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Lorraine : origine et histoire du département Meurthe-et-Moselle - Histoire de France et Patrimoine


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Départements français

Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques


Histoire du département de la Meurthe-et-Moselle
(Région Lorraine)
Publié / Mis à jour le vendredi 29 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Le pays qui formait jadis le duché de Lorraine était habité, à l’époque de la conquête romaine, par deux peuples principaux : les Mediomatrici, dont la capitale était Metz, appelé alors Divodorum, et les Leuci, qui avaient pour capitale Toul (Tullum). Ces deux peuples étaient considérés comme faisant partie de la grande nation des Belges, que César appelle les plus braves des Gaulois (Gallorum omnium fortissimi). Quand la Gaule fut divisée en dix-sept provinces, le pays des Médiomatrices et des Leuces ou Leuques fut compris dans la Belgique première, avec Trèves pour métropole, et pour cités Metz, Toul et Verdun.

Dès le IIIe siècle de l’ère chrétienne, ce pays eut a souffrir des invasions allemandes ; plus tard, il fut dévasté par les Vandales et les Suèves. Soumis enfin par les Francs, il fut, sous les successeurs de Clovis, la principale province du royaume d’Austrasie ou France orientale.

Il eut encore plus d’importance sous les princes carlovingiens. Les bords de la Moselle et les forêts des Vosges avaient pour eux un grand attrait, et ils y possédaient une grande quantité de domaines, tels que Marsal, Moyenvic, Vic, Scarpone, Gondreville, Flavigny, Champs, etc. Plus d’une fois Charlemagne célébra à Thionville les deux grandes solennités de Noël et de Pâques, et y tint l’assemblée générale des Francs.

Le traité de Verdun (843) sépara de la France proprement dite les contrées de la Meuse et de la Moselle ; elles furent laissées à l’empereur Lothaire, qui les transmit à son fils Lothaire II C’est alors qu’elles prirent le nom de Lotharingia, d’où nous avons fait Lorraine. Mais ce nom s’étendait à une étendue de pays plus vaste que la Lorraine actuelle ; il embrassait tout le pays compris entre le Rhin, la Meuse et l’Escaut.

Il y eut encore entre les héritiers de Charlemagne bien des luttes avant que la Lotharingie fût définitivement séparée de la France. D’abord à la mort de Lothaire II, dont les dernières années avaient été pleines de troubles et de scandales, grâce à sa passion pour la belle Waldrade, Charles le Chauve et Louis le Germanique se partagèrent ses États. En 880, toute la Lotharingie fut de nouveau réunie à l’Allemagne. Vainement un fils naturel de Lothaire II réclama ; l’empereur Charles le Gros le fit saisir au château de Gondreville, lui fit crever les yeux et le renferma au monastère de Saint-Gall. Quelques années plus tard, le successeur de Charles le Gros fit de la Lotharingie un royaume pour son fils naturel Zwentibold.

Les Lorrains se lassèrent bientôt de la tyrannie cruelle et fantasque de ce personnage, et appelèrent à leur secours le roi de Germanie, frère de Zwentibold ; celui-ci fut vaincu et tué aux bords de la Meuse, et son royaume retourna encore une fois sous l’autorité germanique. Les derniers Carlovingiens de France firent encore quelques efforts pour reconquérir ce pays. Mais ces agressions furent sans succès, et Lothaire, l’avant-dernier roi de la dynastie de Charlemagne, fut réduit, en 980, à renoncer à toute prétention sur la Lotharingie ; ce qui contrista grandement, dit un auteur contemporain, le coeur des seigneurs de France.

Quelques années avant la conclusion du traité de 980, l’empereur Othon Ier avait donné la Lorraine à son frère Brunon, archevêque de Cologne. Ce prélat, comprenant la difficulté de régir par lui-même un pays aussi étendu, le divisa en deux parties, dont l’une fut appelée basse Lorraine et l’autre haute Lorraine ou Mosellane ; c’est cette dernière qui a conservé le nom de Lorraine.

