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Histoire du département de l'Indre (région Centre)

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Départements français
Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques
Histoire du département de l’Indre
(Région Centre)
Publié / Mis à jour le jeudi 28 janvier 2010, par LA RÉDACTION
 

Le département de l’Indre, formé de la partie de l’ancienne province du Berry connue sous le nom de bas Berry, a, dans ses premières origines surtout, une histoire commune avec celle du département du Cher, dont la reproduction ici ferait double emploi, et à laquelle nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui tiendront à avoir des notions plus complètes et plus détaillées sur les annales de la contrée.

Les Romains trouvèrent ce pays occupé par les Bituriges, nation nombreuse et florissante, possédant des villes importantes, parmi lesquelles Issoudun, dont le nom est d’origine toute celtique, est une de celles dont nous aurons à parler. Quelques vestiges de monuments mégalithiques, des traces mieux conservées d’ouvrages romains, guident et éclairent les recherches de l’historien pour ces périodes reculées. On sait que sous Auguste le pays des Bituriges fut compris dans l’Aquitaine, dont Bourges, sous le nom d’Avaricum, devint la capitale.

Entre la domination romaine et l’établissement de la monarchie franque, deux grands faits viennent se placer : l’apparition du christianisme vers le milieu du IIIe siècle, les premières prédications de saint Ursin et la désastreuse invasion des Wisigoths, qui ne furent chassés qu’en 511 par Clovis, vainqueur de leur chef Alaric dans la sanglante bataille de Vouglé.

La période mérovingienne est pleine d’incertitude et d’obscurité en ce qui concerne le Berry. Lors du partage du royaume des Francs entre les enfants de Clovis, le pays de Bourges, dont faisait sans doute partie notre département de l’Indre, fut englobé dans les dépendances du royaume d’Orléans ; il passa ensuite aux ducs d’Aquitaine, et eut sa part de dévastations et de calamités dans la vengeance que tira le roi Pépin de la révolte de Waïfre, l’un d’eux.

Charlemagne rattacha définitivement le Berry à la couronne de France. De son organisation administrative datent les comtes de Berry, dont le pouvoir, centralisé et respecté sous son règne, s’éparpilla, sous celui de ses successeurs, aux mains de seigneurs locaux qui, pour la plupart, suivirent la fortune des comtes de Poitou, qu’ils reconnurent comme suzerains, tout en se réservant une indépendance à peu près complète. Nous suivrons, dans l’histoire spéciale des villes, les développements de quelques-unes de ces familles féodales ; aucune d’elles n’acquit une importance aussi générale sur la contrée qui nous occupe que celle des princes de Déols. Ils avaient la prétention de descendre d’un Léocade, sénateur des Gaules, qui protégea l’établissement du christianisme dans le Berry au IIIe siècle ; à l’époque où nous sommes arrivés, c’est-à-dire sous les premiers successeurs de Charlemagne, le chef de cette illustre maison était Laune, et son frère Géronce occupait le siège archiépiscopal de Bourges.

Son petit-fils, Ebbe ou Ebbon, surnommé l’Ancien et le Noble, fonda, de concert avec sa femme Hildegarde, la célèbre abbaye de Déols. Les fiefs qui dépendaient de la principauté de Déols étaient nombreux et considérables ; on en comptait 168 principaux, au nombre desquels figuraient les villes de Châteauroux, Issoudun, Saint-Gaultier, Saint-Chartier, La Châtre, Argenton, Clais, etc. Celte nomenclature suffit à démontrer quels étroits rapports rattachent l’histoire du bas Berry tout entier à celle des princes de Déols.

En 935, l’invasion hongroise pénètre jusque dans les provinces centrales de la France ; Ebbe l’Ancien réunit ses vassaux, en forme une armée, à la tête de laquelle il poursuit l’ennemi, l’atteint et le bat à Châtillon-sur-Indre. Il veut consolider ses succès par une nouvelle victoire ; il rejoint encore les Hongrois à Loches ; mais, trahi par son ardeur, il est blessé mortellement, et expire à Orléans, où l’église de Saint-Aignan reçoit sa noble dépouille.

Raoul le Large, fils d’Ebbe l’Ancien, jette les fondements de la ville de Châteauroux ; il fortifie la ville construite, lui donne son nom, Château-Raoul, en fait la capitale de sa principauté, abandonnant l’ancien bourg de Déols à l’abbaye qu’y avaient fondée ses ancêtres. Il meurt en 952.

