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Reine Isabelle de Hainaut, capétienne. Naissance, mort, mariage, règne. Capétiennes

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Reines, Impératrices
Biographie des reines et impératrices françaises. Vie des souveraines, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes
Isabelle de Hainaut
(née le 23 avril 1170, morte le 15 mars 1190)
(Épouse Philippe-Auguste en 1180)
Publié / Mis à jour le lundi 1er février 2010, par LA RÉDACTION
 

Fille du comte Baudouin V de Hainaut (également appelé Baudouin VIII de Flandre), et de Marguerite d’Alsace, elle épousa le futur roi de France le 28 avril 1180, six mois après le couronnement de ce dernier du vivant de son père. Pour apaiser le mécontentement des barons qui se plaignaient que Philippe, noble suzerain de tant de hauts seigneurs, n’eût épousé que la fille d’un vavasseur du comte de Flandre, les généalogistes composèrent des titres magnifiques qui faisaient descendre la maison de Hainaut de Charlemagne ; « car, dit le religieux de Saint-Denis, j’ai vu les généalogies ; et elles attestent que la reine Isabelle descendait de belle Judith, fille de Charles le Chauve, qui fuit de la cour de son père pour épouser un chevalier qui fut depuis comte de Flandre et de Hainaut ».

Isabelle de Hainaut
Isabelle de Hainaut

Le mariage eut lieu à Bapaume, en plein bois, dans l’abbaye de la Sainte-Trinité. Initié par Robert Clément, maréchal du palais, et Radulf, comte de Clermont-en-Beauvaisis, ce mariage de Philippe-Auguste avec la nièce de Philippe d’Alsace, comte de Flandre, permettait au futur souverain de nouer une alliance flamande à même de contrer l’emprise des Champenois menés par sa mère Adèle de Champagne, laquelle espérait obtenir la régence, la santé de Louis VII étant fragile. En outre Philippe d’Alsace, sans héritier, apportait en dot pour sa nièce le territoire qui devint le comté d’Artois, avec des villes comme Arras, Saint-Omer, Bapaume, Hesdin et Lens.

Adèle intervint auprès du roi d’Angleterre Henri II, premier pair du royaume de France, pour contrer les desseins de Philippe-Auguste. En vain. Isabelle n’avait que dix ans quand elle fit son entrée à Paris, après avoir été mariée ; sa grâce plut aux bourgeois et aux bons habitants de Paris, accourus sur le petit pont de la Cité pour assister à l’entrée solennelle du couple royal ; selon les cérémonies accoutumées, le prêtre bénit le lit nuptial en l’aspergeant d’eau bénite, présenta aux époux la coupe remplie de vin et trois plats choisis sur la table des noces.

Isabelle désirait être couronnée ; quoique le roi eût déjà été sacré à Reims, il pensa que cette nouvelle cérémonie, qui eut lieu le 29 mai 1180, jour de l’Ascension, augmenterait le respect des peuples et choisit l’église de Saint-Denis pour cette solennité ; la prière de son père - on sait qu’un jour Louis VII, désireux d’avoir un fils, entra dans l’église de Saint-Denis et, trouvant le chapitre assemblé, se prosterna au milieu du chœur et demanda aux religieux d’unir leurs prières aux siennes ; c’est dans la même année (1165) que naquit Philippe -, au milieu du chapitre de Saint-Denis, lui faisait attacher plus de prix à la protection du patron de la France. Les religieux avaient orné l’église avec une pompe merveilleuse, les lustres et les cierges allumés brillaient de tant de feux, que les vitraux de l’église paraissaient transformés en autant de transparents brillants.

La marche des deux époux offrait le spectacle le plus riant : ce roi de bientôt quinze ans, couvert du manteau royal, et monté sur son cheval de bataille ; cette jeune reine à peine sortie de l’enfance et s’essayant à porter avec dignité sa robe mi-partie de drap d’or et de soie rouge, semée d’émeraudes et de saphirs, la tête ornée d’une coiffure élevée et étroite du haut de laquelle tombait jusqu’à terre un magnifique voile de dentelle ; ces deux physionomies de caractère différent, mais toutes deux animées par la fraîcheur de la première jeunesse, pleines d’espérances et empressées de gagner l’amour du peuple, tout cela offrait un puissant mobile à l’enthousiasme.

