa personne, le sentiment de la haine qu’on lui portait, des réflexions amères et fréquentes sur l’ingratitude d’un parti qui, en acceptant les services d’un plébéien, les tient presque à offense, empoisonnèrent les derniers jours de Marchangy : victime prématurée de l’ambition, il est mort à l’âge de quarante-trois ans.

Marchangy avait publié successivement un poème du Bonheur, dont l’heureuse obscurité épargna long-temps à son auteur le succès d’un ridicule ineffaçable ; la Gaule poétique, et Tristan le Voyageur : ces derniers ouvrages méritent seuls de nous occuper. Sans doute le critique n’aperçoit dans aucun des deux l’empreinte d’une pensée originale et primitive. La Gaule poétique, évidemment inspirée par le Génie du Christianisme, reste à une distance infinie de ce livre, dont une moitié a été dictée par la raison et par le goût, tandis que l’autre semble être le fruit d’une folie sérieuse. L’auteur a voulu faire pour l’histoire de France ce que M. de Chateaubriand avait fait pour la religion : malheureusement il n’avait de son modèle que les défauts, qu’il a exagérés jusqu’à la caricature.

Tristan le Voyageur est une contre-épreuve moins servile du Voyage d’Anacharsis. On y trouve une grande variété de recherches et de tableaux, de la vérité dans les détails et de la magie dans le style. La France du quatorzième siècle est représentée fidèlement, quant à sa partie matérielle ; malheureusement sa partie morale est sans cesse défigurée et méconnue. Enthousiaste du moyen âge jusqu’au fanatisme, partisan de la féodalité jusqu’au délire, l’auteur voyait l’âge d’or dans les époques les plus sauvages de nos annales : c’était là qu’il rêvait le beau idéal de la civilisation. Préoccupé de cette étrange illusion, elle se reproduit à chaque instant sous sa plume : soit qu’il cherche à la transformer en réalité, comme logicien ou comme poète, ses arguments ne sont pas moins faux que ses couleurs.

Doué d’une activité prodigieuse, d’une infatigable passion pour le travail, qui n’excluait pas le goût du plaisir et du monde ; emporté par une imagination ardente et déréglée, Marchangy avait l’esprit vif, mais il n’avait pas l’esprit juste. Avec les brillantes facultés que lui avait départies la nature, il n’avait pas reçu d’elle le guide intérieur qui devait les gouverner : l’excès de l’ambition finit par lui ôter le frein de la conscience.

P.-F. Tissor.

 
 
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