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Champagne-Ardenne : origine et histoire du département Haute-Marne

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Départements français
Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques
Histoire du département de la Haute-Marne
(Région Champagne-Ardenne)
Publié / Mis à jour le vendredi 29 janvier 2010, par LA RÉDACTION
 

Antérieurement à la conquête romaine, le territoire qui forme aujourd’hui le département de la Haute-Marne était occupé par les Lingones, l’un des peuples les plus anciens et les plus puissants des Gaules. Cantonnés sur la limite de la Belgique et de la Celtique, ils confinaient, au nord, avec les Remi et les Leuci ; au sud, avec les &Aeligdui ; à l’ouest, avec les Senones et les Tricasses ; à l’est, la Saône les séparait des Sequani.

Ils avaient pour capitale Langres, qui a pris le nom du peuple, mais qui s’appelait auparavant Andomadunum. Ainsi que les autres peuplades gauloises, les Lingons reconnaissaient, sous le nom de Diex, et non Dis, comme plusieurs auteurs l’ont écrit, un esprit souverain et créateur de l’univers, un Dieu qui punit le vice et récompense la vertu. Ils croyaient aussi à l’immortalité de l’âme. C’était en plein air, au sein des forêts, que s’accomplissaient leurs mystères sacrés. On retrouve encore, en plusieurs endroits de la Haute-Marne, de ces grandes pierres druidiques sur lesquelles ils sacrifiaient à leur divinité. D’après l’inventaire des monuments mégalithiques de la Champagne, publié par M. A. Daguin, on compte dans la Haute-Marne : 5 dolmens, 6 menhirs, 1 cromlech (les Fourches, près de Langres), 1 pierre branlante, 12 pierres diverses.

Six cents ans avant l’ère chrétienne, les Lingons, unis aux Boïens, passèrent les Alpes Pennines. Ayant traversé le fleuve sans fond (c’est ainsi que les Celtes désignaient le Pô), ils chassèrent les Étrusques de la rive droite, et s’y établirent. Braves, impétueux, on les voyait fendre sur l’ennemi avec tant de rapidité, que quelques auteurs font dériver leur nom du mot grec liggein, qui signifie fondre. Cependant, trop faibles pour lutter contre de puissants voisins, ils furent à leur tour conquis, et chassés par les Romains du territoire qu’ils occupaient au delà des Alpes.

César les trouva établis sur l’une et l’autre rive de la Marne, formant une cité (civitas) populeuse et puissante. Compris dans cette partie de la Gaule vierge encore des armes romaines, et connue sous le nom de Gallia comata, Gaule chevelue, ils y dominaient, suivant Tacite, sur d’autres peuples. Il paraît qu’ils pratiquaient l’agriculture. Claudien vante leurs champs fertiles et leurs riches moissons, qui, de son temps, servaient à l’approvisionnement de Rome.

César, loin de les combattre, rechercha leur alliance. Il mande au sénat, comme une nouvelle très favorable, qu’il a gagné l’amitié des Lingons. Ceux-ci lui fournirent des vivres et des contingents dans sa guerre contre les Helvètes. C’est sur le territoire Lingon, près de la source de l’Aube, que six mille Helvètes, vaincus par les Romains, furent vendus comme esclaves ou massacrés. A quelque distance d’Auberive, on trouve la vallée où cette action sanglante se passa, qui fut désignée sous le nom de Vaux-Sang (vallis Sanguinis).

Alliés du peuple romain, faederati, suivant l’expression de Pline, les Lingons lui restèrent fidèles. Vainement l’héroïque Vercingétorix essaya-t-il de les rallier à la cause de l’indépendance nationale. Dans cette lutte suprême du courage gaulois contre l’étranger, ils restèrent indifférents , comme si, dans leurs courses aventureuses, ils avaient perdu le souvenir et le sentiment de la patrie. Plus tard même, quand Julius Vindex voulut renverser Néron, ils se déclarèrent contre lui, et soutinrent avec les Trévires, dit Tacite, les intérêts de Néron ; ce dont Galba les punit en privant leurs villes de leurs murailles et d’une partie de leur territoire.

