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Basse-Normandie : origine et histoire du département Orne

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Départements français
Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques
Histoire du département de l’Orne
(Région Basse-Normandie)
Publié / Mis à jour le vendredi 29 janvier 2010, par LA RÉDACTION
 

Le territoire du département de l’Orne faisait partie de la Gaule celtique : les peuples qui l’habitaient portaient le nom générique d’Aulerci. C’était, à ce qu’il semble, à Alençon que se réunissaient les députés des trois tribus dont se composaient leur fédération, et qui étaient les Aulerces Éburons (capitale, Ebroïcum, Évreux), les Aulerces Cénomans (capitale, Subdinum, Le Mans), et enfin les Aulerces Diablintes ; ceux-ci occupaient la plus grande partie du territoire qui a formé le départe-ment de l’Orne.

A l’époque où César vint asservir les Gaules, Crassus, son lieutenant, pénétra dans le pays avec la 7e légion, et le soumit facilement ; mais, plus tard, sous la conduite de Viridovix, ces peuples et leurs voisins se soulevèrent et mirent en péril le lieutenant de César, Titurius Sabinus, qui était entré dans leur pays à la première nouvelle de l’insurrection. César raconte, dans ses Commentaires, que l’armée de Viridovix s’était grossie d’une foule de brigands et d’hommes perdus, venus de tous les points de la Gaule : insulte ordinaire des oppresseurs, qui ne se contentent pas d’écraser ceux qui leur résistent, mais veulent encore les déshonorer.

Quoi qu’il en soit, Sabinus, se trouvant dans une position critique, fut obligé de se retrancher dans un lieu fortifié. Entouré par l’armée de Viridovix, qui lui offrit vainement la bataille, il encouragea à dessein l’audace des assaillants, leur envoya même un des Gaulois qui servaient dans ses troupes pour leur faire un tableau meurtrier du découragement des Romains, et les. engager à en profiter. Les confédérés se décident à attaquer Sabinus dans ses retranchements. « Les Romains, dit César, étaient campés sur une hauteur, d’une pente douce et aisée, d’environ mille pas. Ces barbares la montent en courant de toutes leurs forces, pour ne point leur laisser le temps de se réunir et de s’armer, et arrivent hors d’haleine au pied des retranchements. Sabinus, après avoir par ses discours excité l’ardeur de ses soldats, donne le signal. Pendant que les ennemis étaient embarrassés des fascines qu’ils portaient pour combler les fossés, il ordonne une double sortie par deux portes du camp. L’avantage de la position, l’inexpérience et l’épuisement des barbares, la bravoure de nos soldats et leur habitude de la guerre, furent cause que l’ennemi ne soutint pas même le premier choc, et prit aussitôt la fuite. » Le carnage fut effroyable.

A l’époque de l’insurrection générale des Gaulois excitée par Vercingétorix, nous retrouvons encore dans les Commentaires de César les Aulerces payant bravement leur dette à la patrie commune. Sous la conduite de Camulogène, réunis aux Parisii, ils viennent offrir la bataille à Sabinus, près de Lutèce. L’aile gauche des Gaulois plia ; mais la droite, où se trouvait Camulogène, résista intrépidement : ils se firent tuer jusqu’au dernier.

Les habitants d’Essai étaient seuls restés tranquilles pendant ces insurrections. César les favorisa aux dépens des populations moins patientes et plus patriotiques des environs. Leur puissance grandit rapidement sous la domination romaine ; mais, pendant le ive siècle de l’ère chrétienne, les pirates saxons, après avoir formé divers établissements sur la côte, remontent l’Orne, ravagent et détruisent tout sur le territoire des Essuins, et bâtissent, à deux lieues d’Essai, une nouvelle ville, Saxia ou Sées, qui acquit bientôt une grande importance. Les Saxons ne tardèrent pas à se convertir au christianisme, et, parmi les évêques de Sées, on trouve les noms de Sigisbold, de Sanobod, qui révèlent une origine saxonne.

Pendant l’effroyable désordre auquel les invasions des barbares livrèrent la Gaule, l’Armorique (Bretagne) et les populations dont nous nous occupons formèrent une vaste confédération qui maintint quelque temps son indépendance. Ravagé par les Alains et par une nouvelle invasion des Saxons, le pays se soumit à Clovis.