Les craintes superstitieuses, qui, aux approches de l’an 1000, donnèrent une essor si prodigieux aux fondations religieuses, eurent aussi leur influence sur la pieuse famille de Déols : Raoul IV (Thibaut) avait précédé la première croisade ; il avait revêtu l’habit de pèlerin, avait visité Jérusalem et était mort à Antioche ; plus tard, Ébrard de Vatan se fit pour le Berry l’écho de la voix de Pierre l’Ermite, et le prince de Déols prit part, avec un grand nombre de ses vassaux, à l’expédition de 1099.

Ce dévouement chevaleresque n’est pas le seul gage que donnaient ces puissants seigneurs des sentiments religieux qui animaient leur famille. Dès les premiers temps de la fondation de l’ordre de Saint-Benoît, des moines avaient été appelés, et leur établissement dans le bas Berry puissamment encouragé ; ils y avaient fondé, vers la fin du VIIe siècle, les monastères de Saint-Cyranen-Brenne et de Méobec ; celui de Saint-Genou, en 828 ; de Déols, en 917 ; d’Issoudun, en 947, et de Saint-Gildas, quelques années plus tard.

Il ne reste aujourd’hui que de bien rares vestiges de ces riches et antiques établissements ; mais la sainte et laborieuse milice a laissé des monuments plus utiles et plus durables de son passage ; ce sont des marais assainis, des routes tracées, des forêts défrichées, de vastes étendues de terrain livrées à la culture, de nombreux villages créés, le joug de la féodalité rendu plus léger, les mœurs adoucies, les traditions de l’art et de la science antique renouées et la civilisation moderne préparée.

Pendant les deux siècles que nous venons de parcourir, nous avons marqué la part qui revient à la maison de Déols dans le bien qui s’est fait ; l’heure de son extinction allait arriver, et nous avons le regret de ne pas pouvoir ajouter à ses titres de gloire le plus grand bienfait que les vassaux pussent recevoir alors de leurs seigneurs, avec la paix : l’affranchissement. C’est sans doute à la douceur de la domination des Déols faisant la liberté moins indispensable et moins réclamée, qu’il faut attribuer cette lacune que nous regrettons : l’absence, dans le bas Berry, de toute charte communale à une époque où tant de villes en France avaient les leurs.

En 1176, Raoul VI, dernier sire de Déols, meurt au retour de la croisade ; sa fille unique, Denise, devient maîtresse de ses immenses possessions. C’était au plus fort de la lutte entre Philippe-Auguste et Henri II, roi d’Angleterre. Denise était la nièce du prince anglais ; celui-ci, auquel l’alliance d’Éléonore de Guyenne avait livré déjà presque tout l’ouest de la France, ne laissa point échapper une occasion si favorable d’étendre son influence sur les provinces centrales du royaume ; il se présenta donc comme le protecteur naturel de la jeune orpheline, et, secondé par son fils, Richard Coeur de Lion, alors comte de Poitiers, il s’empara des villes de Châteauroux et de Déols, et mit garnison dans tous les autres châteaux et forteresses de la principauté, Boussac et Châteaumeillant exceptés.

Philippe-Auguste ne pouvait voir avec indifférence une semblable extension de la puissance anglaise ; il prétexte la revendication du Vexin injustement retenu par Henri, le refus du serment d’hommage que lui doit Richard pour son comté de Poitou, et, à la tête d’une puissante armée, il marche sur le bas Berry. Issoudun et Graçay tombent en son pouvoir ; les campagnes de la terre déoloise sont ravagées, le siège est mis devant Châteauroux, les deux armées ennemies se sont rejointes et sont au moment d’en venir aux mains, quand une trêve est conclue par l’intermédiaire des légats du pape ; Philippe se retire, ne gardant qu’Issoudun comme garantie des promesses faites par le roi d’Angleterre.

Cette trêve ne pouvait être de longue durée, car aucune des difficultés de la situation n’était résolue ; aussi, en 1189, sur le bruit d’un mariage projeté entre Denise de Déols et André de Chauvigny, l’un des barons du Poitou les plus dévoués aux Anglais, Philippe, prétextant cette fois une expédition de Richard dans le Midi, faite contre le texte des traités, revient sur le Berry, surprend la province sans défense, s’empare de Châteauroux, Buzançais, Argenton, soumet tout le pays et pénètre dans l’Auvergne, menaçant de ce point central et élevé les possessions anglaises de l’Ouest et du Midi.

Cette marche victorieuse eût sans doute assuré la domination française dans tout le Berry, si la question ne se fût compliquée alors de luttes moins heureuses sur d’autres points ; Philippe transigea et accepta de Henri mourant un traité, ratifié ensuite par Richard, son successeur, en vertu duquel il ne restait en possession quo d’Issoudun et de Graçay.