Aussi la foule se pressait-elle sur les pas du roi : l’affluence était si grande, que dans l’église de Saint-Denis il eût été impossible de faire un pas, quoiqu’il fût resté au dehors une grande affluence de personnes qui n’avaient pu trouver de place. Quand le roi et la reine eurent traversé l’église et se furent agenouillés au pied de l’autel, sur lequel étaient déposés l’oriflamme et les reliques de saint Denis, l’espace vide qu’on avait dû réserver pour leur entrée se remplit, et il se fit tant de bruit, qu’à peine entendait-on la voix des enfants de chœur ; un des officiers de service, en agitant une longue baguette pour imposer silence, toucha deux lustres suspendus au-dessus de la tête du roi, et en brisa le cristal ; l’huile se répandit sur les vêtements des époux agenouillés l’un à côté de l’autre.

Les religieux s’étant souvenus fort à propos de cette parole de Salomon : « Il sera oint au jour de son triomphe ! » en firent l’application au roi, et on regarda cet incident comme le présage d’un règne trois fois heureux. Pourtant, Isabelle eut plusieurs années de chagrins ; son oncle, gouverneur et parrain du roi, avait, comme signalé précédemment, donné l’Artois en dot à la reine ; Philippe réclama encore le Vermandois, et le soumit en quelques semaines ; mais Isabelle souffrait de cette lutte : Philippe finit par la prendre en aversion, d’autant qu’elle n’avait toujours pas donné d’héritier à la Couronne de France, comme Adèle s’ingéniait à lui rappeler.

Dans ses Histoires d’amour de l’Histoire de France, Guy Breton nous apprend qu’un matin de mars 1184, les habitants de Senlis assistèrent à un bien étrange spectacle. Dans la rue principale, une foule de mendiants, d’infirmes et de lépreux suivaient une jeune femme vêtue d’une longue chemise blanche qui marchait, pieds nus, un cierge à la main, en implorant Dieu. Cette pénitente à l’air si triste, dont les cheveux blonds flottaient si joliment, que suivaient des miséreux en haillons, était la reine de France, Isabelle de Hainaut, que les Senlisiens qui étaient aux fenêtres reconnurent.

Les archers, dont le premier mouvement avait été de chasser les gens envahissant la voie publique, s’arrêtèrent étonnés en reconnaissant, eux aussi, leur souveraine. Breton nous révèle encore que le cortège, qui grossissait sans cesse, traversa la ville et s’arrêta devant le palais du roi. Alors une porte s’ouvrit et Philippe-Auguste parut : il portait une robe de velours écarlate, et, bien qu’il n’eût que dix-neuf ans, son aspect était imposant. Il demeura immobile. Ses yeux qui étincelaient ne quittaient pas la reine. Il était à la fois humilié et bouleversé de la voir surgir en cette tenue et en cette compagnie.

La foule scandait : « Ayez pitié de la reine !... Sire, ayez pitié de la reine !... Seigneur, ayez pitié de la reine !... Grâce ! Grâce pour la reine !... » Si le peuple implorait la pitié du souverain, c’est parce que l’après-midi, une assemblée de prélats et de seigneurs, réunis sur son ordre, devait se prononcer sur la répudiation d’Isabelle. Pour justifier le divorce, certains ecclésiastiques parlaient naturellement d’un lien de parenté existant entre les deux époux, et d’autres, plus perfides encore, allaient jusqu’à insinuer que la la reine avait un amant.

Considérant l’immense foule qui le suppliait, Philippe s’avança vers Isabelle et lui prit la main. Un grand silence se fit sur la place : « Dame, dit le roi, je veux que tous sachent que vous ne partez pas de moi par votre méfait, mais sans plus pour ce qu’il me semble que je ne puis avoir lignée de vous. Et s’il y a baron en mon royaume que vous vouliez avoir à seigneur, dites-le-moi et vous l’aurez, quoi qu’il doive m’en coûter », à quoi la reine répondit avec beaucoup de tendresse : « Sire, à Dieu ne plaise qu’homme mortel entre dans le lit où vous avez dormi... » Puis, ses forces l’abandonnant, elle éclata en sanglots et le roi, fort ému, la serra dans ses bras. Le peuple venait de rendre une reine à la France.