Pendant la période suivante, l’histoire de cette contrée reste fort obscure : nous trouvons que la plus grande partie de cette région dépend d’un archidiaconat nommé Hiesmois ou Oximisum, dont le chef-lieu était Oximum ou Hiesme, maintenant Exmes, bourg voisin d’Argentan. Pendant cette période, nous voyons grandir la puissance de Sées, à laquelle succédera, vers le Xe siècle, celle d’Alençon.

Mais les Normands ont envahi le pays, et le faible Charles le Simple a été obligé de le céder à Rollon, leur duc. Richard Ier, duc de Normandie, donne, en 943, à Yves de Creil ou de Bellême, dont il veut récompenser les services, l’Alençonnais et une assez grande étendue de territoire. Le nouveau possesseur réunit à ces domaines le Perche (Mortagne, Verneuil et Laigle), et la puissance de sa famille se fonde définitivement sous son fils Guillaume ler de Bellême, qui, le premier, prit le nom de Talvas.

Ce fut lui qui éleva les châteaux de Sées, d’Alençon, de Domfront. Mais Robert duc de Normandie, voulant le punir de s’être déclaré contre lui dans la guerre qu’il avait entreprise contre son frère et son prédécesseur Richard III, vint l’assiéger dans Alençon. Le vieux Talvas fut obligé de capituler et de venir pieds nus, en chemise et une selle sur le dos, demander grâce au duc irrité :

Son dos offrit à chevaucher,
Ne se peut plus humilier.

dit le Roman de Rou. Au prix de cette humiliation, le vieillard garda ses possessions ; ses quatre fils jurèrent de le venger. Ils s’armèrent, mais ils furent défaits dans la forêt de Blavon. Guillaume eut deux de ses fils tués dans cette guerre ; en recevant la nouvelle de leur mort, déjà malade, il mourut sur-le-champ. L’aîné des deux fils de Guillaume Ier, Robert, lui succéda ; mais, fait prisonnier par le comte du Maine, il fut tué à coups de hache dans sa prison.

Son frère, Guillaume II Talvas, lui succéda. Il reçut le surnom de Talvas le Cruel, et le justifia. Il fait étrangler sa femme Hildeburge. Il se remarie et invite à son banquet de noces Guillaume Giroie, chevalier loyal, qui avait eu jadis des différends avec la famille de Tairas.

Malgré Ies représentations de son frère Raoul, Giroie se confie à Talvas le Cruel et se rend à ses noces. Au milieu du festin, Talvas le fait saisir et part pour la chasse. Pendant qu’il se livre au plaisir de la chasse, ses bourreaux ont, par son ordre, crevé les yeux, coupé le nez et les oreilles du malheureux Giroie, qui est jeté en prison. La tour où il fut renfermé, et qui se voyait encore un peu avant la Révolution à l’entrée du château d’Alençon, avait gardé le nom de Tour de Giroie ; mais la vengeance s’appesantit bientôt sur cette horrible famille des Talvas. Le fils de Talvas II, Arnould, chasse son père de ses domaines et est lui-même étranglé dans son lit. Talvas le Cruel mourut à Domfront, en 1052.

Quatre années auparavant, profitant de l’horreur qu’inspirait Talvas, le comte d’Anjou s’était emparé d’Alençon. Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, vint lui-même pour reprendre la ville. Quand il s’approcha des murs, les Angevins, qui les défendaient, se mirent à railler le jeune duc, criant à la manière des pelletiers : « A la pel ! à la pel ! » allusion au métier que faisait le grand-père de Guillaume, un pelletier de Falaise dont Robert de Normandie avait séduit la fille. Guillaume le Bâtard jura par la resplendeur de Dieu qu’il se vengerait. Il tint parole. Il fit couper les pieds et les mains aux trente premiers Angevins qu’il put saisir : la ville, effrayée, se rendit.