Six ans plus tard, une autre convention, survenue à la suite d’une nouvelle intervention de Philippe, accouru au secours du bas Berry, que ravageait Mercadier, chef de routiers à la solde de Richard, modifia encore l’état politique de la province : le roi d’Angleterre consentit à faire sa soumission et à rendre hommage au roi de France comme comte de Poitou ; mais la terre de Déols continua à relever du prince anglais en sa qualité de duc d’Aquitaine, et les villes d’Issoudun et de Graçay lui furent remises et restèrent en sa possession jusqu’en 1200, époque à laquelle elles furent données en dot à Blanche, nièce du roi Jean sans Terre et femme de Louis, fils de Philippe-Auguste.

Les événements si précipités de cette courte période peuvent donner une idée des vicissitudes auxquelles furent en butte nos malheureuses provinces du centre, incessamment froissées dans la lutte si acharnée et si longue de l’Angleterre et de la France ; les rivalités féodales devaient encore venir apporter de nouveaux éléments de troubles et de discordes à ces déplorables déchirements.

L’espèce d’unité intérieure maintenue dans le bas Berry par la prépondérance des princes de Déols reçut une grave atteinte à l’extinction de cette illustre maison. Son unique rejeton, Denise, avait épousé le baron de Chauvigny, qui devint la souche d’une nouvelle dynastie, celle des comtes de Châteauroux, titre qu’ils empruntèrent à la capitale de leurs domaines. Cette famille conserva pendant plus de trois siècles, de 1189 à 1505, une puissance moins étendue, plus contestée que celle des Déols, mais illustrée souvent par les exploits de ses membres, et dans les archives de laquelle il faut encore chercher les épisodes les plus notables de l’histoire du bas Berry.

Le XIIIe siècle, moins agité, pour notre province, par les événements extérieurs que les siècles précédents et que ceux qui suivirent, se signale surtout par l’affranchissement des communes. L’octroi des chartes était le gage que donnaient les princes aux villes pour s’assurer de leur dévouement et de leur fidélité ; c’était souvent aussi le prix dont ils payaient les sacrifices extraordinaires qu’ils leur imposaient.

Cette politique, appliquée ailleurs depuis longtemps déjà, ne fut importée dans le bas Berry qu’en 1208. Châteauroux fut la première ville à qui semblable faveur fut accordée ; l’exemple gagna bientôt le reste du pays, où chaque seigneur affranchit peu à peu, sans secousses, les serfs de ses domaines ; l’influence royale y poussait de tous ses efforts, sentant tout ce qu’elle avait à gagner à cet amoindrissement de la puissance féodale. On sait, d’ailleurs, que cette époque correspond au règne de rois fermes et résolus dont on sent la politique réagir même à distance sans que l’historien trouve toujours des témoignages palpables de son intervention.

Ici, cependant, nous pouvons produire un fait à l’appui de nos suppositions. Un des droits seigneuriaux les plus importants était celui qu’avaient conservé les comtes de Châteauroux, de battre monnaie ; un pareil privilège, qui abandonnait aux mains d’un homme ou d’une famille un élément aussi essentiel de la fortune publique, était un invincible obstacle à tout essor de l’industrie, à tout développement des transactions commerciales ; aussi voit-on coïncider avec les premiers temps de l’émancipation les premiers murmures contre l’altération de la monnaie, qu’on reprochait aux sires de Chauvigny ; la bourgeoisie, trop timide encore pour articuler ses griefs, laisse la parole à la noblesse et au clergé, qui en appellent au roi de France, et, après de longues réclamations, intervient enfin une déclaration portant la date de décembre 1316, et par laquelle Guillaume III de Chauvigny s’oblige à ne plus émettre de monnaie pendant sa vie et à interdire le droit d’en frapper à ses héritiers pendant les vingt-neuf années qui suivront sa mort.

Ce qu’il y a de plus curieux dans le fait, c’est qu’il se passait pendant que Philippe le Bel, pour alimenter le trésor royal, avait recours à ce même moyen, qu’on interdisait à son vassal, pour augmenter ses richesses féodales, comme si l’instinct public eût compris que la nécessité du temps justifiait pour l’un ce qu’elle défendait à l’autre. Voici, du reste, une preuve plus significative encore des progrès accomplis, dans ce sens, pendant le cours du XIIIe siècle. Ce même Guillaume III de Chauvigny avait commis une violence sur un domaine du seigneur de Culant ; celui-ci porta plainte devant le roi, qui, la cause entendue, condamna Guillaume à une amende ; sur son refus de l’acquitter, il fut saisi et enfermé dans la tour d’Issoudun.