Au bout de quelque temps, le roi lui témoignant de nouveau une extrême froideur, Isabelle rencontra son père et le conjura de ne plus se battre contre la Couronne. En outre, les maisons de Flandre et de Champagne se réconcilièrent en 1186 à l’occasion du mariage de Marie de Champagne, nièce de la reine mère Adèle, avec Baudouin IX de Flandre, frère d’Isabelle. Philippe-Auguste rendit cette fois toute sa tendresse à son épouse et vécut depuis lors avec elle en bonne intelligence. Bientôt elle fut renommée par son goût pour la science des trouvères, et par la grâce qu’elle mettait à accueillir les chevaliers et à les encourager dans les tournois : plusieurs nobles seigneurs portaient ses couleurs et briguaient l’honneur de l’avoir pour leur dame ; sa beauté, quoiqu’elle ne fût pas parfaite, était célébrée par les poètes ; les vers d’Helinant, trouvère favori de Philippe et d’Isabelle, la comparent « aux fleurs qui règnent sur les prairies, et à la vierge du voisinage ».

Isabelle de Hainaut
Isabelle de Hainaut

Dans les lieux où le roi tenait sa cour plénière, au sortir des guerres, on parlait tout bas de l’espoir qu’on avait de voir bientôt la jeune reine devenir mère, et on se réjouissait sincèrement de la naissance prochaine d’un jeune suzerain. Toute cette saison se passa au milieu des divertissements ; la franche gaîté de nos aïeux donnait à ces fêtes un caractère de plaisir et d’entraînement. Les ménestrels, les jeux, les disputes d’amour, l’intérêt des nobles dames pour leurs chevaliers, le culte des chevaliers pour la dame de leurs pensées, la passion pour les combats qui se retrouvait dans les joutes et les tournois, donnaient la vie à ces fêtes royales. Philippe-Auguste avait une gaieté qui donnait l’exemple. Cependant ces fêtes nombreuses ne se passaient pas toutes sans qu’on eût quelque malheur à déplorer ; on se livrait au jeu des dés avec une si grande passion, que souvent des barons y perdaient leurs fiefs, leurs châtellenies ; des clercs y jouaient leurs bénéfices.

Les censures de l’église échouaient contre cette passion. Les joutes guerrières contaient quelquefois du sang : à l’un de ces tournois des cours plénières l’entraînement avait été si grand, que les dames avaient quitté leurs ornements de tête, leurs parures, leurs rubans, pour les donner en prix aux chevaliers, et qu’à la fin du tournoi, il ne restait plus rien de leurs belles parures, en en sorte que d’abord elles en avaient été honteuses, voyant leurs cheveux épars tombés sur leurs épaules, et le haut de leurs corsages sans rubans et sans bijoux : mais se trouvant toutes « en même point, elles se prirent à rire de voir que de si bon cœur elles avaient tout donné aux chevaliers ». A ce tournoi même il y eut un grand malheur à déplorer : Richard d’Angleterre et Geoffroi de Bretagne son frère y combattaient ; Greoffroi, blessé mortellement, vint expirer dans les bras du roi.

C’est cette année 1187 que la reine mit au monde un fils qui régna depuis sous le nom de Louis VIII le Lion : les chroniqueurs et les poètes racontent que sa mère étant allée rendre grâces à Dieu dans l’église de Notre-Dame, elle vit les lampes s’allumer d’elles-mêmes et regarda cet évènement comme un heureux augure. En 1190, Isabelle assista aux préparatifs de la croisade que Philippe-Auguste se préparait à faire avec Richard Cœur de Lion, mais elle ne devait pas être témoin de la suite glorieuse du règne de son époux. Tandis que dans une entrevue avec Richard, Philippe réglait tout pour les croisades, la nouvelle du danger que courait la reine dans l’enfantement de deux fils jumeaux le rappela à Paris.

Isabelle n’avait pas vingt ans ; il lui fallut quitter la vie ; et c’est en portant le deuil de sa femme, disparue le 15 mars 1190 en donnant le jour à des garçons jumeaux qui ne vécurent pas, que Philippe partit pour la croisade. La mort du comte de Flandre devant Saint-Jean d’Acre sans héritier permit au roi de France de récupérer l’Artois, le comté de Flandre revenant à Baudouin V de Hainaut, son beau-père. A son retour, l’ennui du veuvage, les exhortations des évêques et l’inquiétude générale qu’avait causée en son absence la maladie qui avait failli enlever son fils, l’engagèrent à choisir une seconde femme.

 
 
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