C’était trop de honte ; ils se réveillèrent enfin. Vitellius et Vespasien se disputaient l’empire ; les légions étaient divisées ; le sang de Vercingétorix avait engendré des vengeurs dans les Gaules. Ce n’était plus seulement l’indépendance qu’elles réclamaient, c’était l’empire ; les druides, sortant de leurs retraites, prêchaient la guerre sacrée ; sur les bords du Rhin, Velléda, la prophétesse, avait parlé ; ses oracles promettaient la victoire aux fils des vieux Celtes.

De toutes parts on courait aux armes. Conduits par Julius Sabinus, leur chef, les Lingons se rallièrent à l’empire gaulois, et jurèrent de le défendre. Julius Sabinus était d’une naissance illustre ; il remontait à Jules César. Puissant et renommé parmi les Lingons, son courage, quoi qu’en dise Tacite, qui représente ce chef gaulois comme un fou ambitieux, n’était pas au-dessous de sa fortune. Proclamé césar, il marcha contre les Sequani, restés fidèles aux Romains.

Après plusieurs combats, il fut vaincu. Réduit à la dernière extrémité, il hésita sur ce qu’il deviendrait. La fuite en Germanie lui était facile ; mais, uni depuis peu par amour à une jeune Gauloise nommée Éponine, il préféra braver tous les périls plutôt que de se séparer de celle qu’il ne pouvait ni abandonner ni emmener avec lui. Dans une de ses maisons de campagne existaient de vastes souterrains, construits jadis pour les usages de la guerre, et propres à recevoir des vivres, des meubles, tout ce qui était nécessaire à la vie de plusieurs hommes. L’entrée en était secrète et connue seulement de deux affranchis dévoués à Sabinus.

Ce fut dans cette maison que se rendit le noble Gaulois, annonçant qu’il allait terminer sa vie par le poison, et il congédia ses serviteurs et tous ses esclaves. Les deux affranchis mirent alors le feu au bâtiment ; et le bruit se répandit en tout lieu que Sabinus s’était empoisonné, et que son cadavre avait été la proie des flammes. A cette nouvelle, trop bien confirmée par le témoignage de Martial, l’un des affranchis fidèles, une douleur inexprimable s’empara d’Éponine ; elle se jeta la face contre terre, pleurant et sanglotant, et resta trois jours et trois nuits dans son désespoir, refusant toute nourriture. Sabinus, attendri et effrayé, lui envoya de nouveau Martial pour lui révéler qu’il n’était point mort, qu’il vivait dans une retraite inconnue, mais qu’il la priait de persévérer aux yeux du monde dans son affliction, afin d’entretenir une erreur à laquelle il devrait son salut.

Qu’on se représente, s’il se peut, l’état d’Éponine à cette nouvelle ; l’allégresse dans l’âme, elle prit tous les signes du deuil, et joua si bien, selon l’expression d’un ancien, la tragédie de son malheur, que personne n’en conçut le moindre doute. Bientôt, brûlant de voir son époux, elle se fit conduire pendant la nuit au lieu de sa retraite, et revint avant le jour ; elle y retourna, s’enhardit peu à peu à y rester ; puis elle n’en voulut plus sortir... Là elle devint deux fois mère : « Seule comme la lionne au fond de sa tanière, dit un écrivain grec qui connut l’un de ses fils, elle supporta les douleurs de l’enfantement, et nourrit de son sein ses deux lionceaux. »

Par intervalles, elle allait en Italie observer et consulter leurs amis communs. Mais les deux époux furent enfin découverts et conduits prisonniers à Rome. Amenée devant l’empereur, Éponine se prosterna à ses pieds, et lui montrant ses enfants : « César, dit-elle, je les ai conçus et allaités dans les tombeaux afin que plus de suppliants vinssent embrasser tes genoux. » Ses paroles, sa douceur, son héroïsme, arrachèrent des larmes à tous les assistants ; mais Vespasien, inflexible, ordonna de traîner sur-le-champ Sabinus au supplice. Éponine alors se releva, et d’une voix forte et pleine de dignité, elle réclama que des destinées si longtemps communes ne fussent point désunies à ce dernier moment. « Fais-moi cette grâce, Vespasien, s’écria-t-elle, car ton aspect et tes lois me pèsent mille fois plus que la vie dans les ténèbres et sous la terre ! »

Histoire du département de la Haute-Marne (Partie 2/2)
(Région Champagne-Ardenne)