Mabille de Bellême, fille de Talvas le Cruel et héritière de son duché, avait épousé Robert dé Montgomery ; la famille de Montgomery devait donner cinq seigneurs à Alençon. Robert étant parti pour l’Angleterre, sa femme, atroce comme toute sa famille, régna par le fer et le poison. Elle tenta d’empoisonner Ernauld, le chef de la maison rivale de Giroie. Celui-ci refusa le verre de via qu’on lui présentait. Un de ses compagnons le prit sans défiance . c’était le frère de Montgomery, Gilbert ; il mourut, trois jours après, du poison qui ne lui était pas destiné.

Une autre fois, Mabille fut plus heureuse et réussit à faire empoisonner Ernauld par son chambellan. Mais un jour Mabille avait été visiter le château de Barre-sur-Dives, appartenant à un de ses fils. Elle s’était endormie après avoir pris un bain. On la trouva la tête coupée. L’émotion fut universelle : ou soumit un gentilhomme que l’on soupçonnait, Pantol, à l’épreuve du feu : il la subit victorieusement. On sut depuis que l’auteur du meurtre était Hugues de Sangey, auquel Mabille avait pris un château, et qui, s’étant introduit furtivement dans le château de Barre pendant son sommeil, s’était vengé et était parti aussitôt pour l’Italie, refuge ordinaire, à cette époque, de tous Tes aventuriers normands et de tous ceux qu’un meurtre éloignait de leur pays.

Les Montgomery, en héritant de la seigneurie des Talvas, semblaient avoir hérité de leur cruauté. Nous ne traînerons pas la pensée du lecteur sur cette monotone et sanglante histoire ; ce que nous eu avons dit plus haut suffit pour donner une idée des misères et des crimes de cette époque. Quelques-uns des Montgomery prirent part aux croisades ; leur absence laissa un peu de répit aux malheureux habitants de leur contrée.

Le dernier des comtes d’Alençon de la maison de Montgomery, Robert HI, accompagna Philippe-Auguste en Palestine. Il mourut sans enfants ; Philippe-Auguste, qui. s’était emparé à cette époque de la Normandie, acheta le comté d’Alençon des héritiers de Robert. Le comté fit alors partie du domaine de la couronne. Saint Louis le donna en apanage à son fils Pierre et l’agrandit de quelques villes et territoires voisins. Après la mort de Pierre, le comté revint au roi de France, Philippe le Hardi, qui en disposa en faveur de Charles, son troisième fils. Le fils et le successeur de ce dernier fut ce duc d’Alençon qui, en compromettant l’avant-garde française qu’il commandait à la bataille de Crécy, fut la principale cause de cette défaite et s’y fit tuer.

Parmi les successeurs de ce prince, on remarque son fils Charles III, qui, dégoûté du monde, entra dans l’ordre des dominicains ; Jean Ier, sous lequel le comté d’Alençon fut érigé en duché-pairie et qui périt à la bataille d’Azincourt, expiation bien due par lui à la France dont il avait fomenté les troubles et envenimé les blessures ; son fils, Jean II, pris au combat de Verneuil par les Anglais, qui s’étaient emparé de son duché (Bedford avait pris le titre de duc d’Alençon) ; le duc légitime honora sa captivité par sa constance, par son refus de se soumettre aux conquérants de sa patrie : il ne fut rendu à la liberté qu’après avoir payé une rançon considérable, 300 000 écus d’or (1429).

Il combattit vaillamment pour la délivrance du pays et commanda l’armée française à la bataille de Patay. Ce ne fut qu’en 1449, qu’il rentra en possession de. son duché. Ce prince brillant et chevaleresque, ami du faste, de la musique et de la chasse, fut accusé plus tard, par Charles VII, de connivence avec les Anglais. Condamné à mort en 1458 par la cour des pairs pour crime de haute trahison, il vit sa peine commuée. Délivré par le dauphin, devenu roi sous le nom de Louis XI, et dont l’amitié avait contribué à éveiller envers le duc les défiances de Charles VII, il se jeta néanmoins dans la ligue du Bien public, se lia avec les ennemis du royaume : condamné à mort une seconde fois, sa peine fut encore commuée : il mourut en prison, en 1476.