Les trois premiers ducs de la Lorraine mosellane appartiennent à la maison de Bar. Ensuite les ducs de basse Lorraine, Gothelon et Godefroy le Barbu, prétendirent à ce duché ; mais il importait aux empereurs d’Allemagne que la Lorraine restât partagée pour n’être pas redoutable à leur autorité, et l’empereur Henri III donna la Lorraine mosellane à Albert, comte d’Alsace, et, après la mort de ce prince, à Gérard, son neveu (1048).

Des deux fils aînés de Gérard, l’un, Thierry, fut le second duc de Lorraine ; l’autre, Gérard, eut pour apanage le comté de Vaudémont ; sa postérité devait le conserver jusqu’au milieu du XIVe siècle, Henri de Vaudémont étant tué à la bataille de Crécy et ne laissant qu’une fille. Cette héritière du comté de Vaudémont épousa un sire de Joinville ; mais, à la troisième génération, il ne restait également de cette maison qu’une fille, qui épousa un frère du duc Charles le Hardi, lequel commença la seconde maison de Vaudémont.

Ne pouvant suivre en détail l’histoire des ducs de Lorraine, nous nous arrêterons seulement sur quelques époques marquées par d’importants événements. Le XIIIe siècle est une de ces époques ; c’est l’ère de la fondation des libertés bourgeoises et municipales en Lorraine. Nancy, Lunéville, Saint-Nicolas, Frouard, Gerbéviller, etc., reçurent alors la loi de Beaumont, ainsi appelée de la petite ville de Beaumont-en-Argonne, à laquelle un archevêque de Reims avait accordé de grandes franchises pour y attirer des habitants.

Le développement de la liberté fut favorable au développement du commerce ; l’industrie sortit du fond des cloîtres et passa aux mains d’une bourgeoisie laborieuse. « Le numéraire, dit M. Bégin dans son Histoire de Lorraine, plus commun malgré les croisades qui en enlevèrent une quantité considérable, rendit les affaires commerciales plus faciles. Plusieurs riches minerais, tels que celui de Hayange, étaient connus et exploités... Vers le milieu du XIIIe siècle, Henri, comte de Salm, exploita pour la première fois les mines de Framont (Ferratus mons). Les marchands de Lorraine faisaient des échanges avec les provinces rhénanes, la Franche-Comté, la Champagne. ».

Ce fut au XVe siècle qu’eut lieu la réunion des maisons de Bar et de Lorraine, et ce fut à cette époque aussi que la Lorraine fut mêlée d’une manière plus active aux grands événements dont la France était alors le théâtre. C’était le temps de la lutte des Armagnacs et des Bourguignons et de la lutte nationale de la France et de l’Angleterre. La maison de Lorraine était représentée par deux vieillards : le duc de Bar, vieux cardinal, et le duc de Lorraine, Charles le Hardi, qui n’avait qu’une fille.

Charles le Hardi avait été longtemps un violent ennemi de la maison de France. En 1412, irrité d’un arrêt que le Parlement de Paris avait prononcé contre lui, il avait traîné les panonceaux du roi à la queue de son cheval. Mais le parti anglais et bourguignon ne sut pas ménager un allié si important, et Charles finit par donner sa fille en mariage à un prince français, René d’Anjou, à qui le duc de Bar, son oncle, avait déjà assuré son duché. Cependant le parti bourguignon et anglais conservait en Lorraine un allié, le comte de Vaudémont, fils d’un frère de Charles le Hardi.

Vaudémont prétendit que le duché de Lorraine ne pouvait tomber en quenouille et qu’à lui seul appartenait l’héritage en vertu de la loi salique. Vaincu à Bulgnéville (1434) par Vaudémont et les Bourguignons, René d’Anjou fut emmené captif à Dijon. Il consacra les loisirs de sa captivité à la peinture. Le duc de Bourgogne lui rendit la liberté sous caution.

En 1441, la guerre entre les deux prétendants au duché de Lorraine fut terminée par la médiation du roi, qui engagea René à donner sa fille à Ferry de Vaudémont, fils de son rival, en confondant les droits des deux maisons. Quelques années plus tard, René céda le gouvernement de la Lorraine à son fils aîné, Jean, duc de Calabre. Ce prince belliqueux, dont la vie se passa sur les champs de bataille, entra dans la ligue du Bien public contre Louis Xl et eut sa part des libéralités du roi au traité de Saint-Maur, où le bien public, suivant la piquante expression de Comines, fut converti en bien particulier.