Ces tendances vers l’établissement et la constitution d’une monarchie française forte et puissante furent arrêtées, au XIVe et au XVe siècle, par le réveil des prétentions anglaises et les guerres qu’elles entraînèrent, compliquées encore de la sanglante querelle des Armagnacs et des Bourguignons. A la mort de Charles le Bel, en 1328, la question de succession à la couronne de France divisa la noblesse du bas Berry. Le vicomte de Bresse, fils du baron de Châteauroux, prit parti pour Philippe de Valois ; Robert de Mehun embrassa la cause d’Édouard, roi d’Angleterre ; le prince de Galles s’avança au secours de son champion, dévasta les domaines du sire de Châteauroux et brûla sa capitale.

La guerre eut pour les deux partis des alternatives de revers et de succès : tantôt, comme en 1356, les Chauvigny, toujours fidèles à la cause française, prirent l’offensive en Guyenne sous la bannière de Du Guesclin ; tantôt ils durent défendre pied à pied leurs domaines, sur lesquels faisaient irruption les masses anglaises, comme autrefois les hordes des barbares du nord ; l’histoire de ces temps malheureux n’est qu’un long récit de guerres ruineuses, de prises et reprises de villes et de châteaux.

Un des épisodes dont les traditions locales ont gardé le souvenir est l’héroïsme d’un Guillaume de Brabançois, seigneur de Sarzay, qui, au milieu même des triomphes des Anglais, alors qu’ils occupaient les forteresses de Briantes, du Chassin et du Lis, sans autres forces qu’une petite troupe de quarante lances, se mit en campagne, s’empara de la ville de La Châtre, en 1360, et fit face à l’ennemi partout où il put le rencontrer.

Ces massacres et ces dévastations se continuèrent presque sans interruption dans la contrée qui forme le département de l’Indre, jusqu’au triomphe définitif de Charles VII sur les Anglais et à la mort du dernier duc de Bourgogne ; le siège d’Issoudun, l’incendie de ses faubourgs et le sac de Buzançais, dont nous aurons ailleurs occasion de parler, appartiennent à la dernière période de cette époque désastreuse.

A l’exception de quelques fautes dont la responsabilité appartient aux mœurs du temps plus encore peut-être qu’au caractère des hommes, on a vu l’illustre famille de Chauvigny conserver intact et glorieux l’héritage que lui avaient légué les Déols. Sa constante fidélité à la fortune de la France était alors un mérite assez rare pour qu’on songeât à le récompenser.

Charles VIII acquitta la dette de ses prédécesseurs ; le bas Berry fut érigé en comté en faveur d’André de Chauvigny ; l’acte est daté de 1497. Le nouveau comte de Berry ne jouit pas longtemps de son titre ; il suivit le roi dans ses campagnes d’Italie, eut occasion de lui rendre de signalés services, se distingua particulièrement à la bataille de Fornoue, et mourut en 1502 sans laisser d’enfant. En lui s’éteignit une des maisons les plus anciennes et les plus puissantes de la vieille noblesse française ; avant de traverser trois siècles de notre histoire, comme comtes de Châteauroux, les Chauvigny du Poitou avaient déjà une illustration ancienne et méritée, et les guerres des croisades avaient rendu fameux leur cri de guerre, devant lequel avaient souvent fui les Sarrasins : « Chauvigny ! chevaliers pleuvent ! »

La veuve d’André se maria en 1505 à Louis de Bourbon de La Roche-sur-Yon ; son premier époux l’avait instituée son héritière ; mais les sires de Maillé, descendants du côté paternel du sire de Chauvigny, attaquèrent le testament, qui les frustrait des immenses domaines du comté de Châteauroux ; il survint une transaction en 1519, par laquelle le sieur de Maillé fut reconnu possesseur des seigneuries de Châteauroux, La Châtre et d’autres terres situées sur le comté de la Marche, et les seigneurs et dames de La Roche-sur-Yon restèrent propriétaires des terres du Châtelet, Cluis-Dessous, Neuvy-Saint-Sépulchre, Aigurande, et tout ce qui était assis en la prévôté et ressort d’Issoudun.

