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Légendes, croyances, superstitions : saladins d'Anglure (Marne)

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Légendes, Superstitions
Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France
Saladins d’Anglure (Légende des)
(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1841)
Publié / Mis à jour le vendredi 17 octobre 2014, par LA RÉDACTION
 
 
 
Anglure est le nom d’un village et d’un château situés à l’angle d’une île, sur l’Aube, à quelque distance de Troyes, sur les limites du département de la Marne. Suivant la tradition, les sires d’Anglure s’appelaient primitivement Saint-Chéron, et portaient pour armes une croix ancrée de sable sur un champ d’argent.

Mais il arriva qu’un gentilhomme de cette famille partit pour la croisade et se battit contre les infidèles. Vaincu et fait prisonnier par Saladin, il fut chargé de fers et réduit au sort des esclaves. Cependant le vainqueur, frappé de la bravoure qu’il avait déployée dans la bataille, lui promit sa liberté, moyennant une forte rançon, et lui accorda la liberté d’aller la chercher lui-même, pourvu qu’il laissât au départ un gage de sa fidélité. Je suis pauvre et nu dit le gentilhomme ; mais je t’engage un trésor qui me reste, plus précieux cent fois que toutes les richesses du monde, ma foi de chevalier. Saladin le laissa partir.

Le seigneur d’Anglure arrive à la porte de son manoir, défiguré par les souffrances de la captivité, par les fatigues du voyage, par sa longue barbe et son habit de pèlerin. Ses serviteurs le prennent pour un étranger, et ne cèdent qu’avec peine à ses instances pour lui livrer l’entrée. Il trouve sa jeune épouse qui, se croyant veuve, célébrait ce jour même les fiançailles d’une nouvelle union. A l’aide d’un anneau rompu dont chacun des époux avait conservé une moitié le mari parvient à se faire reconnaître, et les préparatifs d’allégresse servent à fêter son retour inattendu.

Le château d'Anglure (Marne)
Le château d’Anglure (Marne)

Jean d’Anglure, c’est le nom que lui donne la légende, goûtait depuis quelque temps les douceurs de la famille. Mais tous ses efforts n’avaient pu réussir à rassembler la somme à laquelle avait été fixée sa rançon. Cependant le délai expire ; le chevalier songe à sa parole engagée, il s’arrache à son bonheur et retourne en captivité. Le sultan touché de tant de noblesse, ne voulut pas se laisser vaincre en générosité. Il combla le chrétien de présents et le renvoya libre, mais à deux conditions : la première, que les aînés de sa maison s’appelleraient Saladin ; la seconde, qu’il prendrait désormais pour armes des grelots soutenus de croissants, symbole oriental.

Certains généalogistes racontent différemment cette aventure. Selon eux, un seigneur d’Anglure ayant vaincu un mécréant du nom de Saladin, les chrétiens l’engagèrent à transmettre à ses aînés ce nom, comme un souvenir impérissable de son exploit. Quant aux armes, ils prétendent que de tout temps elles se composèrent de grelots accompagnés d’anglures ou découpures en angles, ce qui formait des armoiries parlantes.

Quoi qu’il en soit, tant que la maison d’Anglure subsista, le prénom de Saladin fut de siècle en siècle porté dans cette famille. Devenus propriétaires du château de Jours en Bourgogne de Bourlemont en Lorraine, d’Estoges en Champagne, etc., les Saladins d’Anglure conservèrent partout cette tradition et la firent représenter à l’aide de la peinture et du ciseau dans ces diverses résidences. A Jours, on montrait encore, avant la Révolution, deux figures de plomb posées en jaquemart, et qui dominaient la toiture du château : l’une était appelée Saladin, et l’autre le chevalier d’Anglure. Le Musée archéologique de Dijon conserve un retable sculpté, provenant de ce manoir remarquable, entièrement construit dans le goût de la renaissance. Enfin le château de Bourlemont possède dans sa chapelle plusieurs tombes gravées, où sont figurés des seigneurs de la maison d’Anglure couchés, les mains jointes, vêtus en guerre et armés de leurs blasons.

 
 
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