En secondant l’ambition du grand adversaire de Louis XI, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, Jean de Calabre ne se doutait pas qu’il préparait à la Lorraine de redoutables périls. Charles le Téméraire avait conçu de vastes projets ; il voulait reconstituer l’ancien royaume de Bourgogne, en reliant les États des Pays-Bas à la Bourgogne et à la Franche-Comté ; mais, pour cela, il fallait posséder la Lorraine.

Jean de Calabre était mort en 1470 ; son fils Nicolas ne lui avait survécu que trois ans. L’héritier du duché était alors René II, fils du vainqueur de Bulgnéville et de la fille du roi René. Charles le Téméraire se saisit du jeune duc, et l’obligea d’abord de lui céder quelques places fortes et le libre passage à travers son duché ; mais peu après, pendant que Charles le Téméraire s’obstinait follement au siège de Neuss, près du Rhin, René, excité et encouragé par Louis XI, lui envoya son défi et commença les hostilités.

Charles furieux envahit la Lorraine, et Nancy capitula après une résistance longue et obstinée. Heureusement pour René, le Bourguignon fut défait par les Suisses à Granson et à Morat. Le duc de Lorraine, rentré en possession de son héritage, eut à le défendre contre une dernière attaque ; la bataille de Nancy (1477) fit cheoir, dit Comines, le si grand et somptueux édifice de la puissance bourguignonne, et débarrassa le duc René de son terrible rival.

Louis XI, qui s’était entendu avec le duc de Lorraine tant qu’il avait en face de lui Charles le Téméraire, le traita avec moins de ménagement après la ruine de la maison de Bourgogne, et, en 1440, à la mort du vieux roi René, il se saisit du Barrois, qui ne fut restitué à René II qu’au commencement du règne de Charles VIII. C’est de René II que descend cette famille des Guises à laquelle se rattachent des souvenirs à la fois glorieux et sinistres.

On sait quelles graves conséquences eut pour l’État et pour les derniers Valois l’établissement d’une branche de la maison de Lorraine en France. René II, qui possédait en Champagne, en Picardie, en Flandre et en Normandie des biens allodiaux, les légua au second de ses fils, Claude, duc de Guise, qui se fixa à la cour de France ; il faisait ainsi de la branche cadette de sa maison une famille toute française, entièrement distincte de la branche aînée destinée à gouverner la Lorraine.

Mais l’ambition des Guises fut fatale, non seulement à eux-mêmes, mais à la famille ducale de Lorraine, qu’ils entraînèrent dans leurs projets. Le duc Charles III fut un des soutiens de la Ligue ; il conspira avec Philippe II et avec le pape contre l’indépendance de la France ; il fut l’un des signataires de cet insolent traité de Joinville, par lequel les princes étrangers réglaient le sort de la France. Dès lors commença entre la maison de France et la maison de Lorraine cette antipathie dont les effets devaient éclater sous le règne de Charles IV.

Il y a peu d’exemples d’une existence aussi agitée que celle de ce prince. Dès le début de son règne il se laissa entraîner, par la belle duchesse de Chevreuse, dans les intrigues et les complots dirigés contre l’administration vigoureuse de Richelieu. Quand le duc d’Orléans, qui prêtait aux factieux l’appui de son nom, s’enfuit de France, . le duc Charles lui donne asile à deux reprises et lui fait épouser, secrètement, sa soeur Marguerite. Le Parlement de Paris procède contre lui à raison du rapt commis en la personne du duc d’Orléans, et la Lorraine est deux fois envahie par les armées françaises.

Le duc Charles, réfugié à Mirecourt, abdique en faveur de son frère, le cardinal François. Mais c’était une question de savoir si le duché devait passer aux héritiers mâles par exclusion des femmes. Charles IV n’était pas le fils, mais le gendre du duc précédent, Henri. Si la duchesse Nicole abdiquait, comme son mari, la princesse Claude, soeur de Nicole, pouvait reproduire, en sa personne, la prétention des femmes.