Avant d’entrer dans l’époque moderne, jetons un regard sur les monuments élevés dans l’intervalle qui sépara le XIe siècle du XVe, que nous touchons. Nous ne disons rien ici ni des églises ni des châteaux forts dont la fondation se rattache à l’histoire particulière des villes ; ce seront bien souvent des ruines qu’auront à nous offrir les souvenirs de la féodalité : les donjons des vieux manoirs, les remparts des villes autrefois fortifiées ont eu à combattre le double assaut du temps et de la grande Révolution ; mais le Berry offre encore en assez grand nombre les restes plus ou moins bien conservés d’établissements religieux qu’il dut à la dévote munificence de ses principaux seigneurs et parmi lesquels nous devons mentionner : l’abbaye de Miseray, près de Buzançais, fondée au XIe siècle ; celle de Fontgombault, qui date de 1091 ; de Puy-Ferrand, dont il est fait mention en 1145 ; de Landèse, construite en 1115 par les sires de Buzançais, qui y étaient inhumés ; de La Prée, élevée vers 1128 par Raoul, seigneur d’Issoudun, de Barzelle et de Varennes, bâties, la première en 1137, l’autre, vers 1155 ; ces quatre dernières dépendant de l’ordre de Cîteaux ; ajoutons le monastère de Buxière, communauté de femmes dont la création remonte à 1140, et les deux établissements de cordeliers : celui de Châteauroux, oeuvre de Guillaume Ier de Chauvigny en 1213, qui contenait les tombeaux de la plupart des seigneurs de Châteauroux, des familles de Chauvigny et d’Aumont ; et celui d’Argenton, qui ne date que de 1459.

Depuis la fin du règne de Charles VII jusqu’aux premières guerres de la Réforme, pendant tout un siècle, la paix répara les désastres des périodes précédentes : bien des ruines furent relevées, un champ vaste et fécond s’ouvrit à l’activité humaine ; l’art décora les villes ; l’agriculture enrichit les campagnes ; cette époque fut pour notre pauvre Berry, plus que pour beaucoup d’autres contrées, le siècle de la Renaissance ; mais dans l’histoire de la France le calme est presque l’exception, et la guerre l’état normal.

De nouveaux orages s’amoncelaient : de l’est, de l’ouest, du midi, la réforme religieuse pénétrait jusqu’aux régions les plus centrales ; la guerre répondait aux persécutions ; le Berry ne resta pas à l’abri de ses fléaux. Issoudun fut assiégée, en 1562, par les huguenots, qui l’auraient prise sans le secours que prêta le sieur de Sarzay à la cause catholique ; Saint-Benoît-du-Sault fut occupé l’année suivante par les troupes protestantes ; plusieurs autres villes de la contrée eurent le même sort.

La colère des vainqueurs s’exerça particulièrement sur les églises et les monastères ; la guerre toutefois n’y eut point le caractère de barbarie et d’acharnement qu’on a ailleurs à déplorer trop souvent, et la pacification du bas Berry fut plus prompte et plus facile que celle des provinces voisines. Une autre guerre moins sanglante divisait alors les grandes familles du pays. L’héritage des Chauvigny, partagé entre les Maillé et les Aumont, était l’objet des rivalités les plus ardentes. Les deux compétiteurs se disputaient et s’arrogeaient en même temps le titre de comtes de Châteauroux ; aux contestations, aux réclamations avaient succédé les procès ; et l’issue de la lutte était incertaine, lorsque, en 1612 et 1613, le prince Henri de Bourbon-Condé obtint des deux maisons l’abandon de leurs prétentions respectives contre une somme de 435 000 livres, équivalant à près de deux millions de notre monnaie.

Cet avènement d’un prince de sang royal à la suzeraineté du Berry eut pour le pays les conséquences les plus fâcheuses : la Fronde, cette dernière révolte de la féodalité expirante, s’organisait ; Condé, par sa nouvelle position, eut le crédit d’entraîner dans cette cause, perdue d’avance, une partie de la noblesse de la province, et y attira toutes les calamités de la guerre civile. Un seigneur de Vatan, plus obstiné que les autres, se retira dans son château, s’y fortifia et ne voulut plus reconnaître l’autorité du roi ; il paya de sa tête son intempestive et téméraire rébellion.

Le pays avait souffert ; quelques nobles d’un rang secondaire avaient été punis ; Condé, l’instigateur principal de la révolte, en fut quitte pour quelques années de disgrâce et de prison ; ce qui toutefois n’empêcha pas, en 1616, l’érection de la terre de Châteauroux en duché-pairie, comme entrée dans la possession d’un prince du sang, et cela malgré les protestations d’Issoudun, qui voyait soustraire ainsi à la juridiction de son bailliage un grand nombre de sièges de justices inférieures. Châteauroux eut alors dans son ressort, outre les nombreux fiefs démembrés des bailliages d’Issoudun, de Montmorillon, même de Blois, les villes de La Châtre, Lignières, Levroux, Buzançais, Mézières-en-Brenne, Le Blanc, Argenton, Aigurande ; et on n’appelait des sentences du bailli de Châteauroux qu’au parlement de Paris.