Depuis longtemps les Gaules étaient pacifiées. Le sang de l’héroïque Éponine et du malheureux Sabinus fut le dernier versé pour la cause de la vieille indépendance gauloise. La Gaule se résigna à devenir romaine. Cependant, les Lingons résistèrent encore et ne firent la paix avec Rome que sous Domitien. Toujours libres et indépendants, Valentinien voulut les rendre tributaires. « Que l’empereur sache, lui répondirent-ils, que les Lingons aiment avant tout la liberté. S’il veut les forcer à faire quelque chose qui y soit contraire, il verra combien ils sont prompts à prendre les armes ! »

Cette réponse fière et courageuse arrêta les volontés de l’empereur, et les Lingons continuèrent d’envoyer, selon leur coutume, une main droite d’argent aux légions romaines en signe d’alliance. Mais s’ils restèrent libres en face des dominateurs du monde, ils n’échappèrent pas à la servitude commune quand les barbares se ruèrent sur l’empire. A la fin du IIIe siècle, les Vandales ravagèrent leur territoire, et le couvrirent de sang et de ruines. « Plus tard, dit Arthur Daguin, le pays de Langres fut conquis par les Francs ; mais, depuis trois siècles déjà, le christianisme y avait pénétré par le zèle de saint Bénigne, l’apôtre de la Bourgogne, envoyé par saint Irénée vers l’an 160 ; et plusieurs auteurs très autorisés placent vers l’an 200 l’épiscopat de saint Sénateur, premier évêque de Langres.

« Dans les siècles. suivants, le territoire des Lingons se présente comme divisé en comtés. Les chroniques nous ont transmis les noms de ceux d’Attouar, de Bar-sur-Aube, de Bar-sur-Seine, du Bassigny, de Bologne et d’Andelot, de Nijon, de Duesmois, de Langres, de Lassois, de Mémont, du Moge, d’Ousche et de Tonnerre. Tous ces comtés paraissent avoir relevé de celui de Langres dont les évêques devinrent titulaires en 967. Après l’avoir aliéné vers l’an 1000, les évêques de Langres le rachetèrent en 1178 ou 1179, et en offrirent la suzeraineté au roi de France, à condition que ce comté ne serait jamais séparé de la couronne. C’est, croit-on, en retour de ce don que les évêques reçurent les titres de duc de Langres et de pair de France. »

Au Moyen Age, le Langrois et le Bassigny comptaient un grand nombre d’abbayes : Auberive, Beaulieu, Belmont, Benoîtevaux, Lacrêtre, Longuay, Morimond, Poulangy, Septfontaines, Val-des-Écoliers, Vaux-Ia-Douce, dont la plupart suivaient la règle de saint Bernard. Pendant que ces laborieux solitaires s’efforçaient de rendre la vie à ce pays si bouleversé par les barbares, les seigneurs Langrois ne cessaient de l’agiter par leurs querelles particulières.

Plus tard, Philippe le Bel leur fit défense de guerroyer entre eux. C’était, disaient-ils, leur enlever leur plus beau privilège : ils s’en plaignirent à Louis le Hutin, qui rapporta la défense. Dès lors plus de repos pour ce malheureux pays. Partout et toujours l’anarchie et la guerre ! Champs ravagés, paysans rançonnés, pillés, vexés, bourgs et villages réduits en cendres, tels furent les résultats des longues luttes féodales des sires de Vergy, d’Aigremont et de Châteauvillain, etc.

Puis vinrent les Anglais et leurs partisans qui, de 1350 environ jusqu’en 1435, guerroyèrent dans le pays et le désolèrent. « Pour retourner au service du roi au milieu des garnisons ennemies , disent les Langrois dans une supplique, il a fallu faire le sacrifice de tous nos biens ; car ces garnisons, logées tout à l’entour de la ville, ont pillé et incendié de toutes parts, tué les gens, bouté le feu, extirpé et copé nos vignes et nos blés, dégasté nos biens, maisons et héritages. Pour ce faict, ajoutent-ils, la chose nous est venue de si grand’charges et sommes tombés en si grande pauvreté que nous n’avons de quoi vivre ; contraints, ne pouvant l’acheter à argent, de bailler ès marchands, pour avoir du blé, plusieurs de nos biens meubles, c’est à sçavoir : pos, poelles, chaudrons, lis, linges et autres meubles. »