Son fils René ne reçut du roi, indisposé contre sa race, qu’une partie des domaines de son père ; il fut bientôt, à tort ou à raison, soupçonné d’intrigues contre Louis XI, condamné à une prison perpétuelle et enfermé dans une cage de fer ; il n’en sortit qu’à l’avènement de Charles VIII, qui lui rendit les biens de son père.

Son fils Charles devint l’époux de Marguerite de Valois, soeur du roi François Ier, la Marguerite des Marguerites, comme l’appelait son frère. Il fut une des causes de la défection du connétable de Bourbon aux dépens duquel François Ier avait fait un passe-droit, en le nommant au commandement de l’avant-garde française, et plus tard sa lâche conduite à la bataille de Pavie le couvrit de honte ; il vint mourir à Lyon en 1524.

Sa veuve, Marguerite, séjourna souvent dans ses domaines et épousa en secondes noces Henri II, roi de Navarre, et c’est sous le nom de la reine de Navarre qu’elle est demeurée célèbre dans l’histoire de notre littérature. Elle protégea les poètes, les savants et les protestants. « Ce fut, dit Brantôme, une princesse de très grand esprit et fort habile, tant de son naturel que de son acquisitif : car elle s’adonna fort aux lettres en son jeune âge, et les continua, tant qu’elle véquit, aimant et conversant, du temps de sa grandeur, ordinairement à la cour avec des gens les plus savants du royaume de son frère : aussi tous l’honoroient tellement qu’ils l’appeloient leur Mécénas, et la plupart de leurs livres qui se composoient alors s’adressoient au roi son frère, qui estoit bien savant, ou à elle.... On la soupçonnoit de la religion de Luther ; mais, pour le respect et l’amour qu’elle portoit au roi son frère, qui l’aimoit uniquement et l’appeloit toujours sa mignonne, elle n’en fit jamais aucune profession ni semblant, et, si elle la croyoit, elle la tenoit toujours dans son âme fort secrète, d’autant que le roi la haïssoit fort, disant qu’elle et toute autre nouvelle secte tendoient plus à la destruction des royaumes, des monarchies et dominations qu’à l’édification des âmes. »

Marguerite mourut au château d’Odos, en Bigorre, en 1549. Elle fut la mère de Jeanne d’Albret. Après sa mort, le duché d’Alençon, dont elle n’avait été que l’usufruitière, retourna à la couronne. Charles IX le donna à son frère François, alors âgé de douze ans. Un des seigneurs du pays, Montgomery, qui avait eu le malheur de tuer dans un tournoi le père de Charles IX, Henri II, fut poursuivi avec une haine aveugle parla veuve du roi, Catherine de Médicis.

Protestant et soldat intrépide, il propagea avec ardeur la religion nouvelle dans le pays et devint la terreur des catholiques. Il s’empara d’Alençon, qu’il fut plus tard obligé d’abandonner pour aller rejoindre à La Rochelle le prince de Condé. A l’époque de la Saint-Barthélemy, les catholiques voulurent prendre leur revanche : mais Matignon, lieutenant du roi en basse Normandie, interdit ces représailles et maintint l’ordre dans son gouvernement.

Le duc d’Alençon s’étant échappé de la cour, où il était mal vu à cause de sa modération et de son goût pour les opinions nouvelles, se réfugia à Alençon, et le roi de Navarre, depuis Henri IV, vint l’y trouver. Plus tard, pendant les guerres de la Ligue, le duché devint le théâtre de la guerre. A la mort de Henri III, Henri IV s’empara d’Alençon ; mais, pour acquitter les dettes qu’il avait contractées, il vendit le duché au duc de Wurtemberg, en 1605.

Marie de Médicis, devenue régente, le racheta en 1613. Ce fut là qu’elle se réfugia après s’être brouillée avec son fils Louis XIII, en 1620 ; elle chercha à y rallier ses partisans. Mais le duc de Créqui, à la tête de dix compagnies des gardes, occupa la ville pour le roi. Louis XIII établit une généralité ou intendance à Alençon. En 1646, Gaston, duc d’Orléans, obtint le duché d’Alençon, qui passa après lui successivement entre les mains de sa femme et de sa fille, Madame de Guise. Celle-ci en fit le centre d’une petite cour, assez brillante, qui contribua à la prospérité de la ville.