Depuis la Fronde jusqu’à la Révolution de 1789, le bas Berry ne fut le théâtre d’aucun événement qui mérite une mention particulière ; le duché de Châteauroux resta dans la maison de Condé jusqu’en 1735, époque à laquelle Louis XV en fit acquisition au prix de 2 700 000 livres, pour l’offrir à sa belle maîtresse, Anne de Mailly-Nesle, marquise de La Tournelle, qui prit dès lors et a gardé dans l’histoire le nom de duchesse de Châteauroux. Cette dame étant morte quelque temps après avoir pris possession du royal présent, la terre retourna à la couronne et constitua plus tard une partie de l’apanage d’un des frères de Louis XVI, le comte d’Artois, qui depuis fut le roi Charles X.

Sous l’ancienne monarchie, le bas Berry dépendait de la généralité de Bourges pour les finances et l’administration ; il formait quatre élections ; celles de Châteauroux, La Châtre, Le Blanc et Issoudun ; l’organisation actuelle a conservé ces divisions ; elle a seulement emprunté pour la formation du département de l’Indre quelques communes qui appartenaient à l’ancienne province de la Marche, telles que Saint-Benoît, Belâbre et quelques villages du même canton. Pour les affaires militaires, le bas Berry faisait partie du gouvernement du Berry ; nous avons vu que, pour la justice, Châteauroux avait hérité d’une grande part dans l’ancienne clientèle d’Issoudun ; ce qui était resté attribué aux bailliages d’Issoudun et de Bourges allait en appel, comme les sentences de Châteauroux, au parlement de Paris.

La Révolution française ne rencontra dans le bas Berry aucune opposition sérieuse ; les habitants subirent sans murmurer toutes ses conséquences, même les longues guerres de l’Empire, et, en 1815, nous voyons fraternellement accueillis sur les bords de l’Indre ces héroïques débris de nos vieilles phalanges républicaines et impériales qu’ailleurs il était de mode alors d’insulter et d’appeler les brigands de la Loire.

Le Berry est au XIXe siècle plus connu que l’Écosse après les romans de Walter Scott ; qui n’a suivi l’auteur de Mauprat et du Champi dans ses ravissantes explorations ? Quelle est la cime qui reste à franchir ? quel est le ravin que nous n’ayons pas traversé, le ruisseau au bord duquel nous ne nous soyons pas assis ? Êtres vivants ou objets inanimés, grâces pittoresques du costume, pensées intimes du coeur, quel coin du tableau est resté sans relief et sans lumière sous le pinceau du maître ? Que reste-t-il à décrire quand George Sand a raconté ?

Le département de l’Indre, formé de la partie de l’ancienne province du Berry connue sous le nom de bas Berry, a, dans ses premières origines surtout, une histoire commune avec celle du département du Cher, dont la reproduction ici ferait double emploi, et à laquelle nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui tiendront à avoir des notions plus complètes et plus détaillées sur les annales de la contrée.

Les Romains trouvèrent ce pays occupé par les Bituriges, nation nombreuse et florissante, possédant des villes importantes, parmi lesquelles Issoudun, dont le nom est d’origine toute celtique, est une de celles dont nous aurons à parler. Quelques vestiges de monuments mégalithiques, des traces mieux conservées d’ouvrages romains, guident et éclairent les recherches de l’historien pour ces périodes reculées. On sait que sous Auguste le pays des Bituriges fut compris dans l’Aquitaine, dont Bourges, sous le nom d’Avaricum, devint la capitale.

Entre la domination romaine et l’établissement de la monarchie franque, deux grands faits viennent se placer : l’apparition du christianisme vers le milieu du IIIe siècle, les premières prédications de saint Ursin et la désastreuse invasion des Wisigoths, qui ne furent chassés qu’en 511 par Clovis, vainqueur de leur chef Alaric dans la sanglante bataille de Vouglé.

La période mérovingienne est pleine d’incertitude et d’obscurité en ce qui concerne le Berry. Lors du partage du royaume des Francs entre les enfants de Clovis, le pays de Bourges, dont faisait sans doute partie notre département de l’Indre, fut englobé dans les dépendances du royaume d’Orléans ; il passa ensuite aux ducs d’Aquitaine, et eut sa part de dévastations et de calamités dans la vengeance que tira le roi Pépin de la révolte de Waïfre, l’un d’eux.