Aussi le nouveau duc jugea-t-il prudent d’épouser sans retard sa cousine, Claude, que Louis Xlll pouvait faire enlever d’un moment à l’autre. Il renvoya au pape son chapeau de cardinal ; et comme les liens de parenté exigeaient des dispenses, il reprit un instant, pour se les accorder, sen caractère de prélat ; puis il reçut d’un prêtre la bénédiction nuptiale et consomma sou mariage.

Cinq jours après, les nouveaux époux sont arrêtés dans leur logis, au nom du roi de France, qui ne veut reconnaître ni le nouveau duc ni son mariage. Ils parviennent à s’échapper, pendant que l’armée française, devançant l’arrêt du Parlement, « qui prioit humblement le roi de se satisfaire sur les biens de son vassal non situés en France, » achève la soumission de la Lorraine.

Cependant le duc Charles, revenant sur son abdication, essaye vainement de rentrer par force dans ses États et finit par demander grâce au roi, qui lui restitua les duchés de Lorraine et de Bar ; mais plusieurs places demeuraient à la France et Nancy restait occupé provisoirement par une garnison française. Le duc promettait de rester attaché aux intérêts de la France et se soumettait à perdre irrévocablement ses États en cas de contravention.

Quelques mois après , il se joignait avec son armée aux Espagnols, ennemis de la France, et la Lorraine était reconquise par l’armée royale. Enfin, après de nouvelles aventures, suspect au roi d’Espagne, qui le tint même quelque temps en prison, abandonné de son armée vagabonde, ex-communié par le pape, pour avoir épousé une maîtresse du vivant de sa femme, le duc Charles obtint de nouveau de Louis XIV et de Mazarin la restitution de ses États (1661). C’était le cinquième traité qu’il contractait avec la France, et on le connaissait assez pour être sûr que ce ne serait pas le dernier.

Il est vrai que Louis XIV, héritier des projets de Richelieu et de Mazarin sur la Lorraine, n’attendait qu’une occasion pour réunir définitivement ce beau pays à la couronne. En 1662, il obtint, moyennant des promesses d’argent, du duc Charles, qui n’avait pas d’enfants légitimes, que ses États seraient après sa mort réunis à la France. Mais le prince Charles, fils de l’ex-cardinal François, protesta contre cet arrangement, et, le duc lui-même revint à de meilleurs sentiments pour son neveu.

Il crut trouver un appui contre l’ambition de la France dans les puissances européennes qu’avaient alarmées les succès de Louis XIV dans la guerre d’Espagne, et il intrigua pour être reçu dans la triple alliance. Aussitôt Louis XIV, se saisit de son duché, et le vieux duc s’enfuit à Cologne. Il combattit encore contre la France dans la guerre de la Hollande et termina en 1675, à Birkenfeld, son aventureuse existence. Il laissait ses droits à son neveu, Charles V, prince doué de talents supérieurs et qui s’illustra à la tête des armées impériales.

Mais il tenta vainement de s’emparer de la Lorraine ; Louis XIV avait fait dévaster systématiquement la partie orientale du duché et démanteler toutes les places secondaires. Il était impossible de s’aventurer avec une armée dans un pays si complètement ruiné. Le duc avait écrit sur ses étendards : Aut nunc aut nunquam (ou maintenant ou jamais). L’alternative ne lui fut pas favorable ; il ne rentra jamais dans ses États. Il est vrai que la paix de Nimègue (1679) les lui restituait, mais en laissant à la France des places de sûreté et entre autres Nancy, sa capitale. Charles refusa de se soumettre à cette humiliation. Il resta à la cour de Vienne, où il épousa une soeur de l’empereur.

A sa mort, Léopold, son fils, prit le titre de duc de Lorraine, et la paix de Ryswick(1697) lui restitua son duché ; Louis XIV ne gardait que Marsal, Sarrelouis et Longwy, avec le droit de passage pour les troupes françaises à travers la Lorraine. Pendant un règne paisible de trente-deux ans, Léopold s’appliqua à faire oublier à ses sujets les longues souffrances qu’avaient attirées sur eux les fautes de son aïeul.

