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16 janvier : mort d'Édouard Gibbon

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16 janvier 1794 : mort d’Édouard Gibbon
Publié / Mis à jour le vendredi 20 novembre 2009, par LA RÉDACTION
 
 
Temps de lecture estimé : 6 mn
 

Né le 27 avril 1737, auteur de l’Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, sans contredit la plus grande composition historique qu’aient produite le XVIIIe siècle et l’Angleterre. « Ce fut à Rome, dit Gibbon lui-même dans ses Mémoires, le 15 octobre 1764, qu’étant assis et rêvant au milieu des ruines du Capitule, tandis que des moines déchaussés chantaient vêpres dans le temple de Jupiter, je me sentis frappé pour la première fois du désir d’écrire l’histoire de la décadence et de la chute de cette ville ; mais mon plan avait plutôt pour objet le déclin de la ville même que celui de l’Empire ; et, quoique dès lors mes réflexions et mes études commençassent à se tourner vers ce but, je laissai s’écouler plusieurs années, je me livrai même à d’autres occupations avant d’entreprendre sérieusement ce difficile travail. » Nul doute cependant que l’idée qui le lui avait fait concevoir ne soit demeurée, peut-être à son insu, fortement empreinte dans son esprit : quiconque lira avec attention le tableau de l’empire romain sous Auguste et ses premiers successeurs sentira qu’il a été inspiré par l’aspect de Rome, de la ville éternelle, où Gibbon n’entra, dit- il, qu’avec une émotion qui l’empêcha toute une nuit de dormir ; et il est aisé de reconnaître également, dans l’impression qu’il y reçut, une des causes de cette guerre qu’il semble avoir déclarée au christianisme, guerre à laquelle ne le portaient ni son caractère peu enclin à l’esprit de parti, ni le tour en général modéré de ses sentiments et de ses idées, qui lui faisait voir, en toutes choses, le bien à côté du mal, les avantages avec les inconvénients, et l’empêchait de s’arrêter à des conclusions affirmatives et exclusives. Mais Gibbon, frappé du spectacle que Rome offrit à ses yeux, n’a vu dans le christianisme que l’institution qui avait mis vêpres, des moines déchaussés et des processions à la place des magnifiques cérémonies du culte de Jupiter et des triomphateurs du Capitole.

Après plusieurs essais historiques successivement abandonnés, Gibbon, qui vivait alors à Londres, se fixa enfin dans le projet qu’il avait formé en Italie, et se livra aux immenses lectures qui de jour en jour devaient lui découvrir un nouvel horizon, et agrandi son plan primitif. Les embarras que lui causa la mort de son père survenue dans cet intervalle, les soins d’une fortune un peu dérangée, ses occupations en qualité de membre de la Chambre des communes, où il était entré à cette époque, enfin les distractions de la vie de Londres prolongèrent ses études sans les interrompre, et retardèrent jusqu’en 1776 la publication du premier volume (in-4°) de son ouvrage. Le succès en fut prodigieux ; deux ou trois éditions, rapidement épuisées, avaient établi la réputation de l’auteur avant que la critique eût commencé à élever la voix. Elle l’éleva enfin, et tout le parti religieux, très-nombreux et très respecté en Angleterre, se prononça contre les deux derniers chapitres de ce volume (les chapitres XV et XVI de l’ouvrage ), consacrés à l’histoire de l’établissement du christianisme. Les réclamations furent vives et en grand nombre ; on se leva, on s’arma de toutes parts dans le camp attaqué ; les docteurs Watson, Priesdey, White, Chelsum, Whitaker, MM. Davis, Apthorp, Beattie, Milner, Taylor, Travis, Kett, sir David Dalrymple, des anonymes firent paraître coup sur coup des lettres, des sermons, des observa tiens, des réfutations, des commentaires : Gibbon ne s’était pas attendu à tant de bruit ; il avoue qu’il en fut d’abord effrayé : « Si j’avais pensé, dit-il, que la majorité des lecteurs anglais fût si tendrement attachée au nom et à l’ombre du christianisme ; si j’avais prévu la vivacité des sentiments qu’ont éprouvés ou feint d’éprouver en cette occasion les personnes pieuses, ou timides, ou prudentes, j’aurais peut-être adouci ces deux chapitres, cause de tant de scandale, et qui ont suscité contre moi tant d’adversaires en ne me conciliant qu’un bien petit nombre de partisans. » Cette surprise révèle un homme tellement préoccupé de ses propres idées, qu’il n’a ni aperçu, ni pressenti celles des autres ; et si cette préoccupation prouve sa sincérité, elle rend son jugement suspect de prévention et d’inexactitude : où règne la prévention, la bonne foi n’est jamais parfaite ; sans vouloir tromper les autres, on commence par s’abuser soi-même ; pour soutenir ce qu’on regarde comme la vérité, on se laisse aller à des infidélités qu’on ne s’avoue pas, ou qui semblent légères, et les passions atténuent l’importance d’un scrupule précisément en raison du prix qu’elles attachent à le surmonter. C’est ainsi que Gibbon fut entraîné à ne voir, dans l’histoire du christianisme, que ce qui servait des opinions qu’il s’était formées avant d’avoir scrupuleusement examiné les faits. L’altération de quelques-uns des textes qu’il avait cités, soit qu’il les eût tronqués à dessein, soit qu’il e »t négligé de les lire en entier, fournit des armes à ses adversaires. II leur répondit par une brochure intitulée : Défense de quelques passages des chapitres XV et XVI de l’Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain. Cette défense, victorieuse sur quelques points, faible sur d’autres, mais d’une extrême amertume, décela toute l’humeur que les attaques avaient causée à Gibbon, et cette humeur indiquait peut-être qu’il ne se sentait pas tout-à-lait irréprochable. Cependant il ne changea rien à ses opinions dans le reste de l’ouvrage, ce qui prouve du moins leur sincérité.