Charlemagne rattacha définitivement le Berry à la couronne de France. De son organisation administrative datent les comtes de Berry, dont le pouvoir, centralisé et respecté sous son règne, s’éparpilla, sous celui de ses successeurs, aux mains de seigneurs locaux qui, pour la plupart, suivirent la fortune des comtes de Poitou, qu’ils reconnurent comme suzerains, tout en se réservant une indépendance à peu près complète. Nous suivrons, dans l’histoire spéciale des villes, les développements de quelques-unes de ces familles féodales ; aucune d’elles n’acquit une importance aussi générale sur la contrée qui nous occupe que celle des princes de Déols. Ils avaient la prétention de descendre d’un Léocade, sénateur des Gaules, qui protégea l’établissement du christianisme dans le Berry au IIIe siècle ; à l’époque où nous sommes arrivés, c’est-à-dire sous les premiers successeurs de Charlemagne, le chef de cette illustre maison était Laune, et son frère Géronce occupait le siège archiépiscopal de Bourges.

Son petit-fils, Ebbe ou Ebbon, surnommé l’Ancien et le Noble, fonda, de concert avec sa femme Hildegarde, la célèbre abbaye de Déols. Les fiefs qui dépendaient de la principauté de Déols étaient nombreux et considérables ; on en comptait 168 principaux, au nombre desquels figuraient les villes de Châteauroux, Issoudun, Saint-Gaultier, Saint-Chartier, La Châtre, Argenton, Clais, etc. Celte nomenclature suffit à démontrer quels étroits rapports rattachent l’histoire du bas Berry tout entier à celle des princes de Déols.

En 935, l’invasion hongroise pénètre jusque dans les provinces centrales de la France ; Ebbe l’Ancien réunit ses vassaux, en forme une armée, à la tête de laquelle il poursuit l’ennemi, l’atteint et le bat à Châtillon-sur-Indre. Il veut consolider ses succès par une nouvelle victoire ; il rejoint encore les Hongrois à Loches ; mais, trahi par son ardeur, il est blessé mortellement, et expire à Orléans, où l’église de Saint-Aignan reçoit sa noble dépouille.

Raoul le Large, fils d’Ebbe l’Ancien, jette les fondements de la ville de Châteauroux ; il fortifie la ville construite, lui donne son nom, Château-Raoul, en fait la capitale de sa principauté, abandonnant l’ancien bourg de Déols à l’abbaye qu’y avaient fondée ses ancêtres. Il meurt en 952.

Les craintes superstitieuses, qui, aux approches de l’an 1000, donnèrent une essor si prodigieux aux fondations religieuses, eurent aussi leur influence sur la pieuse famille de Déols : Raoul IV (Thibaut) avait précédé la première croisade ; il avait revêtu l’habit de pèlerin, avait visité Jérusalem et était mort à Antioche ; plus tard, Ébrard de Vatan se fit pour le Berry l’écho de la voix de Pierre l’Ermite, et le prince de Déols prit part, avec un grand nombre de ses vassaux, à l’expédition de 1099.

Ce dévouement chevaleresque n’est pas le seul gage que donnaient ces puissants seigneurs des sentiments religieux qui animaient leur famille. Dès les premiers temps de la fondation de l’ordre de Saint-Benoît, des moines avaient été appelés, et leur établissement dans le bas Berry puissamment encouragé ; ils y avaient fondé, vers la fin du VIIe siècle, les monastères de Saint-Cyranen-Brenne et de Méobec ; celui de Saint-Genou, en 828 ; de Déols, en 917 ; d’Issoudun, en 947, et de Saint-Gildas, quelques années plus tard.

Il ne reste aujourd’hui que de bien rares vestiges de ces riches et antiques établissements ; mais la sainte et laborieuse milice a laissé des monuments plus utiles et plus durables de son passage ; ce sont des marais assainis, des routes tracées, des forêts défrichées, de vastes étendues de terrain livrées à la culture, de nombreux villages créés, le joug de la féodalité rendu plus léger, les mœurs adoucies, les traditions de l’art et de la science antique renouées et la civilisation moderne préparée.

Pendant les deux siècles que nous venons de parcourir, nous avons marqué la part qui revient à la maison de Déols dans le bien qui s’est fait ; l’heure de son extinction allait arriver, et nous avons le regret de ne pas pouvoir ajouter à ses titres de gloire le plus grand bienfait que les vassaux pussent recevoir alors de leurs seigneurs, avec la paix : l’affranchissement. C’est sans doute à la douceur de la domination des Déols faisant la liberté moins indispensable et moins réclamée, qu’il faut attribuer cette lacune que nous regrettons : l’absence, dans le bas Berry, de toute charte communale à une époque où tant de villes en France avaient les leurs.