Après sa mort, le duché retourna au domaine de la couronne, et quand il en fut distrait plus tard pour entrer dans l’apanage d’un des petits-fils de Louis XIV, le duc de Berry, et enfin dans celui du comte de Provence, depuis Louis XVIII, ces princes n’en tirèrent qu’un simple revenu et un titre honorifique : le duché continua à être administré par les gens du roi.

Pendant la Révolution, le pays, après avoir incliné vers les idées nouvelles et s’être attaché un moment au parti girondin, auquel il avait donné un de ses plus énergiques représentants, Valazé, fut dévasté à plusieurs reprises par la chouannerie. Le chef des chouans, M. de Frotté, eut une destinée malheureuse. Après avoir énergiquement soutenu, avec Georges Cadoudal, une. cause désespérée, il fut, en janvier 1800, battu par le général Gardanne, près de La Motte-Fouquet.

Dans son Histoire du Consulat, Thiers écrit qu’ « enfin le général Chambarlhac enveloppa dans les environs de Saint-Christophe, non loin d’Alençon, quelques compagnies de chouans, et les fit passer par les armes. Cependant voyant, comme les autres, mais malheureusement trop tard, que toute résistance était impossible devant ces nombreuses colonnes qui avaient assailli le pays, M. de Frotté pensa qu’il était temps de se rendre. Il écrivit, pour demander la paix, au général Hédouville, qui, dans le moment, était à Angers, et, en attendant la réponse, il proposa une suspension d’armes au général Chambarlhac.

« Celui-ci répondit que, n’ayant pas de pouvoirs pour traiter, il allait s’adresser au gouvernement pour en obtenir, mais que, dans l’intervalle, il ne pouvait prendre sur lui de suspendre les hostilités, à moins que M. de Frotté ne consentît à livrer immédiatement les armes de ses soldats. C’était justement ce que M. de Frotté redoutait le plus. Il consentait bien à se soumettre et à signer une pacification momentanée, mais à condition de rester armé, afin de saisir plus tard la première occasion favorable de recommencer la guerre. Il écrivit même à ses lieutenants des lettres dans lesquelles, en leur prescrivant de se rendre, il leur recommandait de garder leurs fusils.

« Pendant ce temps, le premier consul, irrité contre l’obstination de M. de Frotté, avait ordonné de ne lui point accorder de quartier, et de faire sur sa personne un exemple. M. de Frotté, inquiet de ne pas recevoir de réponse à ses propositions, voulut se mettre en communication avec le général Guidai, commandant le département de l’Orne, et fut arrêté avec six des siens, tandis qu’il cherchait à le voir. Les lettres qu’on trouva sur lui, lesquelles contenaient l’ordre à ses gens de se rendre, mais en gardant leurs armes, passèrent pour une trahison. Il fut conduit à Verneuil et livré à une commission militaire.

« La nouvelle de son arrestation étant venue à Paris, une foule de solliciteurs entourèrent le premier consul et obtinrent une suspension de procédure, qui équivalait à une grâce. Mais le courrier qui apportait l’ordre du gouvernement arriva trop tard. La constitution étant suspendue dans les départements insurgés, M. de Frotté avait été jugé sommairement, et, quand le sursis arriva, ce jeune et vaillant chef avait déjà subi la peine de sou obstination. La duplicité de sa conduite, bien que démontrée, n’était cependant point assez condamnable pour qu’on ne dût pas regretter beaucoup une telle exécution, la seule, au reste, qui ensanglanta cette heureuse fin de la guerre civile. Dès ce jour, les départements de l’Ouest furent entièrement pacifiés. »

Pendant la période qui s’écoula de 1815 à 1870, le département de l’Orne puisa dans la sage tranquillité de la paix les précieux aliments d’une prospérité qui fut consacrée aux progrès de son agriculture, de son industrie et de son commerce.

La désastreuse guerre de 1870-1871 vint l’arrêter dans sou essor. S’il n’en supporta pas le poids sanglant, il dut du moins satisfaire à de nombreuses réquisitions qui se chiffrèrent par une dépense de 3 446 234 fr. 45.

 
 
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