En 1782 une révolution de ministère lui fit perdre la place de lord commissaire du commerce et des colonies, qu’il occupait depuis trois ans. Il ne la regretta point ; il n’aimait ni les affaires, ni le séjour de l’Angleterre, et prit aussitôt la résolution d’aller vivre en Suisse, à Lausane, où s’était passée une partie de sa jeunesse. Ce fut là qu’après quatre années d’un doux et assidu travail, il termina son grand ouvrage : « J’ai osé, dit-il dans ses Mémoires, constater le moment de la conception de mon livre ; je marquerai ici celui de son enfantement. Ce jour, ou plutôt cette nuit, arriva le 27 juin 1787 ; ce fut entre onze heures et minuit que j’écrivis la dernière ligne de ma dernière page, dans un pavillon de mon jardin. Après avoir quitté la plume, je fis plusieurs tours dans un berceau ou allée couverte d’acacias, d’où la vue s’étend sur la campagne, le lac et les montagnes. L’air était doux, le ciel serein ; le disque argenté de la lune se réfléchissait dans les eaux du lac, et toute la nature était plongée dans le silence. Je ne dissimulerai pas les premières émotions de ma joie en ce moment qui me rendait la liberté, et allait peu-être établir ma réputation ; mais les mouvements de mon orgueil se calmèrent bientôt, et des sentiments moins tumultueux et plus mélancoliques s’emparèrent de mon âme lorsque je songeai que je venais de prendre congé de l’ancien et agréable compagnon de ma vie, et que, quel que fût l’âge où parviendrait mon histoire, les jours de l’historien ne pourraient être désormais que bien courts et bien précaires. »

Cette idée ne pouvait attrister long-temps un homme en qui le sentiment de la santé et le calme de l’imagination entretenaient une sorte de certitude de la vie, et qui, dans ses derniers moments encore, calculait avec complaisance le nombre d’années que, selon les probabilités, il lui restait à vivre. Empressé de jouir du fruit de ses travaux, Gibbon passa en Angleterre cette même année pour y publier les derniers volumes de son histoire. Le séjour qu’il y fit contribua encore à lui faire chérir la Suisse. Sous George Ier et George II le goût des lettres et des talents s’était éteint à la cour de Londres. Le duc de Cumberland, au lever duquel Gibbon se rendit un jour, l’accueillit par cette apostrophe :