En 1176, Raoul VI, dernier sire de Déols, meurt au retour de la croisade ; sa fille unique, Denise, devient maîtresse de ses immenses possessions. C’était au plus fort de la lutte entre Philippe-Auguste et Henri II, roi d’Angleterre. Denise était la nièce du prince anglais ; celui-ci, auquel l’alliance d’Éléonore de Guyenne avait livré déjà presque tout l’ouest de la France, ne laissa point échapper une occasion si favorable d’étendre son influence sur les provinces centrales du royaume ; il se présenta donc comme le protecteur naturel de la jeune orpheline, et, secondé par son fils, Richard Coeur de Lion, alors comte de Poitiers, il s’empara des villes de Châteauroux et de Déols, et mit garnison dans tous les autres châteaux et forteresses de la principauté, Boussac et Châteaumeillant exceptés.

Philippe-Auguste ne pouvait voir avec indifférence une semblable extension de la puissance anglaise ; il prétexte la revendication du Vexin injustement retenu par Henri, le refus du serment d’hommage que lui doit Richard pour son comté de Poitou, et, à la tête d’une puissante armée, il marche sur le bas Berry. Issoudun et Graçay tombent en son pouvoir ; les campagnes de la terre déoloise sont ravagées, le siège est mis devant Châteauroux, les deux armées ennemies se sont rejointes et sont au moment d’en venir aux mains, quand une trêve est conclue par l’intermédiaire des légats du pape ; Philippe se retire, ne gardant qu’Issoudun comme garantie des promesses faites par le roi d’Angleterre.

Cette trêve ne pouvait être de longue durée, car aucune des difficultés de la situation n’était résolue ; aussi, en 1189, sur le bruit d’un mariage projeté entre Denise de Déols et André de Chauvigny, l’un des barons du Poitou les plus dévoués aux Anglais, Philippe, prétextant cette fois une expédition de Richard dans le Midi, faite contre le texte des traités, revient sur le Berry, surprend la province sans défense, s’empare de Châteauroux, Buzançais, Argenton, soumet tout le pays et pénètre dans l’Auvergne, menaçant de ce point central et élevé les possessions anglaises de l’Ouest et du Midi.

Cette marche victorieuse eût sans doute assuré la domination française dans tout le Berry, si la question ne se fût compliquée alors de luttes moins heureuses sur d’autres points ; Philippe transigea et accepta de Henri mourant un traité, ratifié ensuite par Richard, son successeur, en vertu duquel il ne restait en possession quo d’Issoudun et de Graçay.

Six ans plus tard, une autre convention, survenue à la suite d’une nouvelle intervention de Philippe, accouru au secours du bas Berry, que ravageait Mercadier, chef de routiers à la solde de Richard, modifia encore l’état politique de la province : le roi d’Angleterre consentit à faire sa soumission et à rendre hommage au roi de France comme comte de Poitou ; mais la terre de Déols continua à relever du prince anglais en sa qualité de duc d’Aquitaine, et les villes d’Issoudun et de Graçay lui furent remises et restèrent en sa possession jusqu’en 1200, époque à laquelle elles furent données en dot à Blanche, nièce du roi Jean sans Terre et femme de Louis, fils de Philippe-Auguste.

Les événements si précipités de cette courte période peuvent donner une idée des vicissitudes auxquelles furent en butte nos malheureuses provinces du centre, incessamment froissées dans la lutte si acharnée et si longue de l’Angleterre et de la France ; les rivalités féodales devaient encore venir apporter de nouveaux éléments de troubles et de discordes à ces déplorables déchirements.

L’espèce d’unité intérieure maintenue dans le bas Berry par la prépondérance des princes de Déols reçut une grave atteinte à l’extinction de cette illustre maison. Son unique rejeton, Denise, avait épousé le baron de Chauvigny, qui devint la souche d’une nouvelle dynastie, celle des comtes de Châteauroux, titre qu’ils empruntèrent à la capitale de leurs domaines. Cette famille conserva pendant plus de trois siècles, de 1189 à 1505, une puissance moins étendue, plus contestée que celle des Déols, mais illustrée souvent par les exploits de ses membres, et dans les archives de laquelle il faut encore chercher les épisodes les plus notables de l’histoire du bas Berry.

 
 
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