François IV, qui succéda à son père en 1729, ne devait pas jouir longtemps de l’antique patrimoine de sa famille. Le traité de Vienne, qui, en 1735, mit fin à la guerre de la succession de Pologne, stipula que le roi Stanislas, renonçant au trône de Pologne, deviendrait duc de Lorraine et de Bar, et qu’à sa mort, ces deux duchés seraient réunis à la France. François IV était dédommagé par le grand-duché de Toscane et par la main de Marie-Thérèse, fille de l’empereur ; ce mariage lui valut, plus tard, la couronne impériale.

En 1737, Stanislas prit possession de la Lorraine. Des souvenirs honorables et affectueux se rattachent au nom de ce monarque ; mais, malgré les sympathies que méritait la personne de Stanislas, une partie de la population ne vit qu’à regret son établissement sur le trône de Lorraine. Ce règne ne pouvait être et ne fut, en effet, qu’une transition pour préparer l’incorporation définitive de la Lorraine à la France. C’est ainsi que Stanislas consentit à l’incorporation des troupes lorraines dans l’armée française et que le pays fut placé sous le régime financier de la France. Ce furent ces mesures et d’autres du même genre qui soulevèrent la susceptibilité des Lorrains ; et Stanislas eut à soutenir contre la cour souveraine du duché des luttes analogues à celles que, dans le même temps, le gouvernement en France soutenait contre les parlements.

A la mort de Stanislas, en 1766, la Lorraine fut réunie à la France. On conçoit les regrets des Lorrains en passant de l’autorité d’un prince bienfaisant et, malgré ses fautes, ami du bien public, sous le sceptre de l’égoïste Louis XV. Mais ces regrets durent s’adoucir quand éclata la Révolution de 1789. La Lorraine comprit alors que mieux vaut s’associer aux destinées d’une grande nation que de végéter dans la solitude et dans l’humilité d’un petit État.

Le décret de 1790 divisa la Lorraine et le Barrois en quatre départements : la Meurthe, les Vosges, la Moselle et la Meuse. Nous aurons l’occasion de rappeler, dans l’histoire particulière des villes, quelques événements dont la Meurthe et la Moselle furent le théâtre à celte grande et terrible époque.

En 1814, ces départements furent envahis par les alliés. Pendant la campagne de France, les paysans lorrains firent une rude guerre de détail aux envahisseurs. D’autres faits, plus terribles encore, appellent notre attention. Avant de commencer à les exposer, nous devons dire que la notice historique qui précède se rapporte plus particulièrement à notre ancien département de la Meurthe ; un seul arrondissement du département de la Moselle, celui de Briey, a été conservé à la France : il n’est donc plus utile de faire ici l’histoire du pays Messin, que tant de liens pourtant rattachent à la commune patrie.

La tâche douloureuse qui nous reste à remplir est le rapide récit des événements qui nous ont arraché ces territoires et qui, des membres sanglants de la Meurthe et de la Moselle, ne nous ont laissé que le département actuel de Meurthe-et-Moselle, qui en est formé.

Les départements de la Meurthe et de la Moselle ont été, en effet, pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871, le théâtre d’événements militaires décisifs. Le 19 juillet 1870, notre chargé d’affaires à Berlin remettait, comme on le sait, la déclaration de guerre de la France au gouvernement prussien ; le 20 juillet, chacun de nos corps d’armée se trouvait au poste qui lui avait été assigné, mais quelle énorme disproportion dans le nombre des combattants !

Tandis que l’armée française ne comptait pas plus de 230 000 hommes, l’armée allemande mettait en ligne 450 000 combattants, nombre qui devait s’élever progressivement au chiffre énorme de 1 350 000 hommes. Le 23 juillet, l’empereur partait de Saint-Cloud pour Metz ; le 30, le général Frossard recevait l’ordre de franchir la Sarre et s’emparait de Sarrebrück le 2 août.

On sait quelle fut cette ridicule affaire. Le 3 août, le général Abel Douay était surpris et battu à Wissembourg ; ce combat livrait à l’ennemi l’entrée de l’Alsace et les routes de Strasbourg et de Metz. Le 6 août, malgré des prodiges de valeur, Mac-Mahon était vaincu à Reischshoffen et Frossard à Forbach, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Sarreguemines. Après la défaite de Mac-Mahon et de Frossard, l’empereur ordonna la retraite sous les murs de Metz, où toutes nos troupes se trouvèrent concentrées le 11 août, moins les corps de Mac-Mahon et du général de Failly, qui s’étaient rabattus sur Châlons. Le 10 août, deux divisions détachées de l’armée du prince Frédéric-Charles arrivaient devant Strasbourg et commençaient le siège ; bientôt les troupes allemandes eurent occupé, d’un autre côté, le pays situé au nord-est, à l’est et au sud de Metz, afin de couper la retraite à l’armée française et de bloquer Metz.