Telle était la misère des Langrois ; mais hélas ! leurs maux n’étaient pas finis. A peine délivrés de l’étranger, ils virent s’abattre sur leur territoire une foule d’aventuriers, connus sous le nom d’écorcheurs et de retondeurs. Le bâtard de Bourbon occupait le pays de Langres à la tête de ces bandits. Il s’était emparé de La Mothe, d’où il mettait tout le pays à contribution. Chargé de butin, il se disposait à se ruer sur la Bourgogne, quand Jean de Vergy surprit sa bande et la dispersa. Pour lui, arrêté à Bar-sur-Aube, jugé et condamné, il fut jeté à la rivière dans un sac.

Après la guerre vint la famine, en 1437. Migneret révèle dans son Histoire de Langres qu’ « on voyait dans les villes les pauvres se rassembler sur Ies fumiers et y périr de faim. Cette famine fut suivie de la peste ; les loups, accoutumés à se nourrir de cadavres humains, se jetaient sur les vivants jusque dans les villes."

Au XVIe siècle, ce pays souffrit peu des guerres religieuses ; le parti des politiques y dominait, et, malgré le voisinage des Guises, malgré la sanglante provocation de Wassy, fidèle au roi, il sut rester sage et tranquille. Mais, dans les querelles de la maison d’Autriche et de la France, il fut en proie à toutes les calamités de la guerre.

On sait que, après le siège de Dôle par le prince de Condé, les armées réunies de la Lorraine, du comté de Bourgogne et de l’empire envahirent le territoire. Cette guerre, qui dura de 1636 à 1642, « a laissé, ajoute Migneret, des souvenirs ineffaçables dans l’esprit de la population. Chaque village brûlé ou détruit a transmis l’histoire de son malheur aux générations actuelles ; quelques contrées portent encore le nom redouté de Galas (général des impériaux), et des personnes dignes de foi nous ont assuré avoir entendu, dans leur jeunesse, ajouter aux litanies des saints cette expression naïve dé la terreur que les généraux inspiraient : A Forfats, Galas et Piccolomini, libera nos, Domime ! »

Jusqu’en 1814, ce pays vécut tranquille ; mais, dans cette année désastreuse, il fut occupé par les alliés. Napoléon chassa l’ennemi de Saint-Dizier. Voulant occuper Troyes avant lui, et empêcher la jonction des deux armées, autrichienne et prussienne, il traversa la forêt du Der, atteignit le 28 janvier Montierender et arriva le 29 à Brienne, d’où il chassa Blücher.

Après les combats des 20 et 21 février sur l’Aube, il s’était porté par Saint-Dizier et Joinville sur Doulevant. Ce mouvement hardi jeta la terreur parmi les coalisés ; se voyant menacés sur leurs derrières, les Autrichiens évacuèrent Chaumont et se retirèrent sur Langres. Plus encore que les villes, les campagnes eurent à souffrir de l’invasion. Aussi les paysans étaient-ils exaspérés. Réfugiés dans les bois, ils ne craignaient pas d’attaquer les corps isolés et les convois. Ceux de Perrancey, Vieux-Moulins et Noidant, entre autres, armés de vieux fusils et de fourches, se jetèrent sur les Cosaques et en tuèrent un grand nombre. Un escadron autrichien se porta sur Vieux-Moulins, avec l’ordre d’amener prisonnier tout ce qu’il trouverait. Il n’y avait plus que quelques vieillards.

Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, le département de la Haute-Marne eut à subir l’invasion des armées ennemies et à payer d’énormes réquisitions. La première armée (Ier, VIIe et VIIIe corps), sous les ordres du général de Manteuffel, occupa Joinville, Bologne, Chaumont, Nogent et Châteauvillain ; la deuxième armée, commandée par le prince Frédéric-Charles, occupa Saint-Dizier, Montierender, Joinville, Châteauvillain et Montigny ; enfin, la troisième armée, commandée par le prince royal Frédéric-Guillaume de Prusse, passa à Saint-Dizier et Blesmes. Les pertes subies par le département de la Haute-Marne, durant cette guerre funeste, ont été évaluées officiellement à 7 401 293 fr. 40.

 
 
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