« Hé bien, M. Gibbon, vous écrivaillez donc toujours, toujours ! » (What, M. Gibbon, still scribble, scribble !) Aussi fut-ce avec peu de regret qu’il quitta sa patrie au bout d’un an pour retourner à Lausane, où il se plaisait et où il était aimé. La douceur de sa vie et la tranquillité de son âme ne furent plus troublées que par le spectacle de notre révolution, contre laquelle, après quelques moments d’espérance, il se tourna avec une telle chaleur qu’aucun des hommes que nos troubles avaient chassés de France, et qui le virent à Lausane, ne pouvait l’égaler en vivacité. Il se brouilla même un moment avec M. Necker ; mais il avait, du caractère et des intentions de cet homme de bien, une connaissance trop sûre pour que leur amitié tardât longtemps à se renouer. La révolution française agit sur Gibbon comme sur beaucoup d’hommes, éclairés sans doute, mais qui avaient écrit d’après leurs réflexions plutôt que d’après une expérience qu’ils ne pouvaient avoir ; elle le fit revenir avec exagération sur des opinions qu’il avait longtemps soutenues. « J’ai pensé quelquefois, dit-il à cette occasion dans ses Mémoires, à écrire un dialogue des morts, dans lequel Voltaire, Erasme et Lucien se seraient mutuellement avoué combien il est dangereux d’exposer une ancienne superstition au mépris d’une multitude aveugle et fanatique. » C’est, à coup sûr, en sa qualité de vivant que Gibbon ne se serait pas mis en quatrième dans le dialogue et les aveux. Il soutenait alors qu’il n’avait attaqué le christianisme que parce que les chrétiens détruisaient le polythéisme, qui était l’ancienne religion de l’Empire : « L’Église primitive, écrivait-il au lord Sheffield, son plus intime ami, dont j’ai parlé un peu familièrement, était une innovation, et j’étais attaché à l’ancien établissement du paganisme. » II aimait tant à professer son respect pour les anciennes institutions, que quelquefois, en plaisantant, à la vérité, il s’amusait à défendre l’inquisition.

Il avait reçu à Lausane, en 1791, une visite du lord Sheffield, accompagné de sa famille ; il avait promis de la lui rendre promptement en Angleterre ; cependant la difficulté des communications, son énorme embonpoint, et des incommodités long-temps négligées, qui lui rendaient le mouvement douloureux, lui faisaient remettre de mois en mois cette effrayante entreprise. En 1793 enfin, au mois de novembre, sur la nouvelle de la mort de lady Sheffield, qu’il aimait tendrement et qu’il appelait sa sœur, il partit sur-le-champ pour aller consoler son ami. Six mois environ après son arrivée en Angleterre, ses incommodités s’accrurent à un tel point qu’elles l’obligèrent de subir une opération qui, plusieurs fois renouvelée, lui laissa l’espoir de la guérison jusqu’au 16 janvier 1794 jour où il mourut sans inquiétude comme sans douleur. Gibbon laissa une mémoire chère à tous ceux qui l’avaient connu, et une réputation établie dans toute l’Europe. Son Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain laisse quelquefois trop entrevoir la fatigue d’un si long travail ; on y regrette souvent cette simplicité, cette vivacité d’imagination qui transporte le lecteur au milieu des scènes qu’on lui décrit ; l’impartialité entre la vertu et le vice, le bien et le mal, y est excessive, et on y rencontre plutôt cette pénétration ingénieuse qui décompose et démêle bien les éléments des faits, que ce génie vraiment philosophique, qui embrasse les choses d’un coup d’œil, et les présente dans leur ensemble. Mais ce qu’il faut vraiment admirer, c’est la netteté d’un si vaste tableau ; la clarté de ces développements, qui fixent l’attention sans la fatiguer, où rien de vague ne trouble et n’embarrasse la pensée ; enfin la rare étendue de cet esprit qui, en parcourant le champ immense de l’histoire, en sonde les plus secrets recoins, et, faisant pour ainsi dire tourner le lecteur autour des événements et des hommes, lui montre, par ses fautes même, que les vues incomplètes sont toujours fausses, et que, dans un ordre de choses où tout se lie et se combine, il faut tout connaître pour avoir le-droit de juger le moindre détail. Gibbon, on en doit convenir, n’a pas exécuté tout ce qu’il avait entrepris : cependant, avant lui, un tel ouvrage n’était pas fait, et, malgré ce qu’on y pourrait reprendre, changer ou ajouter après lui, il ne reste plus à faire. - Guizot.

 
 
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