La retraite commençait, en effet, le général Steinmetz accourut pour la contrarier et livrait la bataille de Borny. Les Allemands la perdent, mais réussissent à retarder le mouvement de retraite sur Verdun, ce qui permit à l’armée du prince Charles (IIe armée) d’effectuer son mouvement tournant. Le 16 août eut lieu la bataille de Gravelotte ou de Mars-la-Tour, qui fut encore une victoire pour nos soldats. Un effort de plus, et on passait sur Verdun ; c’était le salut de l’armée et le salut de la France.

La totalité de l’armée française fut alors partagée en deux armées : celte dite du Rhin, sous les ordres du maréchal Bazaine (l’empereur avait regagné Châlons dès le 19 août) ; celle dite de Châlons, sous les ordres de Mac-Mahon. Au lieu de marcher sur Verdun, l’armée du Rhin bivouaque sur le champ de bataille de Gravelotte, et, le 18 août, elle se replie sur Metz, après la sanglante bataille de Saint-Privat. Bazaine s’était abstenu de paraître sur le champ de bataille, et « pour la troisième fois, l’armée du Rhin, grâce à son chef, écrit le baron A. Du Casse (la Guerre au jour le jour, 1870-1871), ne se rend pas libre pour rallier l’armée de Châlons. »

Le 19 août, l’armée fut rangée autour de Metz. Le 26, au soir, Bazaine tenta ou feignit d’essayer de rejoindre l’armée de Châlons. La tentative échoua, et l’on rentra à Metz ; le 30, le maréchal Bazaine se décida à recommencer l’opération du 26, mais sans plus de succès. Le 1er septembre, l’armée attristée revenait prendre ses positions autour de la place.

Une phase nouvelle commençait pour l’armée du Rhin. Renonçant à jouer un rôle actif dans la partie suprême engagée en France, son chef attendait des événements politiques ou militaires qui pourraient le ramener sur la scène. Il se laissait engager dans un ordre d’idées où devaient périr son honneur et la force que la patrie avait mise entre ses mains. Nous n’entreprendrons pas de raconter ici les péripéties du blocus de Metz, ni les honteuses démarches qui furent faites pour amener la reddition de la place. Qu’il nous suffise de dire que, le 27 septembre, Bazaine en arrivait à une reddition pure et simple. Il quitta la place, poursuivi par la malédiction des soldats et de la population et fut, avec toute l’armée, interné en Allemagne.

Nous n’avons pas besoin de dire, après ce qui précède, que les principales localités des départements de la Moselle et de la Meurthe tombèrent aux mains des Allemands, dont la Ire, la IIe et la IIIe armées, respectivement sous les ordres des généraux Steinmetz, prince Frédéric-Charles et prince Frédéric-Guillaume de Prusse, envahirent le territoire. Citons notamment : Lunéville, occupé dès le 12 août par la IIIe armée allemande ; Nancy et Vézelise, le 13 août, par des troupes appartenant à la même armée ; Toul, investi le 14 août ; Briey, occupés le 15 août par deux divisions de cavalerie allemande ; Pont-à-Mousson, qui le même jour tombe au pouvoir du prince Charles-Frédéric, etc. Longwy se rendit le 15 janvier 1871 après deux jours de bombardement.

Le 26 février 1871, les préliminaires de la paix étaient signés à Versailles. La France perdait, outre ses deux plus fortes places de l’est, plus de 1 600 000 habitants, répartis dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, des Vosges, de la Meurthe et de la Moselle. Le 7 septembre 1871, une loi régularisa la situation du nouveau département formé de ce qui nous restait de la Meurthe et de la Moselle. Dans les pertes occasionnées par la guerre de 1870-1871, le département de Meurthe-et-Moselle figure pour la somme considérable de 28 611 180 fr. 98.




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